Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 08:00

Mise à jour de La carte mentionnait un camping édition précédente 4 janvier 2017

8 août 2017 : Je pourrai intituler ce jour Délit de solidarité. Ce n'est même plus de la colère mais une infinie tristesse. 

Et à l'attention de Cédric Herrou, la justice, indépendante, des juges, surtout dans cette région que j'observe de loin assez peu accueillante aux étrangers, n'ont pas besoin d'être aux ordres pour délivrer ce genre de condamnation moralement déshonorante pour ceux qui condamnent.

Une triste occasion de rééditer le récit de mes vacances de 1977 où le camping prévu dans notre feuille de route soigneusement préparée avait disparu quelques mois plus tôt conséquence d'un tremblement de terre.

Janvier 2017 : les voeux pour la nouvelle année percutaient une actualité judiciaire que je n'aurais pas cru possible dans mon pays lors de ce voyage en Roumanie en été 1977, quelques mois après un violent séisme qui avait dévasté une partie de ce pays et de la Bulgarie.

Mais ce n'était pas un hasard si j'avais mis en ligne ce billet  le 13 janvier 2012 où l'on avait vu réactiver une très vieille loi que nous avons alors appelé "délit de solidarité".

Dans ma très grande naïveté (et je ne suis pas la seule), je croyais cette loi abrogée. En réalité elle a seulement été "édulcorée" (adjectif beaucoup entendu dans les medias aujourd'hui).

Je vous avais prévenu que pour LE CASSE-TÊTE DE LA SEMAINE de Sherry, je publierais plusieurs billets.

voir aussi Carte (1) ; Carte (3)

 

Nous avions soigneusement préparé notre itinéraire pour ce voyage programmé de longue date. Pas question de s'en écarter dans cette Europe de l'Est qui tolérait les individuels mais leur interdisait en Roumanie d'être reçus chez l'habitant.

 

Seulement voilà, il fallait bien se rendre à l'évidence, le camping repéré sur la carte était passé sous le nouveau lit de la rivière !

Comment faire ...

Pour savoir ce qui nous est arrivé, je l'ai raconté en décrivant  Vaşile et j'avais rendu hommage à la solidarité et au courage de la famille de sa collègue (texte que je viens de rééditer Ici --->) en présentant le film welcome (Welcome ! Salut  ... solidarité).

 

Cette belle rencontre m'a valu d'échanger pendant quelques années des courriers et cartes illustrées avec  Vaşile, comme cette carte de voeux dépliante 

 carte roumaine2   

 

Repost 0
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 10:07

Et surtout une femme.

Non pas une femme de, une femme.

Non pas une femme contre, une femme avec.

Un être humain à part entière.

En d'autres temps j'aurais pu écrire un homme. Mais qui se souvient que homme vient du latin homo qui signifie individu du genre humain ?

Qui se souvient que homo n'est pas seulement  l'apocope devenu la désignation souvent péjorative soft pour remplacer des mots familiers ou argotiques désormais, c'est heureux, considérés par la loi comme des insultes homophobes ?

et qui pense à faire la relation entre hommage et homme ?

 

Quand on requiert Simone Veil sur un moteur de recherche, c'est le plus souvent et encore aujourd'hui des liens concernant Simone Weil, la philosophe, qui apparaîssent en premier.

 

Alors même qu'elle vient de mourir et que son nom restera je l'espère associé à l'une des lois les plus importantes de la deuxième moitié du vingtième siècle

la loi Veil

 

Alors même qu'elle a été la première femme présidente du Parlement Européen, portant l'idée d'Europe vers un horizon qui semble bien oublié de ses dirigeants actuels.

 

Alors même que ne se revendiquant pas le moins du monde  "féministe", et jouant avec brio le rôle d'une "dame" de ses années-là,  elle a incarné le féminisme en menant sa vie en femme libre, en "femme debout" comme titrent des journaux de ce matin pour lui rendre hommage.

 

Alors même qu'elle a été l'une de premières et souvent rares femmes ... haut fonctionnaire de l'administration pénitentiaire, ministre, députée européenne, présidente de ce parlement, et enfin académicienne.

