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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 08:00

~ ré-édition du Billet 405 publié le mercredi 21 avril 2010 pour la récréa-bigornette reprise ensuite par Jill Bill ~

Et pour rester dans l'esprit des voyages du défi n°61 des CROQUEURS DE MOTS.    

carte-roumaine2.JPG

 intérieur en pliages et découpes d'une carte de voeux reçue de Vasile pour l'année 1978.

 

Pour la guinguette des prénoms du mercredi, à la Récréa-Bigornette,  j'évoquerai un vrai Basile, enfin pas tout à fait, puisqu'en roumain, le prénom prend un V et le s une cédille, comme ça : Vaşile.

 

Je vous en ai déjà parlé ICI. Il devait être près de minuit et nous désespérions de trouver un endroit sûr à défaut de confortable pour dormir, même le ventre creux depuis le petit déjeuner au camping de notre précédente étape. Cela faisait des heures et des kilomètres que nous avions cherché en vain le camping repéré pour l'étape de cette nuit. Le poste de police nous avait envoyé dans un lieu si glauque que nous avions vite décampé, au sens strict et nous nous retrouvions l'angoisse au coeur dans une nuit peuplée d'un peuple que le jour cachait soigneusement aux rares touristes qui s'aventuraient hors circuits officiels et voyages organisés de l'autre côté du rideau de fer.

Les jalons, les images d'Epinal du socialisme triomphant savaient à merveille cacher la poussière sous le tapis*.

Le terrible tremblement de terre du début mars 1977 laissait encore ses plaies béantes et tous les estropiés ne pouvaient pas être escamotés. La plupart des ruines disparaissaient pourtant derrière des palissades de fortune. Mais ici, c'était des pans entiers de routes et de ponts qui avaient dévissé le long des pentes et "notre" camping avait été englouti sous le lit de la rivière déroutée au gré des modifications du relief.

 

Dans notre angoisse, nous avions aperçu de la lumière à la boutique du village. Le gérant et sa collègue terminaient la mise en place du lendemain avant de rentrer chez eux. Nous avions suivi la lumière comme un phare dans la nuit et leur accueil avait été si chaleureux. Il n'y avait ni hôtel, ni foyer d'accueil, encore moins de camping à des heures de route et l'hospitalité nous a été spontanément proposée, hospitalité que nous avons décliné en leur apprenant qu'ils n'avaient pas le droit d'accueillir d'étrangers chez eux et que la sanction de l'infraction était un déplacement dans une autre province et une amende équivalant à une année de leur salaire.

Le verre d'alcool de prune obligatoire avait généreusement arrosé les plantes vertes, mais une ou deux gorgées à jeun avaient sans doute suffi à altérer notre sens du raisonnable. 

Avec le recul et tout ce que j'ai appris de pire que je ne savais déjà à l'époque, nous aurions sans nul doute continué à décliner cette offre si généreuse et si tentante dans notre épuisment et notre désarroi.

Près de trente cinq ans après les avoir si inconsciemment et égoïstement mis en danger, j'en ai encore des remords.

Nous avons fini par accepter l'hospitalité qui nous était présentée comme un devoir sacré au dessus des lois et qui nous sauvaient des dangers réels de la nuit et de ses maraudeurs impitoyables.

Vasile, le gérant célibataire, logeait dans un foyer collectif mais sa collaboratrice, mère de famille, habitait une petite maison traditionnelle. Ils nous ont nourri avec leur repas préparé pour le lendemain et nous ont laissé leur chambre à coucher en se serrant dans celle de leurs enfants.

A la fin de nos vacances, en repassant par ce village, la maison de nos sauveurs était complètement fermée. Avaient-ils fait valoir que nous n'avions pas d'autre solution ou ont-ils été dénoncé par des voisins et déportés loin de chez eux ?

J'ai su ensuite par un courrier de Vasile qu'ils étaient simplement partis en vacances sur la mer noire, comme ils le faisaient chaque année à cette époque, et qu'ils allaient bien.

J'ai revu Vasile quelques heures, deux ans après, nous nous étions donnés rendez-vous pour l'emmener avec nous à un festival international de danses traditionnelles dans les montagnes frontalières de l'URSS. Une parenthèse enchantée dans son quotidien besogneux.

Il a vieill, a sans doute fondé une famille comme je l'ai fait quelque temps après.

