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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 06:00

 

Jacques Chancel le 23 décembre, Jacques Hurtubise le 27 décembre, (peintre), Simone Iff le 29 décembre (militante des droits sociaux et des femmes), Robert Chambeiron le 30 décembre (doyen des résistants français), René Vautier le 4 janvier (cinéaste : Avoir vingt ans dans les Aurès), Jean-Pierre Beltoise le 5 janvier (coureur moto et automobile), 

 

Cabu, Charb, Bernard Marris, Tignous, Wolinski, Philippe Honoré le 7 janvier avec six autres personnes ... Elsa, Mustapha, ...

lâchement assassinés

 

et Camille Lepage (photoreporter de 26 ans) et les 118 journalistes tués en 2014 dans le cadre de leur travail

 

Désolée pour le pas de côté

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Allez bien doucement, car le cercueil n'est pas comme les autres où se trouve un bloc d'argile enlinceulé de langes, celui-ci recèle entre ses planches un trésor que recouvrent deux ailes très blanches comme il s'en ouvre aux épaules fragiles des anges.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Allez bien doucement, car ce coffre, il est plein d'une harmonie faite de choses variées à l'infini : cigales, parfums, guirlandes, abeilles, nids, raisins, cœurs, épis, fruits, épines, griffes, serres, bêlements, chimères, sphinx, dés, miroirs, coupes, bagues, amphores, trilles, thyrse, arpèges, marotte, paon, carillon, diadème, gouvernail, houlette, joug, besace, férule, glaive, chaînes, flèches, croix, colliers, serpents, deuil, éclairs, boucliers, buccin, trophées, urne, sourires, larmes, rayons, baisers, or, tout cela sous un geste trop prompt pourrait s'évanouir ou se briser.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Allez bien doucement, car si petit qu'il soit de la taille d'un homme, ce meuble de silence renferme une foule sans nombre et rassemble en son centre plus de personnages et d'images qu'un cirque, un temple, un palais, un forum ; ne bousculez pas ces symboles divers pour ne pas déranger la paix d'un univers.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Allez bien doucement, car cet apôtre de lumière, il fut le chevalier de la beauté qu'il servit galamment à travers le sarcasme des uns et le crachat des autres, et vous feriez dans le mystère sangloter la première des femmes si vous couchiez trop durement son amant dans la terre.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Allez bien doucement, car s'il eut toutes nos vertus, mes frères, il eut aussi tous nos péchés ; allez bien doucement car vous portez en lui toute l'humanité.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Allez bien doucement, car il était un dieu peut-être, ce poète, un dieu qu'on a frôlé sans deviner son sceptre, un dieu qui nous offrait la perle et l'hysope du ciel alors qu'on lui jetait le fiel et les écailles de sa table, un dieu dont le départ nous plongera sans doute en la ténèbre redoutable ; et c'est pourquoi vont-ils, vos outils de sommeil, produire tout à l'heure un coucher de soleil.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Mais non. Ce que vous faites là n'est qu'un pur simulacre, n'est-ce pas ? C'est un monceau de roses que l'on a suivi sous l'hypothèse d'un cadavre et que dans cette fosse vous allez descendre, ô trésoriers de cendres, et ces obsèques ne seraient alors qu'une ample apothéose et nous nous trouverions en face d'un miracle. Oh ! dites, ce héros n'a pas cessé de vivre, fossoyeurs, ce héros n'est point mort puisque son âme encore vibre dans ses livres et qu'elle enchantera longtemps le cœur du monde, en dépit des siècles et des tombes !

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

 

Humble, il voulut se soumettre à la règle commune des êtres, rendre le dernier soupir et mourir comme nous, pour ensuite, orgueilleux de ce que l'homme avait le front d'un dieu, ressusciter devant les multitudes à genoux. En vérité, je vous le dis, il va céans renaître notre Maître d'entre ces morts que gardent le cyprès avec le sycomore, et sachez qu'en sortant de cet enclos du Temps, nous allons aujourd'hui le retrouver debout dans toutes les mémoires, comme demain, sur les socles épars érigés par la gloire, on le retrouvera sculpté dans la piété robustes des humains.

 

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Saint-Pol-Roux

 

 Graffito Condemned to Agony le-cri Domaine Public

.

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Published by Jeanne Fadosi - dans jeudi-en-poésie-etc
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commentaires

Quichottine 08/01/2015 19:06

Je ne crois pas que tu aies fait un pas de côté...

La mort n'épargne personne, mais notre liberté c'est d'unir ceux qui ne sont plus dans un même souvenir et de leur rendre hommage.

Ce texte est magnifique.

Jeanne Fadosi 19/01/2015 19:32



mais de cette façon-là ! si violente et insensée !



mansfield 08/01/2015 18:49

Et quand la mort fauche des vies actives, des mots et des idées, le drame est encore plus vif!

Jeanne Fadosi 20/01/2015 13:48



et ici on a tué sciemment. cruellement 



mamazerty 08/01/2015 12:08

merci Jeanne pour ces mots...quel poême....

Jeanne Fadosi 20/01/2015 14:10



je comprend qu'il soit utilisé pour des obsèques mais ici il prend tout son sens



jill bill 08/01/2015 08:34

Bonjour Jeanne, il y a mort et mort, ceux d'hier, pas dans leur lit mais abattus tels des chiens enragés... je compatis, comme le monde entier, merci, bises de JB

Jeanne Fadosi 20/01/2015 14:08



c'est une horreur et une abjection. quand je pense qu'il y en a pour dire ( et pas seulement de ceux qui se sentent à tort insulté maintenant) qu'ils l'avaient bien cherché. comme si on pouvait
justifier ces assassinats !



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