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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 06:00

Le néon de Pascale la Tricôtineuse a profité du défi n°55 pour prendre ses RTT accumulés depuis plus d'une année.

C'est donc dans l'obscurité la plus totale que LES CROQUEURS DE MOTS  sont invités à faire jaillir la petite étincelle de leur pensée phosphorante ...

 

Dans les années 1950 ...

Dans la pénombre du vestibule, la petite fille regarde, le coeur en vrille, les sanglots de sa maman.

 

Les larmes ne se voient pas sur son visage, mais elle sait bien qu'elle est toute en pleurs et en tremblements à l'intérieur. La porte du bureau est restée entre-ouverte et, tandis  qu'elle l'aide doucement à s'appuyer dans le moelleux des manteaux pendus aux patères, la voix hargneuse continue à sortir du combiné qui a été laissé à l'abandon sur le pupitre du chef d'équipe.

 

Sa maman a pour consigne de répondre au téléphone quand tout le monde est parti en intervention ; et de ne jamais raccrocher au nez des usagers.

 

La voix ordonne et insulte pour que le courant soit rétabli avant l'heure de la traite du soir. Ils sont peu nombreux encore ceux des agriculteurs qui se sont équipés de machines à traire, voire d'une salle de traite.

 

Mais les orages de cette année-là ne leur laissent pas de répit. Les trois équipes sont déjà de sortie. Dans la pluie et le vent, quelquefois sous la grêle. Dans les éclairs et le tonnerre. 

 

La petite fille n'a pas peur de l'orage, pas pour elle. Encore que. Mais elle en connait le danger, d'autant plus grand lorsqu'il faut aller à découvert, en plein champ, pour grimper aux poteaux et réparer les fils électriques. Elle sait, pour en avoir été instruite par son papa, les bienfaits et les dangers de l'électricité : cette énergie déchainée pour l'heure dans le ciel et domestiquée pour le confort des humains depuis à peine un demi-siècle.

 

Elle n'entend pas toujours car elle dort à l'autre bout de la maison, mais elle sait aussi qu'il arrive à son papa de partir en pleine nuit réparer une panne. Un deuxième téléphone de l'EDF a même été installé pour cela dans leur chambre à coucher de leur logement de fonction.

 

Alors la petite fille est très en colère contre cette voix qui gronde et qui exige ...

 

Elle n'a pas peur de l'orage mais elle est terrifiée par ce téléphone suffisant et belliqueux. Elle soulève cette lourde poignée et dit doucement dans le côté du micro : ma maman a bien noté votre demande. Votre ligne sera réparée dès que possible. L'autre voix, surprise, se tait et l'on entend le déclic de quelqu'un qui raccroche.

 

La petite fille replace délicatement l'écouteur sur son support. La poignée est toute moite de sa sueur.

 

- Pourquoi papa , il a dit dimanche que c'était la faute des calculateurs ? Que les tempêtes, elles se moquaient bien des écarts-types. Dis maman, tu sais ce que c'est toi, un écart-type ?

 

- Non, mais tu apprendras cela à l'école quand tu seras plus grande. Tu sais, ton papa, il en a électrifié des campagnes. En calculant bien sûr, mais en observant aussi sur le terrain et en écoutant la mémoire du temps.

Maintenant, les ingénieurs et les techniciens font de très beaux dessins industriels et de savants calculs et c'est dans leurs bureaux modernes qu'ils décident le tracé et le nombre de poteaux. Le moins possible.

 

C'est dans ces scènes et ces bribes de conversation qui l'interpellent et la questionnent, que se forge le goût de la petite fille pour la rigueur des nombres et des schémas, mais aussi pour leur mise à distance, au regard de la vie et de la réalité.

 

On entend déjà au loin, depuis le bureau, retentir à nouveau la sonnerie du téléphone ...

pilone1 - reduc1

j'ai déjà utilisé ce cliché dans l'un de mes billets sur Un air de diva (1) ; (2) ; (3) et (4). J'ai aussi évoqué l'électricité dans Félicité,  la petite fée électricité 

.

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commentaires

G





À trois heures et demi, le docteur Cosinus découvre la valeur de x, l'inconnue cherchée ; ce qui lui cause une joie sans mélange. – Nous prions les esprits
superficiels de s'abstenir de toute réflexion sur la valeur de x, et de ne point prétendre que Zéphyrin a beaucoup travaillé pour peu de chose...


pas de quoi...


amitié


Graphène


 



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J


Génial ! on avait les mêmes saines lectures je vois !



G


Jeanne, sœur Jeanne, ne vois-tu rien venir ?


Dans le noir de tes souvenirs


Dans la mémoire du temps


 


Où pé égalait encore hu hi et cosinus phi


Où le service rendu et le juste à temps


astreins 


Etaient nécessaires et suffisants


 


De l’oméga halal fadosi, leus obéissants,  


Et sages


De ton texte joli


 


J’ai été très sensible à ton intervention téléphonée


 


Vraiment…



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J


merci de ce compliment ... je me souviens d'une bande dessinée en noir et blanc avec un savant Cosinus qui devait être le papa de Gaston Lagafe ...



