Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 06:00

~ Bllet 499 ~

 

rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet.

 

Les Croqueurs de mots, avec à la barre, anni, pour le défi n°33, nous emmènent en vacances arc-en-ciel, pour donner à voir de toutes les couleurs.

 

J'avais le projet de vous relater une rencontre singulière de lointaines vacances, mais les contingences du quotidien ont déjà bien entamé ma journée. Aurai-je le temps d'aller jusqu'au bout ? Rien n'est moins sûr.

 

L'été 1970 avait commencé avec son lot de péripéties plus ou moins éreintantes. Le mot stress ne faisait pas encore partie du vocabulaire ambiant, mais si je l'avais connu, je l'aurais bien volontiers emprunté pour qualifier ce que nous venions de vivre. Ma soeur Lil plus que moi encore (non pas Jacotte, une autre de mes soeurs) était bien cabossée et je lui avais proposé de partir se mettre au vert dans ma 4L blanche à nouveau fringante.

    pecheur-en-Suisse1.jpg

 

Se promener au bord des torrents, se baigner dans l'eau du lac d'un bleu changeant, comme pour satisfaire toute la palette d'un peintre qui aurait posé là son chevalet. ...

 

Brienzersee-b.jpg

 

Le soir habillait les montagnes de rose et de violet. Ce n'était pas le hasard qui avait nommé le sommet du lieu le Mont Rose. Et même la nuit, qui tombait plus tôt en août, faisait de son écrin indigo ruisseler le jaune pâle des étoiles filantes.

 

Fenêtres et balcons s'égayaient sous le géraniums du même rouge et blanc que ceux du drapeau suisse, ce drapeau qui, dans ce que j'en avais appris en Histoire, symbolisait une neutralité qui avait traversé les conflits du vingtième siècle la tête haute.

 

Une telle rencontre ne pouvait avoir lieu qu'ici. Dans cette pension de famille accueillante où l'hôtesse organisait l'espace de la salle à manger en réunissant les pensionnaires par tables de quatre ou six. C'est ainsi que nous avions fait connaissance d'un vieux couple d'Allemands venus par la train. Madame B avait un accent campagnard très prononcé que je ne comprenais absolument pas mais Monsieur Erich B parlait distinctement et assez lentement pour que nous puissions, repas après repas, dialoguer davantage. Ils avaient même accepté avec grand plaisir notre proposition de les emmener faire quelques excursions, puisqu'ils n'étaient pas motorisés sur place.

 

C'est ainsi que la veille de leur départ, tandis que le soir éclairait la nappe blanche de sa lumière orange, le vieux monsieur, les yeux embués de larmes, choisit méticuleusement ses mots pour nous dire sa honte d'avoir été allemand et adulte pendant toutes ces horreurs, me dire que le passé ne pouvait pas s'effacer, et nous demander, en leur nom et au nom de beaucoup d'allemands du moins le pensait-il

 

 pardon

 

Sa femme est décédée quelques années après, mais j'ai pu correspondre avec ce monsieur environ deux à trois fois par an jusqu'à son extrême vieillesse pendant plus de vingt cinq ans encore.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

H


Un très beau récit sur cet arc-en-ciel ... Est ce le violet dont tu parles dans ton "dialogue du tigre" ?


Gros bisous



Répondre
J


Ah, je vois que tu as cherché ... cela aurait pu. J'ai mis la solution en ligne


Bises



S


Ceux qui se sentent coupables, sont souvent loin d'être les pires... 


Bonne fin de semaine. Bisous



Répondre
J


quelle réflexion que je partage sans restriction !
belle fin de semaine



J


Oh Jeanne en voilà un récit touchant... Une belle histoire d'amitié par delà les frontières et la langue, un ennemi autrefois... Merci pour cette page... Sur plyson aussi une pension de famille
mais fictive... façon Tati... Merci pour ta visite, ton com et je te souhaite une excellente soirée Jeanne... Au plaisir. Amicalement de jill



Répondre
J


oh ! je l'ai pensé très fort à Tati, et je n'ai pas osé le mettre en commentaire !
amicalement



O


Tes vacances arc-en-ciel sont très émouvantes Jeanne... Je suis sûre que ton amitié pour ce monsieur a adouci la fin de sa vie et l'a rendu heureux.


Bisous



Répondre
J


peut-être. Peut-être aussi aurait-il eu une fin de vie heureuse sans cela. La suite de s vie m'a montré qu'il était assez doué pour cela



C


Il devait le penser. UN joli texte. 