 

Alors même qu'elle était encore en 2016 la troisième personnalité préférée des français (selon le  sondage du Journal du dimanche).

 

Quand bien même elle s'est égarée à faire écarter Le Chagrin et la pitié, de Marcel Ophuls d'une diffusion à l'ORTF, ce qui a valu au documentaire un succès de cinéma et un retentissement qu'il n'aurait peut-être voire probablement pas eu.

 

Quand bien même elle s'est laissée entraîner à saluer les manifestants de la Manif pour tous, opposants virulents au mariage pour tous, ceux-là même et leurs descendants qui s'étaient si violemment et indignement opposé directement à elle lorsqu'elle portait la loi pour la légalisation de l'avortement.

 

Quand bien même elle tire sa révérence le matin même où le parlement allemand a voté en seulement 38 minutes une loi accordant l'accès au mariage aux couples homosexuels allemands envoyant cet événement notable aux oubliettes de l'information.

 

Je n’imaginais pas la haine que j’allais susciter, confia-t-elle dans un livre entretien avec la journaliste Annick Cojean[5] : Il y avait tellement d’hypocrisie dans cet hémicycle rempli essentiellement d’hommes, dont certains cherchaient en sous-main des adresses pour faire avorter leur maîtresse ou quelqu’un de leurs proches.

Les hommes aussi se souviennent, Simone Veil Annick Cojean, ed. stock 2004

Repost 0
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:00

1er mai 1891 : fusillade de Fourmies lors de la première tenue de l'internationale du 1er mai à Fourmies

1er mai 1962 : accident de Béryl (ou les dessous des essais nucléaires)

1er mai 1993 : mort de Pierre Bérégovoy (une mort où plane toujours le doute)

1er mai 1990 : coup de grâce du renouveau en URSS (fosse creusée de concert par les conservateurs et les libéraux)

1er mai 1995 : meurtre de Brahim Bouarram par des jeunes manifestants de la manifestation organisée par le Front National

 

la liste n'est pas close.

 

Je voudrais aussi rendre hommage aux Mères de la Place de mai d'Argentine et à leurs enfants disparus qui savent, ELLES, ce que Dictature veut dire et que le plus souvent celles-ci arrivent portées par celles et ceux qui, de bonne foi pour certains, n'en pouvant plus (et habilement décérébrés) veulent simplement renverser la table.

Le plus souvent aussi qu'on s'en souvienne ! en suivant des formes démocratiques sinon des voies véritablement démocratiques.

 

 

 

Repost 0
31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 06:00

Réédition de mon défi n°114 mis en ligne le lundi 13 janvier 2014

La "vie" du monde s'est encore accélérée depuis lors mais mon petit texte n'a malheureusement pas vieilli

Le sujet du défi émis depuis ma barre pour les CROQUEURS DE MOTS se retrouve ICI

 

- Arrête donc de frotter, je suis sorti !

- Mais mais, qui es-tu toi ?

- Comment tu ne connais pas ? tu viens de briquer la lampe merveilleuse

- Celle d'Aladin ? Mais alors elle vaut une fortune !

- Tu devrais la garder, moi sorti, elle ne vaut rien ! En revanche ...

- Alors rentre !

- pourquoi ? tu ne veux pas de tes voeux ?

- c'est-à-dire ... combien

- trois

- trois quoi, c'est pas cher payé pour le mal que je viens de me donner ...

- trois voeux, j'ai dit t'es pas un peu sourd ou un peu benêt ?

- Ah c'est sûr si je pouvais tout entendre ...

- D'accord

- Quoi d'accord ?

- Pour que tu entendes tout. Mais je te préviens, tu vas le regretter.

Il vaut mieux ne pas tout entendre.

- Alors pourquoi tu me le proposes ? et d'abord, vire de mon fauteuil !

- T'es sûr ? où m'installes-tu alors !

- Dehors ouste ...

