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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 06:00

Pour le Casse-tête de la semaine, creusons-nous la tête en jouant avec les mots.

Mais que croit donc Lajemy ? que d'habitude, nous somms sérieux avec les mots ?

Jeu en quel sens ? Jeu d'enfants ? Jeu d'amants ? jeu de mains ? jeu de vilains ?

 

La petite histoire dans la grande Histoire est truffée de petites phrases et de jeux de mots.

 

Qui ne connait le mot de Cambronne ou celui qu'on prête (c'est discuté) à Bonaparte qui n'était pas encore Napoléon

du haut de ces pyramides des siècles nous contemplent

Plus récemment, la machine médiatique s'emballe avec la portée instantanée d'internet. Quelquefois il conviendrait pourtant de réfléchir et de rappeler les souvenirs des érudits pour comprendre des petites phrases ou des petits mots consciemment ou non rattachés à des références dont les médias, au moins, devraient à tout le moins les citer en contexte.

Je ne m'avancerai pas sur le terrain du mot "racaille" dont j'ignore de quelle litérature ou film il est surgi, mais vous souvenez-vous du "sauvageon" prononcé sans doute imprudemment par Jean-Pierre Chevènement ?


VHugoartgrandpere.jpg

 

En achevant ma lecture de "L'art d'être grand père" de Victor Hugo, je viens tout juste de comprendre que si des commentateurs avaient mieux connu Victor Hugo, ils auraient permis de recadrer le vocable non comme une insulte, mais presque son contraire ! L'homme politique, ainsi que Victor Hugo, comptant plus sur l'importance de l'éducation, et d'une veritable éducation pour tous, que sur la répression des "fautes".

Voici donc le poème où apparait le terme "sauvageon" chez Victor Hugo.

 

 

X ENFANTS, OISEAUX et FLEURS

 

II

Je suis des bois l'hôte fidèle,

Le jardinier des sauvageons,

Quand l'automne vient, l'hirondelle

Me dit tout bas : déménageons.

 

Après frimaire, après nivôse,

Je vais voir si les bourgeons frais

N'ont pas besoin de quelque chose

Et si rien ne manque aux forêts.

 

Je dis aux ronces : croissez, vierges !

Je dis : embaume ! au serpolet ;

Je dis aux fleurs bordant les berges :

Faites avec soin votre ourlet.

 

Je surveille, entr'ouvrant la porte,

Le vent soufflant sur la hauteur ;

Car tromper sur ce qu'il apporte

C'est l'usage de ce menteur.

 

Je viens dès l'aube, en diligence,

Voir si rien ne fait dévier

Toutes les mesures d'urgence

Que prend avril contre janvier.

 

Tout finit, mais tout recommence,

Je m'intéresse au procédé

De rajeunissement immense

Vainement par l'ombre éludé.

 

J'aime la broussaille mouvante,

Le lierre, le lichen vermeil,

Toutes les coiffures qu'invente

Pour les ruines le soleil.

 

Quand mai fleuri met des panaches

Aux sombres donjons mécontents,

Je crie à ces vieilles ganaches :

Laissez donc faire le printemps !

    Victor Hugo, L'art d'être grand-père, Poésie/Gallimard, édition 2008, pages 126 - 127

 

Bien sûr, il est possible de faire de ces vers une lecture au premier degré. Mais en l'occurrence, le lecteur ainsi résigné se priverait de la substance des autres sens.

Ayant payé le prix fort son engagement militant et sincère, Victor Hugo, pour éviter de nouvelles poursuites judiciaires (au minimum en diffamation) est obligé de filer la métaphore. Ainsi, dans "l'Homme qui rit", place-t-il l'action dans un autre lieu, dans un autre siècle et parle-t-il des rois quand il pense empereur et plus tard sous la première république, conservateurs.

 

Le poème ci-dessus vient après d'autres où il se décrit en grand-père indulgent, voire complice d'une enfance à la fois innocente et naïvement frondeuse, sauvageonne, donc.

 

Pour illustrer ce propos, je n'avais que l'embarras du choix.

 

En voici deux extraits car je sais que je n'ai déjà que trop abusé de votre capacité à lire sur la toile.

Mais il serait bien utile de lire jusqu'au bout le deuxième que je retranscris dans le billet suivant.
Et bien sûr, si le coeur vous en dit, je vous convie à lire en entier

 

L'Art d'être grand-père, de Victor Hugo, 1877

 

IV Une tape

 

[ ... ]

Les légers coups de bec qui sortent des volières,

Le doux rire moqueur des nids mélodieux,

Tous ces petits démons et tous ces petits dieux

Qu'on appelle marmots et bambins, vous enchantent ;

Même quand on les sent vous mordre, on croit qu'ils chantent.

Le pardon, quel repos ! Soyez Dante et Caton

Pour les puissants, mais non pour les petits. Va-t-on

Faire la grosse voix contre ce frais murmure ?

Va-t-on pour les moineaux endosser son armure ?

Bah ! contre de l'aurore est-ce qu'on se défend ?

Le tonnerre chez lui doit être bon enfant.

Extrait de IV Une tape, Grand âge et bas âge mêlés, dito page 100

 

X

Tout pardonner, c'est trop ; tout donner, c'est beaucoup !

