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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 06:00

 

Le poème en castillan se trouve en deuxième partie de ce billet

 

Pour le second jeudi en poésie du défi n°82 des CROQUEURS DE MOTS animés par Tricôtine et piloté en toute liberté par Jill Bill, J'ai eu envie de vous faire partager un peu de Frederico Garcia Lorca.

 

 

San Rafael (Córdoba) 

 

 

I

 

Des voitures fermées arrivaient

aux rives de joncs

où les ondes lissent

un torse romain dénudé.

Voitures, que le Gualdalquivir

dédouble dans son cristal mûr,

entre gravures de fleurs

et résonnance de nuages.

Les enfants tissent et chantent

la désillusion du monde,

près des vieilles voitures

perdues dans le nocturne.

Mais Cordoue ne tremble pas

sous le mystère confus,

même si l'ombre élève

l'architecture de la fumée,

un pied de marbre affirme

son chaste éclat désséché.

Des pétales de fer-blanc fin

brodent les gris purs.

 

 

II

 

Un seul poisson dans l'eau

qui unit les deux Cordoue :

Blanche Cordoue de joncs.

Cordoue d'architecture.

Des enfants au visage impassible

au bord de l'eau se dénudent,

apprentis de Tobie

et Merlins par la taille

pour ennuyer le poisson

d'une ironique question

veut-il des fleurs de vin

ou des sauts de demi-lune.

Mais le poisson qui dore l'eau

et endeuille les marbres

leur donne leçon et équilibre

de solitaire colonne.

L'Archange arabisé

de paillettes osbcures

dans le meeting des ondes

cherchait rumeur et berceau

 

*

 

Un seul poisson dans l'eau.

Deux Cordoue de beauté.

Cordoue brisée en jets d'eau.

Céleste Cordoue sèche.

 

Federico García Lorca, Romancero gitano

Présenté et traduit par Yves Véquaud, dans son recueil de choix de poèmes de La Désillusion du monde* (titre repris du poème ci-dessus).

 

Federico García  Lorca, 1898 - 1936, tout à la fois poète, dramaturge (La savetière prodigieuse), metteur en scène, directeur de théâtre, dessinateur, musicien, il déclarait à un journaliste en 1935 :

"Travailler en manière de protestation. Parce que le premier mouvement serait de crier, tous les jours, en se réveillant dans un monde plein d'injustices et de misères de tout ordre : je proteste ! je proteste ! je proteste !"

 

L'année suivante, en 1936, il est fusillé par les fascistes au début de la guerre civile espagnole.

 

* Un petit livre que je ne regrette pas d'avoir acheté (pour 5 euros)dans une version bilingue soignée. Même si je ne connais pas l'espagnol, je peux en apprécier la construction qui ne peut être restituée en français. Le traducteur s'est attaché à rester au plus près du mot et du texte, même s'il dit lui-même que "toute traduction est une trahison, ou plus justement encore, la poésie est intraduisible".

 

 

San Rafael de Federico García Lorca

 

I

Coches cerrados llegaban

a las orillas de juncos

donde las ondas alisan

romano torso desnudo.

Coches que el Guadalquivir

tiende en su cristal maduro,

entre láminas de flores

y resonancias de nublos.

Los niños tejen y cantan

el desengaño del mundo,

cerca de los viejos coches

perdidos en el nocturno.

Pero Córdoba no tiembla

bajo el misterio confuso,

pues si la sombra levanta

la arquitectura del humo,

un pie de mármol afirma

su casto fulgor enjuto.

Pétalos de lata débil

recaman los grises puros

de la brisa, desplegada

sobre los arcos de triunfo.

Y mientras el puente sopla

diez rumores de Neptuno,

vendedores de tabaco

huyen por el roto muro.

 

II

Un solo pez en el agua

que a las dos Córdobas junta:

Blanda Córdoba de juncos.

Córdoba de arquitectura.

Niños de cara impasible

en la orilla se desnudan,

aprendices de Tobías

y Merlines de cintura,

para fastidiar al pez

en irónica pregunta

si quiere flores de vino

o saltos de media luna.