- tu es bien sûr ? si je sors je ne pourrai pas satisfaire ton troisième voeu

- Comment ça le troisième, je n'ai fait encore aucun voeu !

- Si !

- Non !

- Si ! premio) tout entendre

deuxio) que je sorte

- soupir !

- bonbon, j'annule mon deuxième voeu tu peux rester tant que tu voudras mais je ne veux plus t'entendre.

- ...

- tu m'entends ?

- ...

- mais pourquoi tu ne dis plus rien ?

- ... 

- Ah zut, et maintenant il n'y a plus de lumière. Comment ça marche ce vieux machin ?

- ...

Gladiator-Ollampe_licence-libre-BS-Thurner-Hof_2005.jpg
Lampe à huile romaine, musée germain-romain de Cologne,
cliché en licence libre GNU de BS Thurner Hof, 2005
.
Eh Génie, si tu m'entends, voici mes trois voeux :
1) que tout le monde sache s'écouter, s'entendre et se comprendre
- ...
le génie en apparté, eheh  cause toujours, en plus ça fait encore trois
.
2) que le monde rende les armes des combats.
avec mon premier voeu, ce devrait être possible
- ...
.
Le génie toujours en apparté : j'y crois pas ! son premier voeu n'a pas l'air de marcher. Elle n'arrive pas à m'entendre ?
.
3) Il faut que j'arrive à éclairer cette lanterne ... Ah Ca y est !
.
Le génie prend une mine désespérée ...
.
- T'en fais une tête Génie !
.
Le génie continue à penser ... : Je n'ai plus qu'à retrouver mon coin de feu, décidément, il y a encore des progrès à faire pour atteindre l'impossible, adieu ...
.
.
" L'impossible, nous ne l'atteignons pas
mais il nous sert de lanterne."
René Char, L'âge cassant, 1965
 
 
.Ce qui n'a pas changé non plus, mais même difficile cette résolution-là est plus facile à tenir :
Repost 0
25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 18:30

Une date que je ne peux passer sous silence, même si le temps fait son oeuvre non d'oubli et d'acceptation, mais d'estompe et je l'espère de résilience. Ce mot tellement utilisé dans les médias qu'il en devient lui aussi usé.

Quelques formules à bannir
« Il faut, tu dois »— Les personnes qui ont dû affronter des violences ne réagissent pas bien aux impératifs.
« Moi, à ta place »— Franchement, non. Juste. Non. Voilà le meilleur moyen de faire culpabiliser la personne en lui faisant croire que vous feriez mieux qu’elle.
« Absolument, à tout prix »et autres formules jusqu’au-boutistes.
« Je ne te comprends pas »— De loin la pire formule possible. Si vous vous confiiez sur un problème très dur à vivre, vous auriez vraiment envie qu’on vous réponde ça ?

Ministère des familles, de l'Enfance et des Droits des femmes

Repost 0
27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 11:00
Repost 0
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 10:11
Bécassine et moi

Oui, je sais, pour ceux qui ne connaissent pas (encore) ma Bécassine, un tel titre peut paraître prétentieux.

Pour ceux qui ne retiennent de bécassine qu'un symbole caricaturé dans un sens ou dans un autre, je n'arriverai pas à les convaincre.

Bécassine mérite pourtant mieux ...

.

On dit que Bécassine a été conçue à la veille de sa naissance, le 2 février 1905 dans le premier numéro d'un journal destiné aux petites filles "La semaine de Suzette" et la vas vite par la rédactrice en chef et le premier dessinateur qui passait par là.

En s'emparant d'une maladresse de la petite bonne bretonne de la dame parisienne.

.

On dit que c'est pour combler la page vide provoquée par la défection d'une publicité.

.

On dit cela ...

.

On dit aussi que ce projet a été mis en route en 1904 et qu'il était pensé.

.

Mais peut-être je serai plus sage si je laisse la place à wikipedia - Bécassine, dont l'article est fouillé. Dommage qu'il n'en soit pas de même pour celui sur la revue.

