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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 06:00

Oui M'annette, je ne suis pas une croqueuse toujours très disciplinée. On dit que j'ai de l'imagination mais je puise largement dans mes observations tout ce que j'écris. Et ta proposition de défi pour les CROQUEURS DE MOTS me pose plein de problèmes car, vois-tu, je ne connais pas la Corse, encore moins donc Bonifacio.

 

Pour me faire pardonner, je remets donc en ligne ce texte mis en ligne pour le défi n° 55

Ce n'est pas les vacances, ce n'est pas sur ton île

 

Panne d'électricité

Dans les années 1950 ...

Dans la pénombre du vestibule, la petite fille regarde, le coeur en vrille, les sanglots de sa maman.

 

Les larmes ne se voient pas sur son visage, mais elle sait bien qu'elle est toute en pleurs et en tremblements à l'intérieur. La porte du bureau est restée entre-ouverte et, tandis  qu'elle l'aide doucement à s'appuyer dans le moelleux des manteaux pendus aux patères, la voix hargneuse continue à sortir du combiné qui a été laissé à l'abandon sur le pupitre du chef d'équipe.

 

Sa maman a pour consigne de répondre au téléphone quand tout le monde est parti en intervention ; et de ne jamais raccrocher au nez des usagers.

 

La voix ordonne et insulte pour que le courant soit rétabli avant l'heure de la traite du soir. Ils sont peu nombreux encore ceux des agriculteurs qui se sont équipés de machines à traire, voire d'une salle de traite.

 

Mais les orages de cette année-là ne leur laissent pas de répit. Les trois équipes sont déjà de sortie. Dans la pluie et le vent, quelquefois sous la grêle. Dans les éclairs et le tonnerre. 

 

La petite fille n'a pas peur de l'orage, pas pour elle. Encore que. Mais elle en connait le danger, d'autant plus grand lorsqu'il faut aller à découvert, en plein champ, pour grimper aux poteaux et réparer les fils électriques. Elle sait, pour en avoir été instruite par son papa, les bienfaits et les dangers de l'électricité : cette énergie déchainée pour l'heure dans le ciel et domestiquée pour le confort des humains depuis à peine un demi-siècle.

 

Elle n'entend pas toujours car elle dort à l'autre bout de la maison, mais elle sait aussi qu'il arrive à son papa de partir en pleine nuit réparer une panne. Un deuxième téléphone de l'EDF a même été installé pour cela dans leur chambre à coucher de leur logement de fonction.

 

Alors la petite fille est très en colère contre cette voix qui gronde et qui exige ...

 

Elle n'a pas peur de l'orage mais elle est terrifiée par ce téléphone suffisant et belliqueux. Elle soulève cette lourde poignée et dit doucement dans le côté du micro : ma maman a bien noté votre demande. Votre ligne sera réparée dès que possible. L'autre voix, surprise, se tait et l'on entend le déclic de quelqu'un qui raccroche.

 

La petite fille replace délicatement l'écouteur sur son support. La poignée est toute moite de sa sueur.

 

- Pourquoi papa , il a dit dimanche que c'était la faute des calculateurs ? Que les tempêtes, elles se moquaient bien des écarts-types. Dis maman, tu sais ce que c'est toi, un écart-type ?

 

- Non, mais tu apprendras cela à l'école quand tu seras plus grande. Tu sais, ton papa, il en a électrifié des campagnes. En calculant bien sûr, mais en observant aussi sur le terrain et en écoutant la mémoire du temps.

Maintenant, les ingénieurs et les techniciens font de très beaux dessins industriels et de savants calculs et c'est dans leurs bureaux modernes qu'ils décident le tracé et le nombre de poteaux. Le moins possible.

 

C'est dans ces scènes et ces bribes de conversation qui l'interpellent et la questionnent, que se forge le goût de la petite fille pour la rigueur des nombres et des schémas, mais aussi pour leur mise à distance, au regard de la vie et de la réalité.

 

On entend déjà au loin, depuis le bureau, retentir à nouveau la sonnerie du téléphone ...

 

 

et dans un petit coin de sa tête, la petite fille espère très fort que son papa ne tombera pas en panne au milieu de nulle part. Et elle tremble pour lui comme elle pleure à l'intérieur d'elle pour sa maman.

 

 

 

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Published by Jeanne Fadosi - dans défiscroqsmots
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commentaires

marie chevalier 16/06/2012 09:08


belle  histoire bien menée  bravo à toi . tes récits sont toujours dans le ton ! merci à toi et bises

Jeanne Fadosi 18/06/2012 10:50



la Corse est une île que je ne connais pas personnellement mais à travers le vécu d'autres personnes et à travers quelques Corses du continent que nous croisons dans la vie tant (ce n'est pas un
reproche) ils sont nombreux à devoir venir travailler hors de leur île. 


Je n'ai pas beaucoup d'imagination et il m'était difficile d'écrire un texte se situant là.


Et puis, je manquais de temps et j'avais déjà ce texte.


