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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 04:00

 

A l'association de ces deux mots poème et homme, il vient à l'esprit aussi le célèbre poème de Rudyard Kipling "If", traduit en français par "Tu seras un homme mon fils".

 

Vous aviez sans doute anticipé qu'après la Femme pour le F, j'allais choisir l'Homme pour le H. Sauf que le nom, en français, désigne tantôt le masculin (vir) du genre humain, tantôt sa totalité. C'est du reste son étymologie (homo en latin). Une petite digression ... mes pensées vagabondes dans Humains, rien qu'humains.

 

J'ai choisi à nouveau un poème de Louise Ackermann, pour son actualité comme pour son intemporalité.

 

 

La Nature à l’Homme

 

 

Dans tout l'enivrement d'un orgueil sans mesure,

Ébloui des lueurs de ton esprit borné,

Homme, tu m'as crié : « Repose-toi, Nature !

Ton œuvre est close : je suis né ! »

 

Quoi ! lorsqu'elle a l'espace et le temps devant elle,

Quand la matière est là sous son doigt créateur,

Elle s'arrêterait, l'ouvrière immortelle,

Dans l'ivresse de son labeur?

 

Et c'est toi qui serais mes limites dernières ?

L'atome humain pourrait entraver mon essor ?

C'est à cet abrégé de toutes les misères

Qu'aurait tendu mon long effort ?

 

Non, tu n'es pas mon but, non, tu n'es pas ma borne

A te franchir déjà je songe en te créant ;

Je ne viens pas du fond de l'éternité morne.

Pour n'aboutir qu'à ton néant.

 

Ne me vois-tu donc pas, sans fatigue et sans trêve,

Remplir l'immensité des œuvres de mes mains ?

Vers un terme inconnu, mon espoir et mon rêve,

M'élancer par mille chemins,

 

Appelant, tour à tour patiente ou pressée,

Et jusqu'en mes écarts poursuivant mon dessein,

A la forme, à la vie et même à la pensée

La matière éparse en mon sein ?

 

J'aspire ! C'est mon cri, fatal, irrésistible.

Pour créer l'univers je n'eus qu'à le jeter ;

L'atome s'en émut dans sa sphère invisible,

L'astre se mit à graviter.

 

L'éternel mouvement n'est que l'élan des choses

Vers l'idéal sacré qu'entrevoit mon désir ;

Dans le cours ascendant de mes métamorphoses

Je le poursuis sans le saisir ;

 

Je le demande aux cieux, à l'onde, à l'air fluide,

Aux éléments confus, aux soleils éclatants ;

S'il m'échappe ou résiste à mon étreinte avide,

Je le prendrai des mains du Temps.

 

Quand j'entasse à la fois naissances, funérailles,

Quand je crée ou détruis avec acharnement,

Que fais-je donc, sinon préparer mes entrailles

Pour ce suprême enfantement ?

 

Point d'arrêt à mes pas, point de trêve à ma tâche !

Toujours recommencer et toujours repartir.

Mais je n'engendre pas sans fin et sans relâche

Pour le plaisir d'anéantir.

 

J'ai déjà trop longtemps fait œuvre de marâtre,

J'ai trop enseveli, j'ai trop exterminé,

Moi qui ne suis au fond que la mère idolâtre

D'un seul enfant qui n'est pas né.

 

Quand donc pourrai-je enfin, émue et palpitante,

Après tant de travaux et tant d'essais ingrats,

A ce fils de mes vœux et de ma longue attente

Ouvrir éperdument les bras ?

 

De toute éternité, certitude sublime !

Il est conçu ; mes flancs l'ont senti s'agiter.

L'amour qui couve en moi, l'amour que je comprime

N'attend que Lui pour éclater.

 

Qu'il apparaisse au jour, et, nourrice en délire,

Je laisse dans mon sein ses regards pénétrer.

- Mais un voile te cache. - Eh bien ! je le déchire :

Me découvrir c'est me livrer.

 

Surprise dans ses jeux, la Force est asservie.

Il met les Lois au joug. A sa voix, à son gré,

Découvertes enfin, les sources de la Vie

Vont épancher leur flot sacré.

 

Dans son élan superbe Il t'échappe, ô Matière !

Fatalité, sa main rompt tes anneaux d'airain !

Et je verrai planer dans sa propre lumière

Un être libre et souverain.

 

Où serez-vous alors, vous qui venez de naître,

Ou qui naîtrez encore, ô multitude, essaim,

Qui, saisis tout à coup du vertige de l'être,

Sortiez en foule de mon sein ?