Ou à cette page L'art de Joseph-Porphyre Pinchon (1871 - 1953)

La genèse de Bécassine y est expédiée sans prudence mais la suite vaut, me semble-t-il, qu'on la lise avec attention.

.

Ma Bécassine à moi, elle s'est concrétisée très tôt dans une poupée en mousse de caoutchouc articulé fidèle à son modèle de bande dessinée, celle que mon grand frère m'avait rapporté de Brest à son retour (voir Retour d'un grand frère)

.

Cette poupée-là, elle a longtemps encore égayé les jeux de mes neveux et nièces quand ils la retrouvaient dans mes vieux jouets pendant leurs vacances à la maison.

Jusqu'à ce que le temps, la chaleur, la sécheresse, ne viennent a bout de la mousse et qu'elle finisse à contre cœur à la poubelle.

ma Bécassine, que j'ai bien sûr aussi suivi en bande dessinée, c'est bien autre chose encore, l'un des médiums de mon éducation sociale et d'un certain regard sur le monde, tel qu'il était et se transformait.

peut-être à suivre

Repost 0
30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 09:10

Les oiseaux se cachent pour mourir, tel est le titre français d'un roman de Colleen McCullough, traduit et paru en France en 1978. Un roman devenu très vite un best seller qui m'a été offert cette année-là.

Son titre anglais est Thorn birds, du nom de ces oiseaux qui s'empalent sur une épine pour réduire leur agonie.

J'ai lu ce livre. Une lecture agréable. Oserai-je dire pourtant que je m'étonnais de l'engouement soulevé parmi les jeunes femmes de ma génération ? Je suis peut-être passée à côté.

L'auteur de ce livre vient de mourir le 29 janvier 2015 à 77 ans.

.

A-t-elle choisi de partir en hiver ?

.

Je me demande si maintenant, les humains se cachent pour mourir, quand ils sentent leur heure venue ou si ce sont les vivants qui se cachent la mort.

La mort des oiseaux

Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois,
A la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois,
Pendant les tristes jours de l’hiver monotone
Les pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.

Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l’hiver !
Pourtant lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes.
Dans le gazon d’avril où nous irons courir.
Est-ce que ” les oiseaux se cachent pour mourir ? ”

François Coppée, Promenades et Intérieurs V,
Les Humbles, 1872

François Coppée, wikisource

Les oiseaux se cachent-ils pour mourir ?
Repost 0
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 18:00

 

LES TROIS MESSES BASSES.

conte de noël.

I --->   ;   II --->

 

III

 

Cinq minutes après, la foule des seigneurs s’asseyait dans la grande salle, le chapelain au milieu d’eux. Le château, illuminé de haut en bas, retentissait de chants, de cris, de rires, de rumeurs ; et le vénérable dom Balaguère plantait sa fourchette dans une aile de gelinotte, noyant le remords de son péché sous des flots de vin du pape et de bons jus de viandes. Tant il but et mangea, le pauvre saint homme, qu’il mourut dans la nuit d’une terrible attaque, sans avoir eu seulement le temps de se repentir ; puis, au matin, il arriva dans le ciel encore tout en rumeur des fêtes de la nuit, et je vous laisse à penser comme il y fut reçu.

 

— Retire-toi de mes yeux, mauvais chrétien ! lui dit le souverain Juge, notre maître à tous. Ta faute est assez grande pour effacer toute une vie de vertu… Ah ! tu m’as volé une messe de nuit… Eh bien ! tu m’en payeras trois cents en place, et tu n’entreras en paradis que quand tu auras célébré dans ta propre chapelle ces trois cents messes de Noël en présence de tous ceux qui ont péché par ta faute et avec toi…

 

