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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 07:00

Victor HUGO   (1802-1885)

 

C'était la première soirée

 

C'était la première soirée 

Du mois d'avril.

Je m'en souviens, mon adorée. 

T'en souvient-il ?

 

Nous errions dans la ville immense, 

Tous deux, sans bruit,

A l'heure où le repos commence 

Avec la nuit !

 

Heure calme, charmante, austère, 

Où le soir naît !

Dans cet ineffable mystère 

Tout rayonnait,

 

Tout ! l'amour dans tes yeux sans voile, 

Fiers, ingénus !

Aux vitres mainte pauvre étoile, 

Au ciel Vénus !

 

Notre-Dame, parmi les dômes 

Des vieux faubourgs,

Dressait comme deux grands fantômes 

Ses grandes tours.

 

La Seine, découpant les ombres 

En angles noirs,

Faisait luire sous les ponts sombres 

De clairs miroirs.

 

L'oeil voyait sur la plage amie 

Briller ses eaux 

Comme une couleuvre endormie 

Dans les roseaux.

 

Et les passants, le long des grèves 

Où l'onde fuit,

Étaient vagues comme les rêves 

Qu'on a la nuit !

 

Je te disais : - " Clartés bénies, 

Bruits lents et doux, 

Dieu met toutes les harmonies 

Autour de nous !

 

Aube qui luit, soir qui flamboie, 

Tout a son tour ;

Et j'ai l'âme pleine de joie, 

Ô mon amour !

 

Que m'importe que la nuit tombe,

Et rende, Ô Dieu ! 

Semblable au plafond d'une tombe

Le beau ciel bleu !

 

Que m'importe que Paris dorme,

Ivre d'oubli,

Dans la brume épaisse et sans forme 

Enseveli !

 

Que m'importe, aux heures nocturnes 

Où nous errons,

Les ombres qui versent leurs urnes 

Sur tous les fronts,

 

Et, noyant de leurs plis funèbres 

L'âme et le corps, 

Font les vivants dans les ténèbres 

Pareils aux morts !

 

Moi, lorsque tout subit l'empire 

Du noir sommeil,

J'ai ton regard, j'ai ton sourire, 

J'ai le soleil ! "

 

Je te parlais, ma bien-aimée ; 

Ô doux instants ! 

Ta main pressait ma main charmée. 

Puis, bien longtemps,

 

Nous nous regardions pleins de flamme, 

Silencieux,

Et l'âme répondait à l'âme, 

Les yeux aux yeux !

 

Sous tes cils une larme obscure 

Brillait parfois ;

Puis ta voix parlait, tendre et pure, 

Après ma voix,

 

Comme on entend dans la coupole 

Un double écho ;

Comme après un oiseau s'envole 

Un autre oiseau.

 

Tu disais : " Je suis calme et fière, 

Je t'aime ! oui ! "

Et je rêvais à ta lumière 

Tout ébloui !

 

Oh ! ce fut une heure sacrée, 

T'en souvient-il ?

Que cette première soirée 

Du mois d'avril !

 

Tout en disant toutes les choses, 

Tous les discours

Qu'on dit dans la saison des roses 

Et des amours,

 

Nous allions, contemplant dans l'onde 

Et dans l'azur

Cette lune qui jette au monde 

Son rayon pur,

 

Et qui, d'en haut, sereine comme 

Un front dormant,

Regarde le bonheur de l'homme 

Si doucement !...

Victor Hugo, 1844, Dernière gerbe, recueil posthume de 15 manuscrits, 1902, réédition 1941

 

Victor_Hugo-_dessin_de_Merimee.jpg

Dessin de Victor Hugo par Prosper Mérimée, domaine public,

source wikipedia : clic sur l'image pour détails

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commentaires

Suzâme 27/11/2011 22:20


Bonsoir,


Je viens de quitter "Vert de grisaille" pensant que j'allais me coucher et je me suis dit non, allons voir Jeanne et je ne le regrette pas quel magnifique et long poème d'amour. Notre Victor Hugo
était un maître de la plume et un grand amoureux. A bientôt. Suzâme

Jeanne Fadosi 30/11/2011 17:51



etdu coup je me suis attardée moi aussi dans tes allées. Toujours difficile de prendre la décision d'aller raisonnablement se coucher


Victor Hugo savait écrire des billets d'amour. 


