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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 08:00

 

15 ans de réclusion criminelle assorti de 7 ans de suivi socio-judiciaire et 3 ans de prison ferme en cas de manquement à ce suivi. C'est la décision prise par le Jury au bout de trois heures de délibéré.

 

15 ans, le prix d'une vie ...

 

Non pas le prix d'UNE vie, le prix de DEUX vies et plus encore :   qu'est-il advenu de l'enfant qu'Anne-Sophie portait depuis au moins sept mois dans son ventre ? Comme l'a pu être daté les restes de placenta  prélevés et analysés dès les premières heures de son admission à l'hôpital.

 

... Et plus encore ..., bien sûr je pense en premier lieu à ce petit garçon qui grandit sans sa mère, dont on sait maintenant qu'il a assisté à toutes les violences, visuellement  pour certaines et entendant tout le reste. Ce petit garçon qui va grandir avec son père en prison, son père dont les coups multiples, intenses, répétés sur plusieurs années, ont conduit à la mort.

 

Mais je pense aussi aux soeurs et aux frères d'Anne-Sophie, un peu plus jeunes qu'elle, qui vont devoir vivre avec son absence, et le souvenir de tout ce qu'elle a pu souffrir sous les mauvais traitements. Car il s'agit de maltraitance bien plus large que des coups.

 

Je n'évoque même pas ses parents. On ne se remet jamais de la mort de son enfant. Ce n'est pas dans l'ordre des choses ! Alors de la mort de son enfant dans de telles circonstances ...

 

Quand tous les alertes, en particulier de sa mère et de sa soeur cadette, toutes les mains tendues à Anne-Sophie, y compris par une association d'aide et d'écoute, pour qu'elle sorte de cette spirale de la violence sont restées vaines, tant elle était persuadée qu'elle "faisait le bon choix en lui donnant une nouvelle chance", que ça allait aller mieux, qu'il pouvait changer, "qu'il allait changer" ...

 

7 juillet 2010, 21 octobre 2013 :

Trois ans, trois mois et demi. C'est le temps qui sépare le jour où Anne-sophie a été trouvée agonisante par les services de secours et la police (au bout d'au moins deux jours sans soins) et le premier jour du procès en Assises.

 

21 - 23 octobre 2013 : trois jours où la justice a, en Cour d'assises, regardé dans le rétroviseur, pour comprendre, pour juger, avec autant de pertinence que possible. Trois jours évidemment pénibles pour toute la famille de la victime, qui n'oublie pas, qui après l'effroi, essaye de vivre ... malgré tout ... en regardant devant.

 

Trois jours pour des années de souffrance. Pour des faits d'une infinie complexité dans leur abjection. Et dans leurs conséquences.

 

Trois jours pour rendre un verdict.

 

Le prix de DEUX vies et plus encore. J'aurais pu écrire TROIS au lieu de DEUX. Car ce jeune homme qui a causé la mort d'Anne-Sophie, il a détruit aussi sa vie à lui, mais au moins, lui, il lui reste un futur pour la reconstruire.

 

Ce qui ne sera pas donné à Anne-Sophie. Dans la vraie vie, ce n'est pas comme dans les jeux vidéos, on ne peut pas s'acheter de nouvelles vies ...

 

Quant à sa famille à lui, je n'en parle pas car c'est la grande absente. Non pas absente des débats, je parle de leur absence physique au procès. Même si son père et sa soeur aînée, convoqués pour déposer à la barre, sont restés sur demande de la Cour une partie d'une des demi-journées d'audience après leur déposition.

 

Ils ont découvert alors une petite partie de l'horreur à laquelle ils ont toujours refusé de faire face. C'est compréhensible. C'est pourtant nécessaire et ils n'en feront l'économie qu'au risque de conséquences souterraines imprévisibles.

Je n'excuse pas leur cécité. Mais je les plains.

 

Voici une collecte de liens de la presse régionale, sachant que ces présentations ne sont qu'un pâle reflet de ce qui a pu être dit devant la Cour de ces années barbares et que ce qui a pu être dit dans cette salle n'est qu'un reflet très incomplet de ce qui s'est réellement passé, avec des silences assourdissants.

 

http://www.larep.fr/loiret/actualite/2013/10/21/tuee-sous-les-coups-de-barre-de-fer-de-son-compagnon_1736935.html

 

http://www.larep.fr/loiret/actualite/2013/10/22/remi-teulat-frappait-regulierement-sa-compagne_1739219.html

 

http://centre.france3.fr/2013/10/21/orleans-la-violence-conjugale-jugee-aux-assises-342887.html

 

http://centre.france3.fr/2013/10/22/proces-de-la-violence-conjugale-2e-jour-d-audience-343683.html

 

http://centre.france3.fr/2013/10/23/proces-de-la-violence-conjugale-20-ans-de-reclusion-requis-344341.html

 

http://centre.france3.fr/2013/10/24/proces-de-la-violence-conjugale-15-ans-de-reclusion-344703.html

 

Je publie ce billet pour CROQUEURS de MOTS, car c'est pour le défi n°34 (Dis-lui) que j'avais pu mettre quelques mots sur le drame dont l'épilogue était en train de se jouer sur un lit d'hôpital et pour le défi n°36 (ça n'a pas de sens) où j'ai bien malgré moi, projeté sur l'écran des mots la dernière scène de ce théâtre de l'absurde.

