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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 16:00

 

Oui, vous pouviez le deviner à la fin de K comme kangourou et kiwi, la tentaion était trop grande de mettre en ligne ce poème terriblement plus-que-parfait dans le sur-réalisme de notre monde kafkaien.

 

Que Langlais ait choisi d'évoquer Kafka ne pouvait que m'encourager jusqu'à l'absurde dans mon envie.

 

La kermesse

 

Avec colère, avec détresse,

Avec ses refrains de quadrilles,

Qui sautèlent sur leurs béquilles,

L'orgue canaille et lourd,

Au fond du bourg,

Moud la kermesse.

 

Quelques étaux au coin des bornes,

Et quelques vieilles gens,

Au seuil d'un portail morne.

 

Avec colère, avec détresse, avec blasphème,

Mais, vers la fête,

Quand même,

L'orgue s'entête.

 

Sa musique de tintamarres

Se casse, en des bagarres

De cuivre vert et de fer-blanc,

Et crie et grince dans le vide,

 

Obstinément,

Sa note acide.

 

Sur la place, l'église,

Sous le cercueil de ses grands toits

Et les linceuls de ses murs droits,

Tait les reproches

Solennels de ses cloches ;

Un charlatan, sur un tréteau,

Pantalon rouge et vert manteau,

Vend, à grands cris, la vie ;

Puis échange, contre des sous,

Son remède pour loups-garous

Et l'histoire de point en point suivie,

Sur sa pancarte,

D'un bossu noir qu'il délivra de fièvre quarte.

 

Et l'orgue rage

Son quadrille sauvage.

 

Et personne, des hameaux proches,

N'est accouru ;

Vides les étables, vides les poches,

Et rien que la mort et la faim

Dont se peuple l'armoire à pain ;

Dans la misère qui les soude

On sent que les hameaux se boudent,

Qu'entre filles et gars d'amour

La pauvreté découd les alliances

Et que les jours suivant les jours

Chacun des bourgs

Fait son silence avec ses défiances.

 

L'orgue grinçant et faux,

Du fond de son armoire

D'architecture ostentatoire,

Criaille un bruit de faux

Et de cisailles.

 

Dans la salle de plâtre cru,

Où ses cris tors et discors, dru,

Contre des murs en lattes

Eclatent,

Des colonnes de verre et de tournants bâtons

- Clinquant et or - décorent son fronton ;

Et les concassants bruits des cors et des trompettes

Et les fifres, tels des forets,

Cinglent et trouent le cabaret

De leurs tempêtes

Et vont là-bas

Contre un pignon, avec fracas,

Broyer l'écho de la grand'rue.

 

Et l'orgue avec sa rage

S'ameute une dernière fois et rue

Des quatre fers de son tapage

Jusqu'aux enclos et jusqu'aux champs,

Jusqu'aux routes, jusqu'aux étangs,

Jusqu'aux meules de méteil,

Jusqu'au soleil ;

Et seuls dansent aux carrefours,

Jupons gonflés et sabots lourds

Deux pauvres fous avec deux folles.

 

Émile VERHAEREN, Les campagnes hallucinées, 1893

 

Émile VERHAEREN, poète belge flamand, 1855 - 1916

 

quelques autres pistes pour alimenter la réflexion :

La kermesse héroïque, film franco-allemand de Jacques Feyder, 1935 (scénario de Charles Spaak ; premier assistant Marcel Carné)

Analyse critique de La kermesse héroïque, sur critikat

Les bourgeois de Calais (une des sources d'inspiration du script initial pour un film muet)

Michel Foucault, Surveiller et punir

Gustave Le Bon, Psychologie des foules

 

ou, pour une "image en poésie" plus légère et souriante de la kermesse :

Kermesse, de Frank Girard, sur le site La poésie française

 

 

331ca83b3f68d848-grand-kermesse-flamande-brueghel-pieter-je.jpg Jan_Brueghel_II_-_Kermesse.jpg 

Kermesses selon les Bruegel : à gauche Pieter Bruegel l'ancien, à droite, Jan Bruegel le jeune (son petit neveu)

(source des images wikimedia, tableaux dans le Domaine public pour leur reproduction)   

 

 

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commentaires

C

j'ai toujours aimé le style de Brueguel, ce côté naïf et les scènes de vie, tableaux vivants !!


bonne soirée
Répondre
J


la kermesse décrite dans ce poème est lugubre et quand on regarde le détail des tableaux desz Bruegghel, père, fils et neveu, il y a la vie dans toutes ses dimensions avec son lot de pauvreté, de
misère dans la biggarerie des scènes de vie et les jeux des enfants au mileu de tout cela


belle journée



J

nous faisons la kermesse des écoles en juin , et c'est nettement plus gai que dans ta poësie , bise
Répondre
J


je suis d'accord avec toi et ce n'est pas "ma" poésie mais le rappel d'un épisode sombre de l'histoire de la Belgique qui a inspiré des peintres, des écrivains et des cinéastes



J

Bonsoir Jeanne... Je connais quelques Emile mais celui-ci je découvre.... c'est assez dur pour une kermesse mais merci à toi, bises
Répondre
J


et pourtant, c'est l'un des poètes belges les plus connus je crois


bises



C

Bonsoir Jeanne .


Merci d'avoir pris la peine d'exprimer ton avis concernant mes questions.


Ces avis m'aident à faire le point plus qu'on ne le pense.


J'aime beaucoup ce thème de la kermesse , fêtes joyeuses du Nord et de Belgique , traité bien autrement par notre Verhaeren qui a tant de cordes à son arc .


Je te fais de gros bisous.


Francine.
Répondre
J


mince, je croyais l'avoir mis en brouillon, je n'avais pas complètement terminé les à-côtés.


Pas facile de suivre les évolutions de nos hébergeurs. Je vois que tu as trouvé à peu près ta place sur ekla. J'ai de plus en plus de mal à me plier à de nouvelles habitudes même si elles sont
tout aussi intuitives. c'est justement leur proximité qui fait les erreurs. Comme lorsqu'on change l'organisation des placards et que l'on ouvre par automatisme celui où l'on rangeait les
assiettes depuis quelques années ...


sourires


bises et merci de ton passage qui me fait toujours plaisir



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