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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 06:00

Jill Bill est à la manoeuvre pour le défi n°82 des CROQUEURS DE MOTS, sous l'aimable amirauté de Tricôtine.

Depuis notre fragile Coquille de noix,

"Pour le lundi 28 mai 2012

Allons à la pêche aux NOMS DE POISSON

Par ici la « bonne bouillabaisse »

A savoir en faire un savoureux écrit à votre guise...

On se jette à l'eau !"

 

C'était un jeudi morne et gris sans pluie. L'hiver tirait à sa fin. Avec son alternance de promenades et de ciné-club, les jours sans classe. Avec le printemps, les films du jeudi ne seraient plus qu'une empreinte dans la mémoire des pensionnaires, jusqu'à l'hiver prochain. La semaine précédente, la discussion avait été animée, voire polémique, après la projection du film "Pêcheurs d'Islande", l'adaptation de Pierre Schoendoerffer (1959) du roman de Pierre Loti (1886). Les collégiens n'avaient pas oublié de commenter le documentaire qui le précédait, un court-métrage d'une entreprise de cosmétique sur l'industrie des produits de la baleine*. Film promotionnel comme souvent lorsque le sujet principal était considéré comme orienté. Une sorte de gestion de la neutralité de l'éducation. Comme souvent, ce rééquilibrage en trompe-l'oeil ne faisait qu'accentuer l'intention du film (si intention il y avait). Le débat débutait de façon classique sur l'histoire sentimentale et le tragique de la vie des familles de marins. Filles et garçons se retrouvaient toutes les quinzaines au gymnase. Les bancs étaient installés sur le sol de béton, les filles d'un côté de l'allée, les garçons de l'autre. Pour la plupart des pensionnaires, c'était le seul lieu de mixité. Comme souvent aussi, je ne sais trop comment ce glissement s'opérait, la discussion prenait un tour plus ..., (je bute sur le mot à utiliser, j'ai le sentiment qu'aucun ne suffirait à le définir). C'était l'âge où l'on abandonnait les jeux de balles ou de billes pour se regrouper dans les cours de récréation. C'était l'âge des grandes discussions où avec nos maigres connaissances, notre court vécu, nos sensations, nos lectures, nos petites révoltes, nous critiquions le monde tel qu'il nous parvenait, tel que nous nous le représentions, et nous le refaisions. 

Il faut bien dire que le ciné-club, avec son choix de films, et la bonne tenue de la discussion qui lui succédait, sans enjeu de notes, sans la pesanteur du cadre habituel des cours, a été tout au long de mon enfance, une excellente école de l'apprentissage de l'esprit critique. Il faut dire que l'esprit d'Emile Chartier (le philosophe Alain) continuait à hanter tous les recoins de sa ville natale.

Sur l'écran déroulé au fond de la scène, le cabillaud des vendredi, la morue dessalée quelquefois, l'horrible huile de foie de morue pour éviter les engelures et le rachitisme, prenaient chair, prenaient sens, se peuplaient des marins-pêcheurs, mais aussi des ouvrières à la tâche, de leurs mains abîmées par le froid et l'âpreté des écailles ... La dureté du travail des sans grades.

C'était un jeudi morne sans pluie et c'était jour de promenade. On aurait pu aller à la Folle Entreprise, au moins. Pour tenter d'apercevoir une ablette, une tanche ou même une carpe royale. Au lieu de quoi, on allongeait le pas entre les flaques le long du chantier de la déviation.

Vivement samedi, 16h30. L'ouverture de la pêche à la truite amènerait dimanche les pêcheurs de la famille et la maison serait pleine de douceur et d'animation. Les plus sérieux se lèveraient avant l'aube pour être à pied d'oeuvre le long de la rivière à l'heure d'ouverture légale. Ils rentreraient pour le midi. Repartiraient après le repas. Mais l'essentiel de la partie de pêche était jouée. Les malheureuses arc-en-ciel lâchées par la société de pêche se seraient ruées sur les appâts et leur besace ne serait pas vide. Etait-ce devenu cela, la pêche ? Ils regrettaient le temps d'une pratique moins fructueuse, la rareté d'une bête rouée et traquée patiemment. Avec respect. Si le temps était beau, nous irions en famille les retrouver le long des berges. Nous faisions doucement mais cela ne suffisait pas. Et mes frères s'amuseraient de l'agacement des pêcheurs venus de la ville. Et levés trop tard.