Son mal être était visible et me serrait le coeur. Qui pouvais-je ? Qu'est-il devenu dans ce monde nouveau qui a bousculé tous les repères et laissé sans ressources tous les balladins qui étaient la vitrine folklorique du pouvoir ? La Roumanie d'aujourd'hui ne ressemble sans doute plus guère à celle que je découvrais naïvement dans mes années de jeune adulte.

Mais cette main tendue, cet accueil chaleureux après des heures de fatigue, de faim puis de peur restent gravés dans mon souvenir.

 

* J'ai manqué le thème des tapis et carpettes du casse-tête de la semaine, mais en cherchant une illustration pour ce billet, la première page de la carte de Vasile me donne l'occasion d'une séance de rattrapage. (A voir au billet 406).

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Published by Jeanne Fadosi - dans Le-prénom-du-mercredi
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commentaires

jill-bill.over-blog.com 10/08/2011 10:55



J'ai relu avec plaisir Jeanne...  Bonne journée à toi... Bises de jill



Jeanne Fadosi 11/08/2011 16:00



merci JB ce souvenir m'émeut toujours.



Monelle 08/08/2011 08:44



Une histoire à garder précieusement dans les souvenirs !! merci de l'avoir partagée avec nous !


Bisous






Jeanne Fadosi 10/08/2011 10:39



Oh que oui !. Bises



Martine 08/08/2011 01:46



Bonjour Jeanne,


 Il est beau ce geste de la main tendue, du partage du peu que l'on a avec des inconnus.


J'ai lu dans les réponses aux commentaires que c'était du vécu. Merci pour ce souvenir très émouvant


Bises


Martine



Jeanne Fadosi 08/08/2011 19:53



Oui, c'est une rencontre vécue et je ne suis pas très fière de l'irrpesponsabilité de notre comportement à l'époque qui a mis cette famille en danger


Pas de panique, mon billet réapparaitra mercredi à 10 heures, comme j'aurais dû le programmer.


Bises


Jeanne



fanfan 21/04/2010 21:05


C'est une très belle histoire qui témoigne de la gentillesse de ce peuple. c'est drôle; il y a quelques années j'ai recueilli sur le bord de la route un jeune étudiant roumain , la nu, qui ne
savait pas où dormir, je l'ai nourri et logé . Il est reparti enchanté le lendemain, mais j'ai oublié son prénom!
Bises


Jeanne Fadosi 21/04/2010 21:46



et tu l'a accueilli avec ton grand coeur. Je ne doute pas qu'il se soit trouvé bien. Les Roumains étaient très francophiles à l'époque, je ne sais si c'est toujours le cas
Bises et belle fin de soirée



mamylilou 21/04/2010 16:27


Tu t'es amplement bien rattrappée, le temps passe si vite !


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:47



Mon dieu oui, le temps passe. J'ai l'impression que c'était hier, mais non ...



Bigornette 21/04/2010 15:37


un Basile qui dénote, mais qui n'en a que plus de valeur...une belle expérience que tu nous narres...des souvenirs que tu n'oublieras jamais... merci pour ce partage...bisous tout plein et bonne
soirée à toi...


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:47



Ca s'est imposé comme une évidence de raconter ce souvenir et de les remercier encore



Josette 21/04/2010 14:03


Voici le "vrai" Vasile prénom courant à l'Est alors que le prénom Basile revient ici


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:46



Ah oui ? j'ai par ici une histoire de Basile qui va au marché de la ville voisine, peut-être même que cela se chantait



fransua 21/04/2010 13:58


En voilà un Vasile peu ordinaire mais le coeur sur la main !


Martine27 21/04/2010 13:50


C'est une très belle histoire d'amitié


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:42



Simplement d'hospitalité, le lien est resté quelque temps par courrier interposé, un peu l'ancêtre du courriel en beaucoup moins rapide



reinette 21/04/2010 12:47


belle histoire dont j'ai aimé la lecture.


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:40



histoire vécue



jill bill 21/04/2010 12:27


Bonjour Jeanne, vrai que la Roumanie d'aujourd'hui donne matière à discussion... Beau billet que le tien, la découverte d'une nation amicale, ce Vacile perdu de vue... Tu as gardé tout cela au
chaud dans un coin de ton coeur et de ta mémoire,merci pour le partage signé JB


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:39



Je pense souvent à ce pays où je suis allée quelques semaines mais qui avait su me toucher



Alice 21/04/2010 11:00


Voilà un Vasile instructif..
Merci pour Théophile ..
Bises
Alice


Jeanne Fadosi 21/04/2010 17:49



Il me semble qu'il est important de témoigner d'une époque pas si lointaine mais on ne regarde pas souvent l'Histoire récente



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