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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 07:30

Alphabet en poésie pour l'été des CROQUEURS DE MOTS : A ; B ; C ;

 

Dans ce poème de Louise Ackermann, le doute n'est jamais mentionné explicitement mais tout ici le suggère1 à chaque ligne, à chaque respiration.

 

Mon livre

 

Je ne vous offre plus pour toutes mélodies

Que des cris de révolte et des rimes hardies.

Oui ! Mais en m'écoutant si vous alliez pâlir ?

Si, surpris des éclats de ma verve imprudente,

Vous maudissez la voix énergique et stridente

Qui vous aura fait tressaillir ?

 

Pourtant, quand je m'élève à des notes pareilles,

Je ne prétends blesser les cœurs ni les oreilles.

Même les plus craintifs n'ont point à s'alarmer ;

L'accent désespéré sans doute ici domine,

Mais je n'ai pas tiré ces sons de ma poitrine

Pour le plaisir de blasphémer.

 

Comment ? la Liberté déchaîne ses colères ;

Partout, contre l'effort des erreurs séculaires ;

La Vérité combat pour s'ouvrir un chemin ;

Et je ne prendrais pas parti de ce grand drame ?

Quoi ! ce cœur qui bat là, pour être un cœur de femme,

En est-il moins un cœur humain ?

 

Est-ce ma faute à moi si dans ces jours de fièvre

D'ardentes questions se pressent sur ma lèvre ?

Si votre Dieu surtout m'inspire des soupçons ?

Si la Nature aussi prend des teintes funèbres,

Et si j'ai de mon temps, le long de mes vertèbres,

Senti courir tous les frissons ?

 

Jouet depuis longtemps des vents et de la houle,

Mon bâtiment fait eau de toutes parts ; il coule.

La foudre seule encore à ses signaux répond.

Le voyant en péril et loin de toute escale,

Au lieu de m'enfermer tremblante à fond de cale,

J'ai voulu monter sur le pont.

 

À l'écart, mais debout, là, dans leur lit immense

J'ai contemplé le jeu des vagues en démence.

Puis, prévoyant bientôt le naufrage et la mort,

Au risque d'encourir l'anathème ou le blâme,

À deux mains j'ai saisi ce livre de mon âme,

Et j'ai lancé par-dessus bord.

 

C'est mon trésor unique, amassé page à page.

À le laisser au fond d'une mer sans rivage

Disparaître avec moi je n'ai pu consentir.

En dépit du courant qui l'emporte ou l'entrave,

Qu'il se soutienne donc et surnage en épave

Sur ces flots qui vont m'engloutir !

 

 

 

Paris, 7 janvier 1874.

Louise Ackermann, Poésies philosophiques

 

Louise Ackermann, 1813 - 1890

relire sa rédaction

Quand j'essaie de m'imprégner du sens multiple et dense qui émane de ces vers, j'ai du mal à imaginer que c'est cette poétesse qui a écrit :

 

« Pour écrire en prose, il faut absolument avoir quelque chose à dire ; pour écrire en vers, ce n'est pas indispensable »

 

1. petit clin d'oeil à Sherry pour LE CASSE-TÊTE DE LA SEMAINE prolongée de la deuxième quinzaine de juillet.

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Published by Jeanne Fadosi - dans Alphabets-en-poésie
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commentaires

Marie 01/08/2012 04:56


C'est triste et émouvant, il faut le lire plusieurs fois !!!! Bisous bonne semaine Jeanne

Jeanne Fadosi 01/08/2012 19:42



oui en effet. La vie pour beaucoup comprend heureusement plein de petits riens qui méritent qu'on la vive. 


bises et belle soirée



LANGLAIS 31/07/2012 10:49


ce texte est magnifique

Jeanne Fadosi 31/07/2012 18:18



oui, je troue. difficile aussi parce que complexe ... comme la vie en somme



leblogdhenri.over-blog.com 30/07/2012 19:56


Bonjour Jeanne,


C'est mélancolique et tristement émouvant, mais quelle écriture cette poèsi philosophique. je l'ai relue plusieur fois c'est un grand moment d'émotion. Merci. Bises
amicales.


Henri.

Jeanne Fadosi 31/07/2012 18:44



je partage ton ressenti et c'est vrai qu'il faut le lire plusieurs fois


bises amicales



patriarch 30/07/2012 16:45


Drôle de comparaison..... bel après midi... Bises

Jeanne Fadosi 31/07/2012 18:45



et pourtant c'est bien cette poétesse qui a écrit que la poésie pouvait ne rien avoir à dire. Ce n'est pas le cas de ses poèmes. A qui pensait-elle ?


bises



juillet58 30/07/2012 12:02


c'est vraiment beau , un peu triste je trouve , bise

Jeanne Fadosi 31/07/2012 18:45



peut-être même déspépéré, ou au moins désabusé ...


bises



jill bill 30/07/2012 10:26


Non pas tjs évident pour moi non plus le philosophique,  les grandes pointures littéraires de ce monde !  Merci Jeanne néanmoins !  Bises de jill

Jeanne Fadosi 31/07/2012 18:47



le temps numérique est plus adapté au zapping qu'à la réflexion qui prend son temps. Mais cela fait du bien aussi de lire de ces textes ...


Bises



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