Pero el pez, que dora el agua

y los mármoles enluta,

les da lección y equilibrio

de solitaria columna.

El Arcángel aljamiado

de lentejuelas oscuras,

en el mitin de las ondas

buscaba rumor y cuna.

 

*

Un solo pez en el agua.

Dos Córdobas de hermosura.

Córdoba quebrada en chorros.

Celeste Córdoba enjuta.

 

 

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Published by Jeanne Fadosi - dans jeudi-en-poésie-etc
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commentaires

Alice 04/06/2012 21:55


C'est bien de donner à lire un texte de Garcia Lorca, car je n'ai pas eu trop l'occasion de le lire et de faire connaître cette édition. Merci à toi. Amitiés

Jeanne Fadosi 06/06/2012 17:36



l'occasion a fait ce choix : je viens de racheter ce petit livre que je cite dans le billet



Quichottine 31/05/2012 23:05


Un grand merci pour Lorca, et pour cette version bilingue.


J'apprécie beaucoup que l'original soit présent sur ta page.


 


Lorca est sans doute l'un de mes écrivains préférés, trop tôt parti.


Il protestait comme d'autres s'indignent aujourd'hui. Il ne faut pas accepter l'inacceptable.


Bises et douce journée à venir.

Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:08



J'aime beaucoup ce poète. Malheureusement je ne connais pas l'espagnol (j'ai appris l'allemend en seconde langue)


c'est vrai que je rapproche les deux démarches, à ceci près que l'un est mort jeune et que Stéphane Hessel utilise encore sa vigoureuse longévité.


bises et belle fin de semaine



mamazerty 31/05/2012 13:44


Garcia Lorca est un grand...j'ai lu pas mal de lui quand j'étais ado....

Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:20



oh oui, je l'aime beaucoup aussi.et pour lui et d'autres écrivains dans cette langue, j'aurais aimé comprendre l'espagnol



patriarch 31/05/2012 13:33


C'est une chanson de Ferrat qui me l'a fait découvrir... Bel après midi avec bises

Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:21



Ah oui ? Je ne savais pas que Jean ferrat avait chanté du Lorca. Un chanteur que j'aime beaucoup.


bises et belle fin de semaine



leblogdhenri.over-blog.com 31/05/2012 12:44


Bonjour Jeanne,


Quel magnifique partage tu nous offre là. Le nom de Fédérico Garcia Lorca est déja pour moi un auteur que je relis toujours avec énormémént de plaisir. De plus on ne peut oublier son
histoire pendant la guerre civile Espagnole. Un grand MERCI ! Bien amicalement.


Henri.

Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:29



Je ne sais pas ce qu'en connaissent les jeunes de l'Histoire de l'Espagne au XXe siècle, comme de celle du Portugal ou de la grèce d'ailleurs. Je me souviens de ma jeunesse où ces pays
connaissaient la dictature.


bien amicalement et belle fin de semaine



Clio48 31/05/2012 11:17


Excellente idée , Jeanne , d'avoir pensé à Lorca !


Pour son oeuvre mais aussi pour sa lutte contre le fascisme .


Gros bisous et bonne journée .



Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:32



C'est Lorca qui s'y est invité. Ouverture sur cette page comme pour me dire : choisis-moi pour le jeudi en poésie. Un excellent petit livre, agréable à glisser dans le sac à main pour occuper les
trajets ou l'attente


bises



jill-bill 31/05/2012 08:09


Merci Jeanne ! Je ne connais que de nom... J'aime sa déclaration en 1935 finissant sur un je proteste ! Fusillé en 36... soupir !  Merci pour ta participation à ma quinzaine à la barre
!  Amicales pensées de la part de jill, bizzz

Jeanne Fadosi 01/06/2012 22:34



Ce petit livre est agréable et a du succès puisqu'il en est à sa deuxième édition. Pas cher, peu encombrant, et dense dans la musique et le sens des mots ...


Bises et belle fin de semaine



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