Eh bien je donne tout et je pardonne tout

Aux petits ; et votre oeil sévère me contemple.

Toute cette clémence est de mauvais exemple.

Faire de l'amnistie en chambre est périlleux.

Absoudre des forfaits commis par des yeux bleus

Et par des doigts vermeils et purs, c'est effroyable.

Si cela devenait contagieux, que diable !

[ ... ]

dito, page 108

 

J'espère que vous goûtez comme moi toute l'ironie que le poète met dans ces lignes.
Notez d'ailleurs au passage combien il est périlleux, pour le coup vraiment, d'extraire quelques phrases d'un texte où c'est l'ensemble qui fait sens.

Otez ici les trois premiers vers ! le lecteur les ignorant ferait de bonne foi un contre-sens complet sur l'intention de Victor Hugo !

 

Le poème X est ICI (mais laissez-moi le temps de le mettre en ligne si vous ne le trouvez pas encore)

 

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commentaires

.


Sourire...


Merci, Jeanne.


Une citation, souvent, trahit son auteur. C'est pourquoi je n'aime pas trop écouter ou lire dans les médias les extraits de discours. Mais comment faire autrement puisqu'on n'a pas le droit de
tout citer ?



Répondre
J


C'est un grave défaut en effet et l'ironie de la protection des auteurs, mais plus sûrement des éditeurs : on prend le risque de voir déformer la pensée des auteurs. Déjà que le lecteur y lit
toujours quelque chose de différent de l'intention initiale, mais là !



C


un bel article Jeanne merci.


J'ai pris , comme à chaque fois beaucoup de plaisir à te lire.Je t'admire toujours quand tu alignes tes mots et tes phrases si si c'est vrai! c'est un vrai talent.Je n'avais pas encore eu
l'occasion de lire ces lignes de Victor Hugo c'est maintenant chose faite et je ne regrette pas


merci Jeanne bisous



Répondre
J


J'ai toujours écrit, pour moi, ce n'est pas du talent, c'est ma façon de m'exprimer. J'ai plus de mal avec le pastel, même si j'y trouve beaucoup de plaisir. D'ailleurs les chiots dont je
m'occupent actuellement ne me permettent pas de prendre un peu de temps à dessiner et cela me manque. Plus facile d'interrompre un bouquin lorsqu'il faut d'urgence passer la serpillère !
(sourires ...)
bises et beau mardi



D


Merci pour cette relecture de Victor Hugo.


Bon dimanche, bisous.



Répondre
J


ravie que cela t'ai plu


belle journée



J


Victor Hugo "léger":


J'aime un petit enfant, et je suis un vieux fou.


 


J'aime un petit enfant, et je suis un vieux fou.
- Grand-père ? - Quoi ? - Je veux m'en aller. - Aller où ?
- Où je voudrai. - Partons. - Je veux rester, grand-père.
- Restons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.
- Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu
Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu
Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
- Mais s'il ne voulait pas ? - Moi, je veux. Si je casse
Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher.
Ainsi... - C'est juste. Il va peut-être se fâcher,
Mais passons-nous de lui. - Pour qu'il pleuve ? - Sans doute.
Viens, prenons l'arrosoir du jardinier Jacquot,
Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.


 



Répondre
J


J'aime beaucoup aussi ce poème délicieux. Je n'ai pas une mémoire d'éléphant au point de resituer celui-ci dans L'art d'être grand père. Pourtan, ici, il n'évoque qu'un enfant. Mais cela lui
arrive de dédier un écrit à l'un des deux en particulier.
Merci de ce commentaire, Josette.



P


c'est vrai que c'est tout un art, et quand ils viennent encore à 10 ans, chercher un câlin, ou se blottir contre toi en t'enserrant de leurs deux bras, tu te dis" c'est si simple, il faut juste
laisser parler son coeur."


Et pourtant crois moi, chez moi, je suis le patron, et ils le savent sans que j'élève la voix.


 


Bon dimanche avec bises



Répondre
J


C'est drôle, les mots que tu utilises et dont le sens est si malmené en ce moment, comme l'autorité d'ailleurs. Mon père aussi était un grand père apprécié et dont l'autorité n'était pas
contestée. Mes enfants n'ont pas eu la chance de le connaître et cette référence leur a manqué. Ils ne le savent pas et au mieux, sourient poliment quand je le leur dis.
Victor Hugo est indulgent avec les tous petits, il n'en est pas de même pour les grands.
Bon dimanche aussi avec bises et fraicheur nuageuse aujourd'hui, cela surprend



A


Bonjour Jeanne*


Voilà ce que j'appelle un pamphlet des plus audacieux, ou derrière les mots se cachent la pensée du poète. C'est tout un art et voir dangereux à cette époque de camoufler ses convictions
sous des noms d'oiseaux... cela dit un beau travail, et rendons hommage à ce grand homme qui a ma préférence parmi les auteurs...


bon dimanche et gros bisous pour ce partage...



Répondre
J


et encore, c'est une partie soft, attend de lire la suite où il se lâche sans doute reparti en exil en belgique !
Bises et beau dimanche



.


Je reviendrai donc un peu plus tard...



Répondre
J


Ca y est, c'est fait, mais je sais que le dimanche est particulièrement réservé à son entourage, et c'est normal.
Bises à toi Quichottine !



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