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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 23:00

 

Non, évidemment non, ce n'est pas jeudi

Ce n'est pas jeudi en poésie

Pour le dernier jour du printemps des poètes

Faire écho

à la journée mondiale de l'eau

C'était vendredi

mais c'est aussi toute cette année

La journée internationale de l'eau

 

La voix du poème pour Le chant de l'eau

La voix du poète pour la francophonie

 

 

Le chant de l'eau

 

L'entendez-vous, l'entendez-vous 

Le menu flot sur les cailloux ? 

Il passe et court et glisse 

Et doucement dédie aux branches, 

Qui sur son cours se penchent, 

Sa chanson lisse.

 

Là-bas,

Le petit bois de cornouillers 

Où l'on disait que Mélusine 

Jadis, sur un tapis de perles fines, 

Au clair de lune, en blancs souliers, 

Dansa ; 

Le petit bois de cornouillers 

Et tous ses hôtes familiers 

Et les putois et les fouines 

Et les souris et les mulots 

Ecoutent 

Loin des sentes et loin des routes 

Le bruit de l'eau.

 

Aubes voilées,

Vous étendez en vain,

Dans les vallées,

Vos tissus blêmes,

La rivière,

Sous vos duvets épais, dès le prime matin,

Coule de pierre en pierre

Et murmure quand même.

Si quelquefois, pendant l'été,

Elle tarit sa volupté

D'être sonore et frémissante et fraîche,

C'est que le dur juillet

La hait

Et l'accable et l'assèche.

Mais néanmoins, oui, même alors

En ses anses, sous les broussailles

Elle tressaille

Et se ranime encor,

Quand la belle gardeuse d'oies

Lui livre ingénument la joie 

Brusque et rouge de tout son corps.

 

Oh ! les belles épousailles

De l'eau lucide et de la chair,

Dans le vent et dans l'air,

Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;

Et les baisers multipliés du flot

Sur la nuque et le dos,

Et les courbes et les anneaux

De l'onduleuse chevelure

Ornant les deux seins triomphaux

D'une ample et flexible parure ;

Et les vagues violettes ou roses

Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent

Autour des flancs, autour des reins ;

Et tout là-haut le ciel divin

Qui rit à la santé lumineuse des choses !

 

La belle fille aux cheveux roux 

Pose un pied clair sur les cailloux. 

Elle allonge le bras et la hanche et s'inclina 

Pour recueillir au bord, 

Parmi les lotiers d'or, 

La menthe fine ; 

Ou bien encor 

S'amuse à soulever les pierres 

Et provoque la fuite 

Droite et subite 

Des truites 

Au fil luisant de la rivière.

 

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,

Elle s'étend ensuite et rit et se recouche,

Les pieds dans l'eau, mais le torse au soleil ; 

Et les oiseaux vifs et vermeils 

Volent et volent, 

Et l'ombre de leurs ailes 

Passe sur elle.

 

Ainsi fait-elle encor 

A l'entour de son corps 

Même aux mois chauds 

Chanter les flots. 

Et ce n'est qu'en septembre 

Que sous les branches d'or et d'ambre, 

Sa nudité 

Ne mire plus dans l'eau sa mobile clarté, 

Mais c'est qu'alors sont revenues 

Vers notre ciel les lourdes nues 

Avec l'averse entre leurs plis 

Et que déjà la brume 

Du fond des prés et des taillis 

S'exhume.

 

Pluie aux gouttes rondes et claires,

Bulles de joie et de lumière,

Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,

Car tout l'automne en deuil

Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.

Son flot rechante au long des berges recourbées,

Parmi les prés, parmi les bois ;

Chaque caillou que le courant remue

Fait entendre sa voix menue

Comme autrefois ;

Et peut-être que Mélusine,

Quand la lune, à minuit, répand comme à foison

Sur les gazons

Ses perles fines,

S'éveille et lentement décroise ses pieds d'or, 

Et, suivant que le flot anime sa cadence, 

Danse encor 

Et danse.

 

Émile VERHAEREN*

Recueil : Les blés mouvants

 

*Émile VERHAEREN, 1855 - 1916, poète belge flamand d'expression française

 

ruisseau de ruelle - reduc

 

et aussi en poésie Ecoutes le murmure des fontaines, tentative de traduction de Clemens Brentano

en réflexions  Eau potable ? nouvelle édition

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commentaires

Q
Tu as raison, ce devrait être tous les jours, toute l'année. L'eau sera un vrai défi pour demain si nous n'y prenons pas garde.

Merci pour ce poème, Jeanne.
Passe une douce soirée.
Répondre
J


C'est déjà un défi et quand on essaye d'intégrer le problème de l'eau dans l'analyse de tous les conflits de ces cinquante dernières années, on peut voir qu'il est très souvent l'un des aspects
du conflit


bises et belle journée (et j'espère san seau du ciel, le soleil semble montrer son nez maintenant)



L
j'ai appris quelques poèmes de ce poète ! je ne savais pas qu'il était Belge-
un beau poème, bien qu'un peu long-
bises !
Répondre
J


je ne connaissais pas



M
Un ruisseau sensuel, léger, polisson, remuant, chantant, quels beaux moments passe-t-on auprès de lui!
Répondre
J


un beau poème en effet. Un peu long pour ceux qui ont l'habitude de passer en coup de vent mais je n'ai pas voulu le tronquer



F
et là ce n'est pas le bruit de la rivière que l'on entend mais celui de la pluie
Répondre
J


J'aime bien le bruit de la pluie quand j'en suis bien protégée et qu'elle ne dure pas. Mais ce temps gris me pèse !



P
Merci, je ne connaissais pas Bises de nous deux
Répondre
J


j'y ai fait attention grâce à internet. Dans mon anthologie préférée il est évoqué pour un seul poème, très beau mais ne présentant qu'un petit aspect de son oeuvre multiforme.


Est-ce un effet de notre tendance franco-française à nous prendre pour le nombril du monde et plus encore de la francophonie ?


bises et belle journée.



J
Je découvre ce poème d'Emile... Envie de passer un dimanche au bord de l'eau moi... Merci ! Bises de jill
Répondre
J


il est beau n'est-ce pas ! En tant que belge tu dois mieux connaître ce poète que moi.


Un peu frisquet pour les pique-niques au bord de l'eau en ce moment


bises



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