… Et voilà la vraie légende de dom Balaguère comme on la raconte au pays des olives. Aujourd’hui le château de Trinquelage n’existe plus, mais la chapelle se tient encore droite tout en haut du mont Ventoux, dans un bouquet de chênes verts. Le vent fait battre sa porte disjointe, l’herbe encombre le seuil ; il y a des nids aux angles de l’autel et dans l’embrasure des hautes croisées dont les vitraux coloriés ont disparu depuis longtemps. Cependant il paraît que tous les ans, à Noël, une lumière surnaturelle erre parmi ces ruines, et qu’en allant aux messes et aux réveillons, les paysans aperçoivent ce spectre de chapelle éclairé de cierges invisibles qui brûlent au grand air, même sous la neige et le vent. Vous en rirez si vous voulez, mais un vigneron de l’endroit, nommé Garrigue, sans doute un descendant de Garrigou, m’a affirmé qu’un soir de Noël, se trouvant un peu en ribote, il s’était perdu dans la montagne du côté de Trinquelage ; et voici ce qu’il avait vu… Jusqu’à onze heures, rien. Tout était silencieux, éteint, inanimé. Soudain, vers minuit, un carillon sonna tout en haut du clocher, un vieux, vieux carillon qui avait l’air d’être à dix lieues. Bientôt, dans le chemin qui monte, Garrigue vit trembler des feux, s’agiter des ombres indécises. Sous le porche de la chapelle, on marchait, on chuchotait :

 

— Bonsoir, maître Arnoton !

 

— Bonsoir, bonsoir, mes enfants !…

 

Quand tout le monde fut entré, mon vigneron, qui était très brave, s’approcha doucement, et regardant par la porte cassée eut un singulier spectacle. Tous ces gens qu’il avait vus passer étaient rangés autour du chœur, dans la nef en ruine, comme si les anciens bancs existaient encore. De belles dames en brocart avec des coiffes de dentelle, des seigneurs chamarrés du haut en bas, des paysans en jaquettes fleuries ainsi qu’en avaient nos grands-pères, tous l’air vieux, fané, poussiéreux, fatigué. De temps en temps, des oiseaux de nuit, hôtes habituels de la chapelle, réveillés par toutes ces lumières, venaient rôder autour des cierges dont la flamme montait droite et vague comme si elle avait brûlé derrière une gaze ; et ce qui amusait beaucoup Garrigue, c’était un certain personnage à grandes lunettes d’acier, qui secouait à chaque instant sa haute perruque noire sur laquelle un de ces oiseaux se tenait droit tout empêtré en battant silencieusement des ailes…

 

Dans le fond, un petit vieillard de taille enfantine, à genoux au milieu du chœur, agitait désespérément une sonnette sans grelot et sans voix, pendant qu’un prêtre, habillé de vieil or, allait, venait devant l’autel en récitant des oraisons dont on n’entendait pas un mot… Bien sûr c’était dom Balaguère, en train de dire sa troisième messe basse.

 

Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin

Charpentier (et Fasquelle), 1887 (réimp.1895) (pp. 211-228). par wikisource

 

 je voulais illustrer ce dernier volet du conte avec la chapelle du Mont Ventoux, mais elle a finalement été détruite au milieu du XXe siècle et personnellement, je n'apprécie pas du tout celle qui a été construite à la place en 1956, avec sa croix de béton arrogante et son air de bunker. Je préfère m'imaginer celle qu'a connue Alphonse Daudet à partir de cette carte élaborée au XVIIe siècle

 

Ventoux_et_Sainte_Croix_-1627-_Carte_de_Jacques_de_Chieze.jpg

Ventoux et Chapelle Sainte-Croix, (1627), Carte de Jacques de Chieze

.

Repost 0
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 18:00

 

 

LES TROIS MESSES BASSES.

conte de noël. Alphonse Daudet, Les Lettres de mon moulin,  1887

I --->

 

II

 

 

Drelindin din !… Drelindin din !…

 

