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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 05:00

 

Réédition pour Mil et Une dont l'image de la semaine 27* ne pouvait que me renvoyer à ce récit que m'a inspiré le souvenir d'un événement vécu.

A vous de décider* cependant si vous préférez voir les images avant de lire mon petit texte ou seulement après.

 

La première mise en ligne du 8 juin 2014 (7h dans la catégorie chronique des jours d'antan) était faite en marge de mon défi n°124 pour les CROQUEURS DE MOTS et en cette Journée mondiale de l'Océan.

Thème 2014 : 
« Ensemble, nous avons le pouvoir de protéger l'océan »

NB de ce mercredi 23 juillet 2014, 10h et des poussières :

quand j'ai reprogrammé ce billet il y a quelques jours, j'ignorais totalement que le remorquage de l'épave du Concordia était prévu aujourd'hui et soulevait des inquiétudes quant à son chargement encore à bord et aux risques de pollution.

 

Imaginez un long week-end de fin de printemps. La pentecôte peut-être. Deux jolis voiliers prêts à lever l'ancre depuis le port de Noirmoutier pour une mini-croisière de trois jours. Une météo de rêve, soleil et brise douce. Sept ou huit matelots sur chacun, plus ou moins chevronnés. Je fais partie des novices.

Certes, j'ai appris les rudiments du maniement d'un dériveur de type 420 sur ce que nous appelions pompeusement un lac.

Je vous passe les détails du début. C'est à juste titre que j'avais redouté le mal de mer. Ce fut l'affaire de deux ou trois heures. Nous étions partis après le repas et l'après-midi se poursuivit agréablement jusqu'au mouillage pour la nuit dans une petite crique.

Le lendemain matin, la mer était d'huile, le soleil toujours au beau fixe, le ciel sans un nuage. Juste un vent léger à confier la manoeuvre aux moussaillons. Nous éloigner juste un peu de la côte fut chose aisée dont nous étions fiers.

Et puis, très vite, plus rien... pas un souffle de vent. Rien. Aucune risée, fût-elle minime. Il restait deux jours ... et nous étions au milieu de nulle part, à se partager quelques mètres carrés.

C'est là que l'un de nous a commencé à se comporter étrangement. Pas vraiment méchamment non. Mais ces réactions étaient dérangeantes. Il n'obéissait à aucun ordre, ce qui, sur un si petit espace où les gestes précis de chacun comptent, est source de difficulté. Si au moins il s'était contenté de s'abstenir de faire. Il passait d'un moment à l'autre de l'agitation à la prostration, de la logorrhée au silence inquiet.

Son fait de bravoure le plus marquant a consisté à boucher les toilettes avec le rouleau de papier. Ce qu'il a fait très tôt ce deuxième jour. Vous voyez où je veux en venir. Ce souvenir s'est activé lorsque ma recherche de texte sur la crémaillère m'a conduit au poème attribué à Musset.

 

Le reste du "voyage" s'est transformé en séances de pêche à la ligne (immobile), d'initiation à la lecture des cartes marines, de la remise en état du moteur auxiliaire, d'un bain dans une eau encore un peu fraiche, de l'apprentissage des gestions de crise en milieu clos ....

 

Le vent ne s'est pas levé et nous avons finalement rallié le port au moteur et à la godille. 

Notre compagnon était schizophrène. Le responsable en était informé et avait donné son accord sous réserve d'une météo favorable. Elle était au beau fixe.

L'idée était à priori bonne s'il avait pu se sentir occupé et utile.

Le vent en avait décidé autrement. Il aurait pu décider pire ...

 

Van-de-Velde-1673-natGalleryLondon.jpg

Trois navires dans la tempête, Van de Velde, 1673

 

* Les mots lus ne sont jamais tout à fait les mêmes que les mots écrits, y compris quand ils sont relus par leur auteur. Les mots impulsés par une image échappent eux aussi, et c'est tant mieux, à un seul déterminisme bi-univoque. Mais il n'est pas gratuit de lire sans voir l'image, ou en l'ayant vu ou en la voyant. Quel que soit votre choix, découvrir l'image support avant ou après, vous ne pourrez remonter le temps pour comparer les expériences.

Le choix de l'une interdit les autres.

.

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Published by Jeanne Fadosi - dans Les-semaines-deMiletUne
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commentaires

enriqueta 24/07/2014 07:35

Je pense qu'il est immoral et irresponsable d'imposer cette présence sans en avertir les gens. Chacun doit décider pour lui, nul ne doit prendre cette décision à notre place.