Bonne soirée


clem 



Répondre
J


il était sincère, oh oui



A


Parler de vacances au passé nous exposait bien sûr à revisiter des périodes délicates pour les uns ou pour les autres ...je trouve que tu t'en est très bien sortie , en semant deci delà de
candides touches de couleurs. Un arc-en-ciel synonyme de pont entre les peuples , et l'apprivoisement par ce Monsieur du moment des aveux : il s'en est approché grâce à votre ouverture , votre
amitié : chacun en ressort très touché : eux , vous , et  nous ! merci pour ce beau récit !



Répondre
J


merci pour ces mots justes sur cet événement étrange et si riche d'enseignement



M


Merci d'être passée pendant mon absence!!! j'ai eu une coupure d'Internet pendant environ 14 jours et viens seulmeent de le retrouver!


Bonne journée



Répondre
J


ah cet internet, comment vivions nous avant ? aujourd'hui, c'est une bulle d'évasion mais il est quelquefois difficile d'oublier les choses graves qui préoccupent ...



T


Beau récit d'une belle histoire d'amitié !


Toutes les guerres laissent des traces dans les mémoires et les coeurs. Dans les deux camps les gens souffrent. Les simples gens ne sont pas responsables et c'est la soif de pouvoir de certains
qui est responsable de telles atrocités !



Répondre
J


Mais l'amalgame est trop vite fait y compris dans la tête de ceux qui sont les simples gens d'un pays dont les dirigeants ne se comportent pas bien et les exemples sont si nombreux ...



.


Je n'ai pas de réponse non plus... je crois que ce doit être difficile pour eux...


Parfois, dans les reportages, on en voit qui n'ont aucune conscience de ce qui se passe réellement et qui défendent leur petit... Dieu que je n'aimerais pas que cela m'arrive !


Passe une belle journée, Jeanne. Bisous.



Répondre
J


Il n'y a pas que dans les reportages ! il y a défendre son "petit" et il y a le déni. Ce n'est pas la même chose. et c'est insupportable.
Bises



.


Déresponsabiliser... je suis d'accord en partie avec toi, la passivité peut être coupable.


Mais comment faire ?


Il faudrait aussi envoyer en prison tous ceux qui assistent à une agression sans agir ?


Certains agissent et en meurent... sont-ils pour autant des héros ?


Les parents des criminels sont-ils fautifs ? Pourtant, ils auraient peut-être pu agir...


Jusqu'où va la responsabilité ?



Répondre
J


C'est un sujet très délicat ! il m'est arrivé d'assister à une agression sans pouvoir agir et ce n'est pas facile comme souvenir même si j'ai prévenu la police avec mon portable. Il ne sert à
rien de jouer les héros si c'est se condamner à mourir sans permettre de sauver. J'ai souvent réfléchi à la question que tu poses sur les parents de criminels ... Je n'ai pas de réponse



L


Très belle histoire, une belle rencontre où les liens sont tissés dans la longévité !!!


 



Répondre
J


de celles qui laissent une empreinte importante sur le caractère



N


quelle délicieuse hstoire, il n'est pas d'arc en ciel plus joli que celui ci


les yeux tristes et embués, des regrets plein le coeur, pour quelque chose dont il n'était point responsable


tant d'allemands ont, comme lui subit les horreurs de la guerre


mais que d'amour dans ce petit mot si coloré


merci de ce partage fadosi :) j'ai toujours été très sensible à cette douloureuse période de guerre, j'ignore pourquoi, mais je suis allée jusqu'a faire un voyage de la mémoire avec un de mes
enfants il y a quelques années


j'en ai parlé ICI à l'occasion du décès de jean ferrat, et j'ai mis à
l'honneur le montage que j'ai fait au retour de ce boulversant périple


merci...



Répondre
J


C'est une période qui a été difficile pour tout le monde et il est bien difficile de savoir jusqu'où est allée la responsabilité ou l'irresponsabilté des adultes de l'époque. Mais plus tard, ici
c'était 25 ans après 1945, il est toujours utile de considérer le passé ineffaçable avec plus plus grande sévérité pour mieux construire l'avenir. Lui pensait à ses enfants et à ses petits
enfants



J


Non seulement tu te tires haut la main de la consigne, mais encore, tu nous fais partager une magnifique histoire. Merci Jeanne.



Répondre
J


Ce sont des moments comme ceux-là qui nous font devenir adultes !



T


beau texte Jeanne, et quel message de la part de ce vieux Monsieur, il y a beaucoup d'Allemands qui ont été égalment obligés de se soumettre à cette terreur, ou qui ont honte pour leur
nationalité , c'est bien de le transmettre comme un message de sagesse dans un pays de neutralité !! j'ai beaucoup apprécié ton récit !!! bizzzoux du soir !!!