C’est la messe de minuit qui commence. Dans la chapelle du château, une cathédrale en miniature, aux arceaux entrecroisés, aux boiseries de chêne, montant jusqu’à hauteur des murs, les tapisseries ont été tendues, tous les cierges allumés. Et que de monde ! Et que de toilettes ! Voici d’abord, assis dans les stalles sculptées qui entourent le chœur, le sire de Trinquelage, en habit de taffetas saumon, et près de lui tous les nobles seigneurs invités. En face, sur des prie-Dieu garnis de velours, ont pris place la vieille marquise douairière dans sa robe de brocart couleur de feu et la jeune dame de Trinquelage, coiffée d’une haute tour de dentelle gaufrée à la dernière mode de la cour de France. Plus bas on voit, vêtus de noir avec de vastes perruques en pointe et des visages rasés, le bailli Thomas Arnoton et le tabellion maître Ambroy, deux notes graves parmi les soies voyantes et les damas brochés. Puis viennent les gras majordomes, les pages, les piqueurs, les intendants, dame Barbe, toutes ses clefs pendues sur le côté à un clavier d’argent fin. Au fond, sur les bancs, c’est le bas office, les servantes, les métayers avec leurs familles ; et enfin, là-bas, tout contre la porte qu’ils entr’ouvrent et referment discrètement, messieurs les marmitons qui viennent entre deux sauces prendre un petit air de messe et apporter une odeur de réveillon dans l’église toute en fête et tiède de tant de cierges allumés.

 

Est-ce la vue de ces petites barrettes blanches qui donne des distractions à l’officiant ? Ne serait-ce pas plutôt la sonnette de Garrigou, cette enragée petite sonnette qui s’agite au pied de l’autel avec une précipitation infernale et semble dire tout le temps :

 

— Dépêchons-nous, dépêchons-nous… Plus tôt nous aurons fini, plus tôt nous serons à table.

 

Le fait est que chaque fois qu’elle tinte, cette sonnette du diable, le chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu’au réveillon. Il se figure les cuisiniers en rumeur, les fourneaux où brûle un feu de forge, la buée qui monte des couvercles entr’ouverts, et dans cette buée deux dindes magnifiques, bourrées, tendues, marbrées de truffes…

 

Ou bien encore il voit passer des files de pages portant des plats enveloppés de vapeurs tentantes, et avec eux il entre dans la grande salle déjà prête pour le festin. Ô délices ! voilà l’immense table toute chargée et flamboyante, les paons habillés de leurs plumes, les faisans écartant leurs ailes mordorées, les flacons couleur de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les branches vertes, et ces merveilleux poissons dont parlait Garrigou (ah ! bien oui, Garrigou !) étalés sur un lit de fenouil, l’écaille nacrée comme s’ils sortaient de l’eau, avec un bouquet d’herbes odorantes dans leurs narines de monstres. Si vive est la vision de ces merveilles, qu’il semble à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont servis devant lui sur les broderies de la nappe d’autel, et deux ou trois fois, au lieu de Dominus vobiscum ! il se surprend à dire le Benedicite. À part ces légères méprises, le digne homme débite son office très consciencieusement, sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion ; et tout marche assez bien jusqu’à la fin de la première messe ; car vous savez que le jour de Noël le même officiant doit célébrer trois messes consécutives.

 

— Et d’une ! se dit le chapelain avec un soupir de soulagement ; puis, sans perdre une minute, il fait signe à son clerc ou celui qu’il croit être son clerc, et…

 

Drelindin din !… Drelindin din !

 

C’est la seconde messe qui commence, et avec elle commence aussi le péché de dom Balaguère.

 

— Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix aigrelette la sonnette de Garrigou, et cette fois le malheureux officiant, tout abandonné au démon de gourmandise, se rue sur le missel et dévore les pages avec l’avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement il se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les génuflexions, raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt fini. À peine s’il étend ses bras à l’Évangile, s’il frappe sa poitrine au Confiteor. Entre le clerc et lui c’est à qui bredouillera le plus vite. Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié prononcés, sans ouvrir la bouche, ce qui prendrait trop de temps, s’achèvent en murmures incompréhensibles.

 

Oremus ps… ps… ps…

 

Mea culpa… pa… pa…

 

Pareils à des vendangeurs pressés foulant le raisin de la cuve, tous deux barbotent dans le latin de la messe, en envoyant des éclaboussures de tous les côtés.

 

Dom… scum !… dit Balaguère.