 

* une baleine est un mammifère marin. Au début des années 1960, on commençait à se préoccuper de la manière dont on exploitait ou surexploitait la mer, et de la manière dont on traitait les animaux marins, notamment les bébés phoques et les dauphins.

documentation :

Tous les poissons d'eau douce

La pêche en mer : Musée de la Mer Paimpol

La pêche de la morue, Le monde illustré, 1858, wikisource

Une mer sans poissons, de Philippe Cury et Yves Miserey, résumé et propos de Philippe Cury pour l'IRD

Pêcheurs d'Islande, film de Pierre Schoendoerffer, 1958 - 1959, adaptation du livre de Pierre Loti, 1886

un entretien de Vigdis Finnbogadottis (avec un accent aigu sur le o), pour l'université de Rennes  

 

et les liens mis en complément de  Sardines à l'huile, de Georges Fourest

 

pecheur_d_islande01.jpg

peche-Mondion.jpg

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Published by Jeanne Fadosi - dans défiscroqsmots
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commentaires

Catheau 31/05/2012 14:53


"La nostalgie n'est plus ce qu'elle était" ou comment le poisson devient une petite madeleine de Proust : c'est très réussi.

Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:19



des petites madeleines comme celles-ci, j'en ai plein. Mais je n'utilise pas la même recette que Proust. Un souvenir de dictées et de thèmes en allemand des plus costauds ! c'edst peut-être pour
cela que je fais partie des gens qui n'arrivent pas à lire Proust



chloé 30/05/2012 14:09


Joliment relaté et un survol d'une époque qui réveille pour ce qui me concerne beaucoup de souvenirs dont le ciné club ; pêcheurs d'Islande; les filles d'un côté, les gars de l'autre... Chaque
époque, moment de vie à son charme et ses  inconvénients! Est ce que c'était mieux avant par rapport à aujourd'hui! C'était  différent!, peu comparable ! Merci pour ce partage.Chloé

Jeanne Fadosi 04/06/2012 14:47



ah oui la mixité n'était pas encore à l'ordre du jour ! les contraintes étaient sévères et la liberté très limitée. En même temps la modernité a abîmé la nature et les paysages où l'on allait se
promener.



leblogdhenri.over-blog.com 29/05/2012 13:18


Bonjour Jeanne,


Voilà un défi magistralement relevé. Cest plein de nostalgie et de souvenirs d'antan. j'ai beaucoup aimé. Merci. Bises amicales.


Henri.

Jeanne Fadosi 04/06/2012 15:46



merci Henri. ce compliment me touche. Nostalgie, non , je ne dirais pas cela. J'aime me souvenir du passé, mais je ne voudrais pas m'y recroqueviller encore moins le revivre. J'en parle pour
lutter contre l'idéalisation qui en est trop souvent faite, ou le contraire, pour transmettre ma petite expérience voilà


bises amicales



Marie 28/05/2012 21:11


C'est toi qui pêche, moi j'adore ça !!!! superbe article pour ce défi. Bisous bonne semaine Jeanne

Jeanne Fadosi 04/06/2012 15:53



moi, je n'ai jamais beaucoup pêché sauf quelqufois gamine, la pêche aux vairons pour une délicieuse friture du soir. et malgré l'obligation de s'en occuper soi-même, corvée acceptée


bises et belle semaine



Solange 28/05/2012 20:11


Merci pour ce bon moment passé sous la mer.

Jeanne Fadosi 04/06/2012 15:55



un joli thème que ce défi, accomodé de multiples façons par les croqueurs pour des plats à savourer ...



Frieda 28/05/2012 15:23


Bonjour Jeanne,


Le poisson est traité sous (de) tous les noms dans ce texte


Merci pour ce moment


Bisosus


Frieda

Jeanne Fadosi 04/06/2012 16:03



sourires. Un sujet où j'avais des ingrédients anciens certes mais qui pouvaient faire encore un bon frichti


bises



fanfan 28/05/2012 13:32


De beaux souvenirs d'enfance    qui t'ont laissé de bons souvenirs.


C'est toujours gréable de se remémorer tous ces moments que la jeunesse d'aujourd'hui ne connaît plus.Bises

Jeanne Fadosi 04/06/2012 16:02



les mauvais souvenirs, je préfère les mettre dans un coin, les défis des Croqueurs de mots ne sont pas un réceptacle des lamentations. Et puis, tout ne peut pas se raconter comme ça en public.


