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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 07:00

 

Pour MiletUne. en support un tableau de Soutine : Les maisons

 

 

Ville nouvelle

 

Petit Pierre aimait tant venir passer les mercredi chez ses grand-parents ; quand il faisait soleil, soulever cinq secondes un arrosoir plus lourd que lui ; aider Papy à tendre le cordeau. Le printemps fleurissait déjà le jardin mais il sentait dans son coeur de gosse leur regard voilé. Il avait beau être protégé des soucis des grands, il voyait bien que le monde changeait autour de leur ilot végétal. Les vastes étendues maraichères n'avaient pas été retournées. Des engins à chenilles puis des grues immenses avaient fait leur apparition dans l'horizon. Des cylindres de béton poussaient comme des champignons.

Mamie avait essuyé furtivement une larme l'autre jour en lisant le contenu de l'enveloppe bleue que lui avait tendu le papy.

-Cette fois-ci c'est pour bientôt, avait dit Papy en découvrant la confirmation de la date fatidique. Ils avaient l'un et l'autre plus de 75 ans, âge qui, à cette époque, aurait dû les protéger d'une expulsion. Mais pour l'aménagement de la ville nouvelle, des dérogations avaient été prévues et même un juge à plein temps. Petit Pierre, lui, voyait ces drôles de choses qui poussaient là-bas.

- C'est drôle, on dirait des maisons-fleurs. C'est là que vous déménagez ?

- Non mon Pierrot, nous n'en avons pas les moyens. On va nous reloger dans un cube ou une barre. 

- tu as du chagrin ?

- Oui, tu sais, cette maisonnette devait être provisoire. Notre immeuble avait été l'un des derniers bombardés à la fin de la guerre. Et puis, nous nous sommes tellement plu ici ! 25 ans ! Une deuxième vie déjà. Je n'ai pas le courage de recommencer encore ailleurs.

- Moi je trouve que ce serait bien si vous alliez dans ces maisons-fleurs.

- et pouquoi donc mon Pierrot ?

- Ca doit être chouette d'avoir un lit tout rond ...

Mamie sourit, le coeur plus léger. Elle se demandait bien pourquoi les prospectus les nommaient "les épis de maïs". Papi imaginait déjà la vigne vierge à l'assaut des corbeilles et saluait en secret le talent de l'architecte. un digne héritier du courant expressionniste. Mais non, évidemment, on avait promis de les reloger, c'était au moins ça. Inutile de rêver une telle destination !

La clochette du portillon résonna. L'heure de sa maman. Le retour dans leur HLM aux murs trop droits. Un dernier signe de la main à Papy et Mamie. Combien de mercredi leur restaient-ils dans ce petit paradis ?

 

Un bel article, très bien documenté sur ce qui m'a inspiré cette scène imaginaire sur le blog Astudéjàoublié.

Si j'ai inventé les situations,il y avait bien à au TGI de Créteil-ville nouvelle (comme on l'appelait à l'époque) un juge chargé à temps complet des expropriations (et par voie de conséquence des expulsions-relogements des locataires des immeubles concernés) et il y avait bien dérogation aux protections concernant le logement des personnes de plus de 75 ans. (protection qui n'existe plus)

Bonus, soufflés par Jill Bill et Josette, en commentaire sur miletune C'était un petit jardin, de Jacques Dutronc et par Emma, La maison près de la fontaine, de Nino Ferrer

 

 

Attention ! les images de ces immeubles font l'objet d'un copyright de l'architecte et ne doivent en aucun cas être copiées !

 

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Published by Jeanne Fadosi - dans Les-semaines-deMiletUne
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commentaires

Malika 24/02/2013 13:25

Bon dimanche.

Jeanne Fadosi 25/02/2013 18:17



merci belle semaine



Marie Elise 23/02/2013 21:29

Merci pour ton gentil commentaire. C'est vraiment très joli comme texte, et j'aime bien ces deux chanteurs ce sont de belles chansons. Bisous bonne soirée et bon dimanche JEANNE

Jeanne Fadosi 24/02/2013 10:41



J'ai entendu ce matin ou hier la chanson de Nino Ferrer chantée par Renan Luce et c'était bien


belle journée



Quichottine 23/02/2013 15:57

Tu me fais découvrir quelque chose que je ne connaissais pas... merci, Jeanne.

Je le dis tellement souvent que je vais devoir noter tout ce que j'apprends chez toi !