 

Des mots qui, à l'issue de ce qui a été décrit pendant ces trois jours d'audience, paraissent un reflet vrai, mais tellement pâle et loin, loin, en-deça de  toute l'horreur de cette réalité dévoilée, qui n'est elle-même qu'une représentation minorée de ce qui s'est réellement passé, dans la durée, dans l'intensité, dans la répétition.     

 

 

 L'accusé et le ministère public ont 10 jours pour faire appel de ce jugement . Les parties civiles peuvent faire appel en ce qui concerne les dommages et intérêts. (Informations : Justice / Cour d'Assises)

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commentaires

A
Pauvre femme, pauvre famille et dire que cela ne s'arête jamais. J'ai de mes voisines qui elle aussi a été brutalisée, elle a réussit grâce à nos soutiens d'aller porter plainte mais surtout ne pas
la retirer comme c'est souvent le cas , son compagnon est en prison mais pour combien de temps ? Et après sera-t-elle protégée ? Merci Jeanne pour ce lien . Amitié
Répondre
J


beaucoup retirent leur plainte en comprenant qu'elles ne vont pas être réellement protégées et que les menaces et les coups redoubleront parce qu'elles auront osé. Je n'en reviens pas que La Cour
européenne des droits de l'Homme soit tombée dans le panneau en faisant effacer toute trace de la plainte dans les fichiers de la police !!!



Q
J'ai lu ton billet et ses commentaires...

Je reste aussi sans mots.
Dans un tel cas, je ne sais pas ce qu'il est possible de faire, de demander. 15 ans pour ces vies détruites, c'est peu... mais il devra vivre toute sa vie avec ce qu'il a fait. Si c'est un monstre,
il le fera sans état d'âme...

Hélas !

Notre société n'a plus de réponse à donner aux monstres qui s'en prennent aux plus faibles.

...
Répondre
J


Y a-t-il de vrais monstres ? Je crains que le mal soit bien plus banal (pour aller dans le sens de Hannah Arendt)


quelle sorte d'homme sera-t-il à sa sortie de prison et après ? ...



E
c'est une peine a vie qu'il mérite...je me souviens de 2010 et chaque fois que je viens sur ton blog j'ai une pensée pour Anne Sophie, plus spécialement.
Répondre
J


C'est une question bien difficile que celle du punir. Je n'ai pas de réponse, encore moins dans l'émotion et la douleur



A
ah là, malheureusement les femmes ont du mal à partir quand les coups ont commencé, et il faudrait qu'elles le fassent dès le premier coup, la première menace. On ne le répétera jamais assez.
C'est drôle dimanche dernier, j'ai regardé Vivement Dimanche avec François Cluzet. Je ne me souvenais pas qu'il avait été un mari (ou compagnon) de Marie Trintignant, morte elle aussi après les
conséquences de coups. Il a un enfant d'elle, Paul de 20 ans, et il a parlé d'elle avec une émotion contenue. J'ai pensé alors que cet enfant était aussi le victime des coups.
Je pensais à l'ex-femme de Bertrand Cantat qui avait tellement défendu son mari pendant l'affaire, pour finir par se pendre... et on découvre maintenant qu'elle aurait aussi subi des violences :
voulait-elle le récupérer, en était-elle aussi amoureuse ?
La passion (et non l'amour) rend tellement aveugle. Je comprends que des femmes avec enfant hésitent à partir vers l'inconnu, mais il faudrait qu'elles sachent que c'est leur vie et celle de leurs
enfants qu'elles sauvent ainsi.
C'est toujours dur ces procès et je comprends que la famille de "l'assassin" ait du mal à le croire, mais tous en resteront marqués.
bonne journée
Répondre
J


je ne sais que penser du triste sort de la femme de Bertrand Cantat. Difficile de savoir ce qui s'est réellement passé. J'ai lu l'article du chanteur dans le journal le Inrokuptibles. Je suis
convaincue qu'il aurait des choses à dire mais cet article ne m'a pas convaincu de sa sincérité.



C
je partage ta peine Jeanne
Te lire et de penser à tous ces faits divers très actuels donnent la chair de poule ..
Bises
Répondre
J


merci Claudine; Anne-Sophie n'a pas pu ou su se protéger avant l'irrémédiable.