Jeanne Fadosi 24/07/2014 09:48



Je pense que les choses avaient été pesées entre les responsables. Je n'aime pas ce mot d'immoral. Il faut aussi mettre en perspectives tous les préjugés envers la maladie mentale qui était
encore plus forts à l'époque (encore que). La météo n'avait pas prévu une absence totale de vent. Je pense aussi que même sans cette personne à notre bord, nous ne serions pas sortis en mer pour
faire une initiation à la voile si on avait prévu que le principal ingrédient pour cela serait absent.


Il n'était pas dangereux, d'ailleurs était-ce cette pathologie ou une autre ? Mais ce fut un week end épique en effet



Martine 24/07/2014 06:53

C'est bien pour le responsable d'accepter ce jeune schyzophrène à bord pour qu'il puisse profiter aussi des joies de la voile mais effectivement cela aurait pu être dangereux. Je pense aussi que si
vous aviez été prévenus avant, cela se serait peut être mieux passé.

Nos petites puces arrivent aujourd'hui. Je serai en pause commentaires blog jusqu'au 10 août. Des articles sont programmés au rythme habituel sur mes 3 blogs. Je verrai voir vos articles sur mon
smartphone mais trop long sur le mobile de les commenter. Bises Jeanne

Jeanne Fadosi 24/07/2014 09:40



normal que tu fasses passer tes petites filles avant les blogs. Maintenant que vous habitez une région où les petites filles vont en vacances (je me souviens de mes vacances à La Chaume comme de
paranthèses enchantées) Tu sais que je n'y suis pas retournée et que je reconnais certains lieux sur tes photos


bises et belle journée



Monelle 23/07/2014 10:19

Encore un joli texte !!!
Bonne journée
Monelle

Jeanne Fadosi 24/07/2014 10:47



merci belle journée



fanfan 09/06/2014 20:27

Ce n'est pas évident de vivre en espace clos avec des gens normaux ; alors avec une personne à problèmes , on peut imaginer ce que cela peut donner !
Un souvenir original ! Bises

Jeanne Fadosi 10/06/2014 19:41



oui. Heureusement nous avions le moral et si le bateau ne voulait pas bouger, il faisait beau ...


Bises



Nounedeb 08/06/2014 21:37

Tu devais être sur "La Marie Joseph". Connais-tu la version des Frères Jacques?

http://www.youtube.com/watch?v=Nln_l4YFyRc&feature=kp

Jeanne Fadosi 09/06/2014 18:20



Oh oui je connais ! je ne parierais pas que nous l'ayons chanté pour détendre l'atmosphère mais il y a des chances ...


merci pour le lien que je remets ici actif : La
Marie-Joseph par les Frères Jacques


 


 



Quichottine 08/06/2014 17:55

La mer est une passion... mais je préfère aussi la terre ferme.

... et la regarder de loin, ou de très près, mais pas trop. ;)

Merci pour ce texte Jeanne.
Ma première balade en mer ne m'a pas donné non plus l'envie de recommencer.

Passe une douce soirée.

Jeanne Fadosi 09/06/2014 18:17



c'est pourquoi il vaut mieux essayer une petite sortie avant de se lancer sur un plus long trajet ...



mansfield 08/06/2014 16:20

Comme quoi, quand on s'embarque pour un voyage, on ne peut pas savoir à l'avance vers quoi on navigue et on découvre avec qui... au fur et à mesure !

Jeanne Fadosi 09/06/2014 18:16



Sûrement. Et d'une manière générale quand on fait un voyage avec des gens, même si on les connait. Mais sur un bateau et avec des personnes que des situations nouvelles perturbent, cela peut
prendre des proportions ...



eMmA 08/06/2014 08:24

Ton texte est très intéressant. Tu tiens bien le lecteur en haleine jusqu'au terme du récit.
Mais dis-moi, c'est du vécu ?
Passe un bon dimanche,
eMmA

Jeanne Fadosi 08/06/2014 11:47



oui c'est du vécu. Inutile de te dire que mon "baptême de l'océan" ne m'a pas incité à perséverer. je préfère irrémédiablement la terre ferme


beau dimanche



jill bill 08/06/2014 07:55

Bonjour Jeanne, je ne sais si, homme, j'aurais choisi cette profession... militaire ou civil ! Quand je regarde le tableau.... Merci toi, bises

Jeanne Fadosi 08/06/2014 11:51



pourquoi homme Jill ? il y a des femmes marins. La mer est une passion.


mais très peu pour moi


bises



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