Amicalement



Lenaïg Boudig 25/11/2011 22:26


Bonsoir Jeanne. Ah, voilà qui est bien original : des vers charmants d'une romance à Paris la nuit, par Victor Hugo, qu'il avait laissés dans un tiroir. A la fois on le reconnaît, oui, à sa
facilité à transformer la banalité en beauté, à la fois on est surpris d'un ton plus léger que l'emphase de ses alexandrins habituels. Merci pour la découverte ! Bises.



Jeanne Fadosi 26/11/2011 14:57



Un poème de relative jeunesse sans doute et pour un amour perdu. Il ne voulait pas les publier mais il n'a pas détruit non plus les manuscrits.


Bises



Alice 25/11/2011 19:20


Merci infiniment de nous faire lire ce poème, j'aime la description de Paris en nocturne et ce grand hymne d'amour entrelacé avec la nuit


Amitiés


 


 


 


 


 


 


 

Jeanne Fadosi 26/11/2011 14:58



c'est un Pairs en pointillé en arrière-plan d'un duo amoureux ...


Amicalement



valdy 24/11/2011 22:28


aujourd'hui le "t'en souvient-il ?" deviendrait "t'en souviens tu ? mais c'est si beau le "moi,  lorsque tout subit l'empire du noir sommeil, j'ai ton regard, j'ai ton sourire j'ai le
soleil"


Que d'amour dans ce poème ..


Valdy

Jeanne Fadosi 25/11/2011 19:29



sourires ... je me suis plongée, à la suite d'une conversation téléphonique et le survol de deux articles sur la syntaxe et l'orthographe, sur les dernières propositions de l'Académie française
et du Conseil supérieur de je ne sais plus quoi dont j'ignorais l'existence). C'est bien vrai que l'on dirait t'en souviens-tu maintenant, consolidant un usage erroné mais répandu de ce verbe
souvenir.


Que d'amour oui, mais que ça, me semble-t-il. Et sous la plume de Victor Hugo, cela devient magique ...



Frieda 24/11/2011 19:58


Bonsoir Jeanne


Un beau poème du grand Victor Hugo


Bisous et douce soirée


Frieda

Jeanne Fadosi 25/11/2011 19:22



Oui tout simple et presque banal dans son élan amoureux


Je complète : ce n'est pas une critique envers V Hugo au contraire. J'admire le talent avec lequel il arrive à dire ces banalités


bises et belle soirée



Quichottine 24/11/2011 08:43


Cela fait toujours du bien de lire des textes dont je n'avais pas forcément connaissance.


 


Merci, Jeanne.


Passe une belle journée.

Jeanne Fadosi 25/11/2011 19:13



je l'ai découvert sur le Net. A la quantité d'écrits que Victor Hugo nous a laissé, plus tout ce qu'il avait le temps de faire en plus, je me demande bien comment il faisait pour multiplier les
heures de ses jours et de ses nuits 


belle fin de soirée



Frieda 22/11/2011 11:07


Bonjour Jeanne


Merci pour ce beau texte d'un auteur


que j'ai beaucoup lu


Bisous


Frieda

Jeanne Fadosi 23/11/2011 10:39



des textes que l'on connait moins car ce n'étaient que des manuscrits tirés de l'oubli par celui qui a aussi créé le musée dans la Maison de Victor Hugo, place des Vosges.


Bises



Malika 22/11/2011 09:36


Très beau.

Jeanne Fadosi 23/11/2011 10:34



merci



clementine 21/11/2011 21:09


c'est toujours d'actualité et c'est beau.


bonne soirée


clem

Jeanne Fadosi 23/11/2011 10:17



une fausse manoeuvre pas grave qui a permis aux abonnés de découvrir cette mise en ligne en avant première. Même si la mise en page n'était pas peaufinée.


Belle journée



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