Mais que dire de ceux qui par souci de notoriété, protègent et/ou défendent les bourreaux !


belle fin de semaine pour autant. La Toussaint peut aussi être l'occasion de penser paisiblement à nos proches qui sont morts



I
Indicible.
De tout cœur avec vous.
Répondre
J


merci Isabelle



M
De tout cœur avec toi Jeanne et avec ta famille. Je peux vraiment comprendre. Ma sœur a vécu cela. Elle a survécu physiquement aux coups mais ces 3 filles les ainées ont été violées par leur papa.
Mon beau frère a été condamné à 20 ans de prison par la cour d'assise. Il n'a pas fait appel, heureusement pour mes nièces qui auraient eu un traumatisme de plus. Elle sont toutes les 3 aujourd'hui
des jeunes femmes épanouies, vivent en couple, deux ont des enfants comme quoi on peu survivre à des traumatismes même si ceux ci restent néanmoins enfouis au plus profond d'elle. elles ont eu de
la chance d'avoir l'amour de leur maman. Puisse ce petit garçon s'en sortir aussi entouré de l'amour de ces grands parents maternels au moins et pourquoi pas paternels car on n'est pas responsables
de tous les actes de ces enfants devenus adultes même si on peut avoir une part de responsabilité.
Répondre
J


merci Martine d'avoir eu le courage d'apporter ce témoignage.



M
Insoutenable, je me demande comment il est possible de survivre à un tel calvaire survenu à l'une des siens!
Répondre
J


Je n'en sais rien .. encore. Dans quelques années peut-être nous (et surtout ses plus proches, je ne suis que l'une de ses grandes tantes) pourrons ... le dire ... ou pas. J'espère qu'on peut
s'en remettre. Rien ne s'efface, rien ne s'oublie. Mais il faut continuer à être vivant.



F
C'est l'horreur a l'état pur ! On a toujours du mal à comprendre qu'à notre époque, avec tout ce qu'on voit , une femme puisse encore rester avec un homme violent , en croyant qu'il va changer
!
Je plains cette famille qui va devoir vivre avec cette absence , cet enfant qui va grandir avec ce poids .On devrait être impitoyable pour ce genre d'individus ; quand je lis qu'il l'a laissée deux
jours sans soins , je ne peux l'admettre . Il méritait plus que cela, de prison !Je t'embrasse
Répondre
J


deux jours sans soin, c'est la version soft. Elle a été vue pour la dernière fois le 3 juillet. Elle boitait visiblement et était d'une extrême fatigue déjà. La durée de son emprisonnement quel
qu'il soit n'inversera pas le cours de ces événements tragiques et monstrueux.


Mais que faire pour empêcher que cela arrive !



S
C'est une bien triste histoire.
Répondre
J


une histoire hélas vraie et qui concerne ma petite nièce



E
Ton article fait réfléchir à toutes ces vies à jamais détruites ou gâchées par l'abjecte violence conjugale.

Ici, il y a eu jugement. Cela ne redonnera pas vie, ni n'ôtera en rien les souffrances endurées, mais au moins le coupable va payer et il faut espérer une prise de conscience de sa part.

Je ne peux m'empêcher de réécouter cette chanson qui traite si délicatement de ce problème important de notre société :
http://www.emmacollages.com/article-35785963.html

Merci Jeanne pour ton bel article qui redonnera peut-être un supplément de courage à celles concernées par ce problème et qui oseront porter plainte pour stopper l'engrenage.

eMmA
Répondre
J


Bonsoir eMmA. J'ai suivi ton lien et les liens dans ton article. Je ne connaissais pas cette chanson de Yves Duteil qui parle avec délicatesse de cette question douloureuse. S'il s'agissait
seulement d'oser porter plainte ou pour les autres de voir un peu ...


 


dans la chanson, comme dans la vraie vie, il n'est quelquefois que la solution de disparaitre complètement sans laisser de contact possible. Et même dans ce cas certains arrivent encore à
retrouver leur trace. On se demande bien comment mais c'est ainsi. et qu'on arrête de me dire que cela ne concerne que certains milieux. 


 


Il est à espérer en effet non seulement une prise de conscience de la part de celui qui a fait ces horreurs, mais une volonté de sa part de se canaliser et une véritable prise en charge efficace
... Toutes conditions bien difficiles à réunir !



J
Bonjour Jeanne... 15 ans de prison... en sortir avant pour bonne conduite comme on dit... Et Anne-Sophie qui pardonnait à chaque coup... donnant une nouvelle chance, ce qui l'a perdu... Qu'en dire
Jeanne, en arriver là c'est dramatique pour tous finalement, mais lui pourra refaire une vie... Injustice, ma foi !!! Merci...
Répondre
J


devant ce qu'il est advenu de ma petite nièce, que te dire. Rien ne pourra réparer. Mais la question du punir est d'une difficulté inouïe. 



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