 

Dans la mort, dans l'oubli. Sous leurs vagues obscures

Les âges vous auront confondus et roulés,

Ayant fait un berceau pour les races futures

De vos limons accumulés.

 

Toi-même qui te crois la couronne et le faîte

Du monument divin qui n'est point achevé,

Homme, qui n'es au fond que l'ébauche imparfaite

Du chef-d'œuvre que j'ai rêvé,

 

A ton tour, à ton heure, if faut que tu périsses.

Ah ! ton orgueil a beau s'indigner et souffrir,

Tu ne seras jamais dans mes mains créatrices

Que de l'argile à repétrir.

 

Louise Ackermann, Nice, novembre 1867

recueil Poésies philosophiques, 1874

 

 

Bien sûr, je suis émerveillée de la prouesse que représente le dépôt en douceur du robot Curiosity sur la planète Mars. Puisse les Hommes avoir la sagesse de ne pas détruire ce qu'ils vont y trouver.

Que serait notre monde actuel si les Amérindiens et la nature des Amériques n'avaient pas été aussi malmenés. Pourtant, les premiers contacts ne laissaient rien supposer de la suite ...

.

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Published by Jeanne Fadosi - dans Alphabets-en-poésie
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commentaires

chloé 15/08/2012 22:52


1874! Il n'a pas pris une ride ce texte et est plein de justesse! L'homme est cet amalgame de choses à la fois ombre et soleil , capable du pire comme du meilleur! chloé 

Jeanne Fadosi 17/08/2012 11:11



complexe avec ses défauts et ses qualités, oh oui !



Quichottine 11/08/2012 08:38


On peut prier pour que l'expérience ne soit pas destructrice.


Je crois que l'histoire malheureusement se répète trop souvent.


Merci pour ce poème que je ne connaissais pas.
Douce journée, Jeanne.

Jeanne Fadosi 11/08/2012 22:07



prier, ce n'est pas mon truc. Mais peut-être qu'il y aura un peu de sagesse dans cette conquête vers une nouvelle frontière. Je crains pourtant que si la lune a été respectée, c'est qu'il ne
semblait pas y avoir grand chose à y exploiter ...


bises



Marie 10/08/2012 14:01


Un très beau poème !!! Bisous bon week-end Jeanne

Jeanne Fadosi 11/08/2012 21:56



merci belle fin de semaine aussi



LANGLAIS 10/08/2012 10:16


très beau texte à méditer, il est vrai que l'homme détruit parfois mais c'est souvent pour créer.


Bien amicalement

Jeanne Fadosi 11/08/2012 21:54



on peut voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein mais que de gachis quand même !


amicalement



juillet58 10/08/2012 07:14


l'homme à bien des pouvoirs , il à la force de créer mais hélas il casse plus qu'il ne fait bien souvent

Jeanne Fadosi 11/08/2012 21:53



c'est un apprenti sorcier assez génial mais trop souvent téméraire au lieu d'être sage



mansfield 07/08/2012 19:56


Un poème d'anticipation si l'on examine la date à laquelle il a été écrit! Notre foi en l'homme sera-t-elle encore déçue?

Jeanne Fadosi 10/08/2012 19:04



Un poème de tous les temps aussi sans aucun doute ...


Les humains sont bien souvent des apprentis sorciers ...



leblogdhenri.over-blog.com 07/08/2012 18:22


Bonjour Jeanne,


Tu nous a trouvé un poème absolument magnifique. Quelle écriture. Pour ce qui est de l'alphabet à la lettre H. ce qui m'est venu immédiatement à l'esprit c'est curieusement "Henri" en
pensant bien sur à notre bon roi Henri 1V. Ton petit mot sur "Curiosity" m'a inspiré un petit texte. A bientôt. Bises bien amicales.


Henri.

Jeanne Fadosi 10/08/2012 19:00



Cest normal, non ? ah je vais aller voir ton petit texte sur le robot Curiosity


notre bon roi Henri ! je ne sais ce qu'il était en réalité. En tous cas, la postérité a bien soigné son souvenir. Pas facile d'être à la charnière de l'Histoire et c'est bien dommage qu'il y ait
eu ce retour en arrière par la suite avec la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIII ! 


bises amicales et belle fin de semaine



jill bill 06/08/2012 19:55


Ce Louise là est superbe...  Moi aussi j'espère qu'on laissera Mars comme elle est, mais l'homme étant ce qu'il est.... à suivre ! Merci... Bises, jill

Jeanne Fadosi 10/08/2012 18:29



je suis d'accord avec toi sur le poème comme sur mes craintes en une nouvelle et surprenante sagesse des humains. Ceci étant, je salue l'exploit !


bises et belle fin de semaine



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