Il y a aussi des mauvais souvenirs dont on peut rire maintenant ... ceux-là, je peux les partager volontiers


bises



marie chevalier 28/05/2012 13:30


Oui des souvenirs, mais des agréables qui touchent et  nous  parlent


Tout cela sur le thème du poisson i lfallait le faire et tu l'as fait  ! bravo et bises  Marie

Jeanne Fadosi 04/06/2012 16:00



puiser dans ses souvenirs, ce n'est pas le plus difficile. Imaginer m'est plus compliqué car il me faut un support


bises



M'annette 28/05/2012 13:00


sans doute employons-nous les mots à mauvais escient!!


En tous cas, tu as parfaitement raison: j'ai vécu les lessives au lavoir. J'aimais bien ce rendez-vous hebdomadaire, parce que j'avais 10 ans, et que je ne connaissais rien d'autre...
Aujourd'hui, mon lave-linge me paraît indispensable!


Bises

Jeanne Fadosi 04/06/2012 15:59



je les ai connues aussi toute gamine, quand j'étais autorisée à accompagner les femmes au lavoir. Mais le lavoir a été dans les années qui suivaient remplacé par les machines à laver, il fallait
le raccordement à l'eau de ville pour cela. C'est fou ce que les années 1950 et 1960 ont changé les habitudes quotidiennes des familles et en particulier des femmes ... en cinquante ans que de
changements !


bises



M'annette 28/05/2012 11:48


je pourrais recopier le commentaire de Martine, car je pense comme elle.. La nostalgie du passé est toujours douce, et on occulte souvent la dureté de la vie en ce temps-là, mais la vie
moderne apporte d'autres problèmes, et la vie est-elle meilleure?


Bonne journée

Jeanne Fadosi 28/05/2012 12:06



cette fois je viens de vérifier la définition de nostalgie. Donc je suis sûre de pouvoir dire non, je n'ai pas de nostalgie. D'ailleurs, ce n'est pas vraiment idéal ce que je décris ici. Mais je
suis convaincue qu'il est important de faire connaitre ce passé, justement pour qu'il ne soit pas imaginé et idéalisé.


la vie actuelle est différente. Meilleure ? tout dépend, pas pour tout le monde et très encombrée que choses inutiles. Nous aurions bien du mal à revenir au temps des lessives au lavoir, à la
lampe à huile et au garde-manger sans frigo ...


 


belle journée



Martine Eglantine 28/05/2012 11:24


Bonjour Jeanne, j'ai beaucoup aimé ton texte pour le défi des croqueurs tout à la fois emprunt de nostalgie des souvenirs d'enfance et aussi un pladoyer pour la mer et ses possons et
mammifères.... Merci j'ai passé un bon moment de lecture.

Jeanne Fadosi 28/05/2012 11:52



Ca me faire sourire quand je lis "nostalgie", j'aime me souvenir de bons moments, mais sans regrets. Il va vraiment falloir que je retourne à mes dictionnaires pour cerner ce mot-là ! J'aime
parler du passer car il me semble important qu'il reste des témoignages de nos vies dans ces époques-là. Les archives audio-visuelles ne comprennent souvent que les moments spéciaux, pas la vie
quotidienne.


Il y a un problème avec le lien vers ton blog, je le remets ici CERGYRAMA (mais je ne retrouve pas
celui de ton blog d'écriture)



Clio48 28/05/2012 09:51


Tu en évoques des sujets bien actuels à partir des poissons !


Bien vu et très bien écrit , Jeanne .


Bises et bonne journée .



Jeanne Fadosi 28/05/2012 11:57



finalement oui, il y a de l'actualité dans ces souvenirs ...


bises et belle journée



Quichottine 28/05/2012 09:41


Un défi souvenir, finalement... J'aime beaucoup.


Tu te distingues à nouveau en traitant le sujet de ta façon si personnelle.


Merci pour ce moment de partage.


Bisous et douce journée.

Jeanne Fadosi 28/05/2012 11:56



mêler les souvenirs à des réflexions oui, finalement je crois quand même à l'importance de transmettre par le souvenir.


bises



jill-bill 28/05/2012 09:13


Helleau Jeanne !!  Un jour sans classe, promenade ou ciné-club, c'était sympa ça, jour de mixité mais chacun de son côté, ceci ne date pas d'hier !  Merci pour ta page Jeanne et ta
façon de rélever le défi... instrucive avec en prime le sourire familial de ces beaux dimanches... Bon lundi à toi, bises de JB

Jeanne Fadosi 28/05/2012 11:55



comme tu dis, de l'eau a coulé depuis et beaucoup de petits et grands poissons ont été pêchés et mangé ...


belle journée bises



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