 

… Stutuo !… répond Garrigou ; et tout le temps la damnée petite sonnette est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu’on met aux chevaux de poste pour les faire galoper à la grande vitesse. Pensez que de ce train-là une messe basse est vite expédiée.

 

— Et de deux ! dit le chapelain tout essoufflé ; puis sans prendre le temps de respirer, rouge, suant, il dégringole les marches de l’autel et…

 

Drelindin din !… Drelindin din !…

 

C’est la troisième messe qui commence. Il n’y a plus que quelques pas à faire pour arriver à la salle à manger ; mais, hélas ! à mesure que le réveillon approche, l’infortuné Balaguère se sent pris d’une folie d’impatience et de gourmandise. Sa vision s’accentue, les carpes dorées, les dindes rôties, sont là, là… Il les touche ;… il les… Oh ! Dieu !… Les plats fument, les vins embaument ; et secouant son grelot enragé, la petite sonnette lui crie :

 

— Vite, vite, encore plus vite !…

 

Mais comment pourrait-il aller plus vite ? Ses lèvres remuent à peine. Il ne prononce plus les mots… À moins de tricher tout à fait le bon Dieu et de lui escamoter sa messe… Et c’est ce qu’il fait, le malheureux !… De tentation en tentation il commence par sauter un verset, puis deux. Puis l’épître est trop longue, il ne la finit pas, effleure l’évangile, passe devant le Credo sans entrer, saute le Pater, salue de loin la préface, et par bonds et par élans se précipite ainsi dans la damnation éternelle, toujours suivi de l’infâme Garrigou (vade retro, Satanas !) qui le seconde avec une merveilleuse entente, lui relève sa chasuble, tourne les feuillets deux par deux, bouscule les pupitres, renverse les burettes, et sans cesse secoue la petite sonnette de plus en plus fort, de plus en plus vite.

 

Il faut voir la figure effarée que font tous les assistants ! Obligés de suivre à la mimique du prêtre cette messe dont ils n’entendent pas un mot, les uns se lèvent quand les autres s’agenouillent, s’asseyent quand les autres sont debout ; et toutes les phases de ce singulier office se confondent sur les bancs dans une foule d’attitudes diverses. L’étoile de Noël en route dans les chemins du ciel, là-bas, vers la petite étable, pâlit d’épouvante en voyant cette confusion…

 

— L’abbé va trop vite… On ne peut pas suivre, murmure la vieille douairière en agitant sa coiffe avec égarement.

 

Maître Arnoton, ses grandes lunettes d’acier sur le nez, cherche dans son paroissien où diantre on peut bien en être. Mais au fond, tous ces braves gens, qui eux aussi pensent à réveillonner, ne sont pas fâchés que la messe aille ce train de poste ; et quand dom Balaguère, la figure rayonnante, se tourne vers l’assistance en criant de toutes ses forces : Ite, missa est, il n’y a qu’une voix dans la chapelle pour lui répondre un Deo gratias si joyeux, si entraînant, qu’on se croirait déjà à table au premier toast du réveillon.

 

à suivre --->

les-3-messes-basses-net---reduc1.JPG flou-pour-les-3-messes-basses---reduc1.JPG

.

Repost 0

Présentation

  • : Fa Do Si
  • Fa Do Si
  • : Au fil de mes réflexions, en partant du quotidien et ou de l'actualité, d'une observation, ou à partir de thèmes des communautés de blogs ...
  • Contact

Sur les blogs, les jeux d'écriture témoignent de la vitalité

de la langue française sans tapage

Recherche

 

 Ephéméride de ce jour

 

et chaque jour

je n'oublie pas Anne-Sophie

les yeux dAnne-sophie

et ses compagnes d'infortune :

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015

(clic sur son regard pour comprendre ... un peu)

 

Profitez des instants de la vie :

le temps s'écoule à sa cadence,

trop vite ou trop lentement,

sans retour possible

La Marguerite des possibles

TheBookEdition - La marguerite des possibles

130818 couverture 200

La 4ème anthologie est en préparation

Informations sur 

 Les anthologies éphémères