Ma dernière phrase, rajoutée pour la raccrocher au défi, déséquilibre un peu le texte initial, mais bon ...


bises



leblogdhenri.over-blog.com 15/06/2012 09:50


Bonjour Jeanne,


Une bien jolie histoire et si bien contée. O.B. semble redemarrer correctement. Depuis une semaine je ne recevais rien. A bientôt. Bien amicalement.


Henri.

Jeanne Fadosi 16/06/2012 10:22



les nitifications de commentaires arrivent encore et dans le désordre, mais ce n'est pas bien grave car j'y ai accès par ailleurs. C'est plus frustrant pour les réponses


belle fin de semaine



enriqueta 13/06/2012 09:19


Cete petite fille est charmante.

Jeanne Fadosi 13/06/2012 12:47



c'est une histoire vraie



M'annette 12/06/2012 13:00


Certes, ce n'est pas une histoire corse, mais elle est très émouvante!


Merci pour cette participation "rebelle"!


Bises

Jeanne Fadosi 13/06/2012 12:55



rebelle je suis née, rebelle je reste à mon âge ...


bises



ABC 11/06/2012 21:58


Un texte très émouvant, la petite fille a grandi, elle se souvient et elle écrit, un beau partage, merci !

Jeanne Fadosi 22/06/2012 18:28



je puise dans mes souvenirs, je n'ai pas tant d'imagination autrement et puis je crois à l'importance de transmettre son vécu, sans nombrilisme, mais c'est rarement le cas. N'écrire que sur soi,
on en a vite fait le tour si l'on n'y associe pas les autres.


bises et belle fin de semaine



Solange 11/06/2012 20:44


Moi je ne l'avais pas lu, je l'ai trouvé très intéressant.

Jeanne Fadosi 22/06/2012 18:13



merci belle fin de journée



chloé 11/06/2012 17:59


" Que la lumière soti et la lumière fût! ça parait si simple! Ravie de cette rediffusion, car je ne connaissais pas ce texte, qui montre l'autre versant des choses et nous amène à avoir un regard
différent!  Merci de ce partage Jeanne! Toujours pas facile d'accéder aux écrits des uns et des autres! c'est galère! Bonne fin de journée . cordialement Chloé

Jeanne Fadosi 22/06/2012 17:33



comme tout ce que l'on utilise quotidiennement et qui nous manqueraient pour certaines en tous cas à coup sûr !


l'électricité, l'eau courante, le chauffage, les réfrigérateurs ...


sans oublier l'évolution actuelle des autos parait-il (moi, j'ai une vieille auto)bises



Monelle 11/06/2012 11:12


C'est vrai que souvent on prend pour cible, dans sa colère, la personne en face de soi alors que la pauvre n'y est strictement pour rien  !!


Bonne journée - bisous !



Jeanne Fadosi 11/06/2012 17:45



les dames de la poste, les employés de l'ANPE, pardon de "Pôle emploi" etc mais comment faire quand ce sont nos seuls interlocuteurs et au téléphone c'est pire quand on finit par avoir autre
chose qu'un robot au bout du fil !


bises



Clio48 11/06/2012 10:57


Belle et triste histoire , Jeanne .


Quand au défi " Corse " , si l'inspiration ne vient pas , ce n'est pas la peine .


Gros bisous et bonne journée .



Jeanne Fadosi 11/06/2012 17:43



ben voilà, je n'avais pas d'idée 


bises



Quichottine 11/06/2012 10:10


Je me souvenais bien de ce texte... mais merci de l'avoir remis en ligne.


Il mérite largement une seconde diffusion.


 


Bises et douce journée malgré le gris du ciel.

Jeanne Fadosi 11/06/2012 17:42



bises et belle fin de journée à toi aussi



fanfan 11/06/2012 10:10


Je me souviens de cette histoire avec ton papa électricien à EDF;


 J'admire les dépanneurs qui font leur possible pour nous rendre la lumière, par tous les temps. J'en ai encore vu cet hiver , sous la neige , en pleine nuit avec moins de zéro degrés qui
essayaient de trouver la grosse panne , en plein maquis  !JTu racontes bien, les soucis de leur femme et les angoisses des enfants de voir ceal. Bises


Bises

Jeanne Fadosi 11/06/2012 17:42



les femmes de ... qui font un travail pas reconnu comme tel, sans compter le travail à la maison et la prise en charge des aînés dépendants ...


Des dépanneurs qui réparent en pleine nuit, on a du mal à ne pas trouver cela normal sans se préoccuper de ce que cela implique pour ces travailleurs de la nuit.


bises



jill bill 11/06/2012 08:10


A la relecture je m'en souviens oui....  Des grognons et des hommes qui font ce qu'ils peuvent, j'ai adoré cette gamine.... Merci Jeanne ! Bizzz jill

Jeanne Fadosi 11/06/2012 17:34



si ces gens-là n'étaient que grognons ! ils considèrent que tout leur est dû, réclame la plus grande sévérité pour les autres mais s'assoient sur les règles élémentaires de savoir-vivre pour ce
qui les concernent !


du genre à crier au vol mais à nous polluer en laissant le moeur de leur grosse bagnole tourner pendant qu'ils sont allés acheter leur pain ou leurs cigarettes ...


et ce n'est pas des petits jeunes tu peux me croire !


bises



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