Bon... ces maisons-fleurs, je ne sais pas si j'aurais aimé y vivre, mais elles sont impressionnantes.

Quant à ce que l'on a fait pour bâtir nos villes nouvelles... tu sais, je crois que c'était un choix, encore, à un moment où il fallait à tout prix construire.

Cependant je me dis que je n'aurais pas aimé du tout être de ceux que l'on chassait de chez eux.

Tu m'as fait penser à un film... La soupe aux choux.

Bisous et douce soirée.

Jeanne Fadosi 24/02/2013 10:24



Qu'est-ce qu'elles ont suscité de commentaires, avant même d'être finies, ces tours de créteil aux balcons pétales. Dommage que l'architecte n'ait pas pu aller jusqu'au bout de son projet qui
était de les végétaliser mais ses donneurs d'ordre ne l'ont pas suivi. 


J'étais étudiante à l'époque et l'on fantasmait ferme sur la forme des appartements. En réalité, j'ai connu des gens qui y ont habité et c'est très bien agencé. Il suffit d'ailleurs de lire les
commentaires sous l'article que j'ai mis en lien pour voir que ses habitants aimaient y vivre.


Le problème n'est pas forcément la conception des logements en eux-même mais le gigantisme et l'urbanisme qui les ont accompagné, avec les défauts de conception, les belles idées inabouties faute
de continuité dans les décisions et de moyens dans les réalisations ..., les volte face ...


La soupe aux choux, c'est avec un gentil extra-terreste avec un beau trio d'acteurs (de Funès, Villeret et Carmet et les méfaits de la modernité terrestre. Une comédie à revoir


bises et belle journée



Fathia Nasr 23/02/2013 14:41

Bon samedi et merci pour ce beau partage, bisous.

Jeanne Fadosi 24/02/2013 10:06



et maintenant bon dimanche. avec petite neige par chez moi


bises



flipperine 23/02/2013 12:02

c'est une histoire que tu racontes mais cela se passe dans la réalité et quand on est âgé être relogé c'est dur

Jeanne Fadosi 24/02/2013 10:05



oui c'est vrai et comme j'habite non loin d'une ville dite nouvelle je vois des démolitions. Pas simple de reloger de transplanter, de quitter ses commerçants et ses voisins ... je suppose



patriarch 23/02/2013 11:15

Quand les promoteurs sont lancés dans un projet immobilier, que ce soit privé ou public, on tient peu compte de ceux qui vont en pâtir... C'est vrai. Cela fait 41 ans que nous vivons dans nôtre
appartement. Nous l'avons aménagé selon nos goûts, et je me vois mal le quitter à bientôt 82 ans. Avec une ou deux autres personnes, nous sommes "la mémoire" des lieux.

Belle journée avec bises

Jeanne Fadosi 24/02/2013 10:03



Tout dépend du lieu et des constructions. Et je crois qu'on en tient davantage compte maintenant mais il y a encore fort à faire et les enjeux sont tellement contradictoires ... 


Rénover ? quand tout est bourré d'amiante et/ou de plomb ?


Démolir ? quand la restauration serait possible mais plus coûteuse qu'une démolition-reconstruction ? mais que la mémoire des lieux et l'architecture mériteraient le respect ?


Pas simple !


bises et belle journée



ABC 23/02/2013 11:14

L'enracinement là aussi, et le déracinement, le Petit a bien compris, que de tendresse à travers cette belle histoire...

Jeanne Fadosi 24/02/2013 09:58



une tendresse que je dédie aux lycéens que nous avions accompagnés au début des années 1970 à Créteil pour une rencontre-débat au tribunal, un échange passionnant pour ces élèves de G et de
belles leçons de droit.



emma 23/02/2013 10:39

et surtout ceci, Jeanne, merveilleux

http://www.youtube.com/watch?v=RgW_AX8cuqo

(pas de droit à l'image pour Soutine, il est dans le domaine public, tu le trouves partout sur le web)

Jeanne Fadosi 24/02/2013 09:55



Oh oui cher Nino Ferrer ! oui pas de souci pour Soutine. 



LADY MARIANNE 23/02/2013 09:08

je ne comprends pas Jeanne-
je dois aller où pour voir les images de ton article ?
je ne suis pas sur le bon blog, je vais chercher-
bonne journée ! bisous !

Jeanne Fadosi 23/02/2013 09:24



eh bien, tu n'as pas suivi le lien donné juste après mon texte vers cet article d'un proche de l'architecte en question


Pour ma part, je respecte le droit à l'image



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