A


Un récit très prenant et surtout très parlant : on y voit comme en plein jour !



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J


Romancé à la douceur de mon souvenir, mais relatant du vécu



F


une bien belle histoire


bises et bonne soirée



Répondre
J


vécue ...



F


je viens de terminer la lecture de ton texte


beaucoup d'émotion,


ambiance dérangeante, très bien étudiée et écrite


je suis admirative


tu sais tout écrire


je t'embrasse, Jeanne


françoise



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J


Une remontée de souvenir, secouée à loa sauce de ma prose ...


Je t'embrasse,


Jeanne Fadosi



D


C'est magnifique Jeanne!!!


Superbe, un texte plein d'émotions!


Bisous et bonne journée.



Répondre
J


J'ai l'impression d'entendre encore ce téléphone, ce qui était un exploit vu le matériel de l'époque où il n'y avait pas de haut-parleur mais un micro et un écouteur ...
Bises 



D


Bonsoir,


Belle journée pour demain
*+*+*






Répondre
J


grand beau temps. Je profite de mes dernières heures de quiétude avant quelque temps ...
Belle fin de journée 



E


un petit coucou


bisous






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J


bises à toi aussi et merci !



C


un beau texte;


bonne soirée


clem



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J


qui s'appuie sur un souvenir bien réel ...


Belle semaine, clem



O


Exigence et insolence contre patience et impuissance et le regard de cette enfant témoin d'une forme d'injustice et d'intolérance...


C'est un texte inattendu et émouvant. Merci Jeanne !



Répondre
J


Un des témoignages que j'ai envie de partager, pas pour regarder ma petite vie mais parce que beaucoup de gens ignorent comment la vie se déroulait au XXème siècle.
Bises Oxygene 



T


j'aime bien Jeanne, ton texte de petite fille d'électricien, je souris de tous les détails que tu livres ici, j'ai vécu les coups de fil logement de fonction aussi.. Papa électricien dans les
hôpitaux était " de garde" comme les médecins . Ces coups de fils, puis les "bips" plus tard ! merci pour ce très beau moment intérieur" nuit de panne".  ( j'ai fait une réclamation chez moi
pour la panne... je suis confuse après coup de m'être un peu emportée.. mais c'est la faute à Néon qui est en RTT !! )des
bizzzoux émus Jeanne



Répondre
J


Mon papa a pris sa retraite avant l'invention du bip, sinon ... encore que les syndicats ont fini par obtenir de ne pas être sur le pont 24h/24. Je n'ai pas encore pu lire ton texte sans être
intérrompue mais ça va viendre ...
Bises complices ... d'un univers que ceux qui n'ont pas été enfants habitants sur place non par commodité mais par astreinte ne peuvent même pas imaginer ... 



Q


C'est un texte superbe, Jeanne.


 


Parfait.


 


Je crois bien que j'étais là dans l'ombre à vous observer.


 


C'est fou... et, tu as raison, les abonnés exigent sans se douter...


 


Merci.


Passe une douce soirée. Bisous.



Répondre
J


Heureusement tous n'étaient pas ainsi mais tout de même. Lorsque j'en entends certains, je crois que cela n'a pas beaucoup changé ...



L


C'est touchant, intéressant parce que d'un monde inconnu pour moi... et une jolie manière de répondre au défi.



Répondre
J


C'est bien pour cela que j'en témoigne. Pas pour faire du nombrilisme. La transmission me semble importante pour que les nouvelles générations puissent s'inscrire dans l'espace et dans le temps.



P


Et c'est ce qui peut arriver, car les centrales vont diminuer leurs productions vu la sécheresse.... Bises



Répondre
J


Evidemment ... Bises



H


J'aime beaucoup cette manière de traiter le défi.


Les temps changent et bougent, les chiffres et les diplomes font oublier la réalité de nos besoins.


 


Gros bisous Jeanne



Répondre
J


le scientisme, cette nouvelle idéologie, pour ne pas dire religion, associée au culte de l'argent ...
Bises Harmony 



M


A cette époque, et même maintenant ce ne doit pas être facile de réparer ces grandes lignes. Une belle leçon qu'à donné cette petite fille à ce grincheux !!!


Bisous - bon début de semaine






Répondre
J


Les pannes étaient bien plus fréquentes que maintenant. Mais faire une intervention, avec des équipements bien plus performants, garde ses risques ...



A


Que c'est instructif de voir cette petite fille grandir en "écoutant la mémoire du temps" !



Répondre
J


du vécu. Il me semble que ce serait bien que nous transmettions ces vécus souvent ignorés 



J


Bonjour Jeanne, la colère des usagers les fait devenir insultants parfois, c'est le cas ici et cette adorable petite fille a toute mon admiration... Merci Jeanne pour ta page 1950 !  Bises
de jill



Répondre
J


Certaines colères sont justifiées mais elles se trompent souvent de cible
Mais il y a aussi ceux qui croient que tout leur est dû ...


Bises 



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