Répondre
J


L'image de neutralité de la Suisse s'est plutôt terni depuis que l'on a accès aux archives allemandes et que dire de l'attitude de leurs décideurs par rapport aux VIP actuellement !



F


c'est une bien belle histoire très émouvante mais je peux comprendre ce monsieur et je n'aurai pas aimé être allemenade dans les années qui ont suivi la guerre même s'ils n'en sont pas
responsable c'est un poids de l'histoire bien lourd à porter pour ce peuple



Répondre
J


Je ne suis pas sûre, même maintenant, qu'il n'ait jamais rien eu à se reprocher. La Allemands de l'époque n'avaient le choix que de faire l'autruche ou de ne vraiment rien voir, d'être lâches ou
de mourir en subissant le même sort que les populations persécutées et exterminées. Peut-être même a-t-il profité de ce régime abject pour consolider sa situation matérielle !
Mais sa honte avait l'air profondément sincère !



M


C'est un très joli récit d'une belle rencontre



Répondre
J


rencontre vraie, des moments aussi forts sont sans doute rares, et la mémoire les garde précieusement



J


Belle histoire raconté d'un vécu  , très émouvant ...


Bonne soirée



Répondre
J


C'est important pour ceux qui parlent comme pour ceux qui reçoivent quand il est possible de parler de ces choses graves. Nous étions des inconnus et nous ne nous reverrions pas. Sans doute
était-il plus difficile d'en parler à son fils.



P


Je pense qu'eux ont été jusqu'au bout du chemin, nous pas encore; pour beaucoup, c'est encore une période tabou !!!


 


Belle soirée bises !!



Répondre
J


C'était en 1970 et ils étaient en plein examen de conscience. Pas facile et coourageux de sa part, même si bien des choses sont restées en suspens ! Il était chef d'entreprise son entreprise a au
minimum composé avec le 3ème reich.
Bises et belle semaine



L


sous le jeu du défi, la profondeur d'une rencontre importante....



Répondre
J


et qui donne un regard aigu sur les évènements. Les premiers pas de la construction de l'Union européenne ont été fait dans un esprit de réconciliation pour


plus jamais ça


Je me demande où s'est envolé cet esprit !



R


Bonsoir Fadosi


Beau texte plein de souvenirs


Bonne semaine


Amicalement



Répondre
J


et cependant bien des questionnements en suspens ...
Amicalement



E


on se laisse prendre par cette histoire, beaucoup de tendresse et d'émotion transmis avec délicatesse.


bizzz



Répondre
J


Une histoire vraie, avec le prisme de ma mémoire ...



P


très sympa



Répondre
J


J'étais très émue de recevoir ce témoignage et ce repentir.



J


un souvenir émouvant...



Répondre
J


tout à fait



.


Une belle amitié... J'aime la façon dont tu racontes votre rencontre.


Les guerres font toujours beaucoup de mal, mais tous n'en sont pas responsables... si tous en souffrent malgré tout.


 


Passe une belle journée.



Répondre
J


J'ai cru comprendre aussi qu'il s'en voulait aussi de sa passivité et de sa complicité passive. C'est bien difficile à expliquer mais se soumettre et ne pas empêcher de ..., il me semble délicat
de dédouaner de toute responsabilité. Sans doute convient-il de ne pas condamner juridiquement*, mais déresponsabiliser totalement c'est quelque part nier la personne en temps qu'être humain.

* je trouve imbécile ce projet de loi qui veut faire porter le chapeau des dérapages des enfants, les adultes qui en ont la charge. On ne peut pas tenir des ados en laisse
... 



D


C'est une très belle histoire, pleine de tendresse.


Bon lundi.


Bisous.



Répondre
J


un souvenir toujours vif d'une rencontre authentique



Présentation

  • : Fa Do Si
  • : Au fil de mes réflexions, en partant du quotidien et ou de l'actualité, d'une observation, ou à partir de thèmes des communautés de blogs ...
  • Contact

Sur les blogs, les jeux d'écriture témoignent de la vitalité

de la langue française sans tapage

Recherche

 

 Ephéméride de ce jour

 

et chaque jour

je n'oublie pas Anne-Sophie

les yeux dAnne-sophie

et ses compagnes d'infortune :

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015 ; 123 en 2016 et en 2017 ; 121 au moins en 2018 ; 150 en 2019 (au moins 122 confirmés)

(clic sur son regard pour comprendre ... un peu)

 

Profitez des instants de la vie :

le temps s'écoule à sa cadence,

trop vite ou trop lentement,

sans retour possible

N'oubliez pas que

"Tous les matins du monde sont sans retour"

Métiers improbables

TheBookEdition - Les anthologies Ephémères

La 6ème anthologie est parue en mai

Informations sur 

 Les anthologies éphémères