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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 07:00

Ceci est un court extrait du poème La nuit d'octobre, écrit après sa rupture avec George sand.

 

La nuit d'octobre

 

[ ... ]

La Muse.

 

Poète, c'est assez. Auprès d'une infidèle,

Quand ton illusion n'aurait duré qu'un jour,

N'outrage pas ce jour lorsque tu parles d'elle ;

Si tu veux être aimé, respecte ton amour.

Si l'efffort est trop grand pour la faiblesse humaine

De pardonner des maux qui nous viennent d'autrui,

Epargne-toi du moins les tourments de la haine ;

A défaut du pardon, laisse venir l'oubli.

Les morts dorment en paix dans le sein de la terre ;

Ainsi doivent dormir nos sentiments éteints.

Ces reliques du coeur ont aussi leur poussière ;

Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.

Pourquoi, dans ce récit d'une vie de souffrance,

Ne veux-tu voir qu'un rêve et qu'un amour trompé ?

Est-ce donc sans motif qu'agit la providence ?

Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t'a frappé ?

Le coup dont tu te plains t'a préservé peut-être,

Enfant ; car c'est par là que ton coeur s'est ouvert.

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître,

Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert.

C'est une dure loi, mais une loi suprême,

Vieille comme le monde et la fatalité,

Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême,

Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.

Les moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;

Pour vivre et pour sentir, l'homme a besoin de pleurs ;

La joie a pour symbole une plante brisée,

Humide encor de pluie et couverte de fleurs.

Ne te disais-tu pas guéri de ta folie ?

N'es-tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu,

Et ces plaisirs légers qui font aimer la vie,

Si tu n'avais pleuré, quel cas en ferais-tu ?

Lorsqu'au déclin du jour, assis sur la bruyère,

Avec un vieil ami tu bois en liberté,

Dis-moi, d'aussi bon coeur lèverais-tu ton verre,

Si tu n'avais senti le prix de la gaîté ?

Aimerais-tu les fleurs, les prés et la verdure,

Les sonnets de Pétrarque et le chant des oiseaux,

Michel-Ange et les arts, Shakespeare et la nature,

si tu n'y retrouvais quelques anciens sanglots ?

Comprendrais-tu des cieux l'ineffable harmonie,

Le silence des nuits, le murmure des flots,

Si quelque part là-bas la fièvre et l'insomnie

Ne t'avaient fait songer à l'éternel repos ? ...

De quoi te plains-tu donc ? L'immortelle espérance

S'est retrempée en toi sous la main du malheur,

Pourquoi veux-tu haïr ta jeune expérience,

Et détester un mal qui t'a rendu meilleur ?

[ ... ]

Alfred de Musset, 1810 - 1857, Extrait de La nuit d'octobre,

 

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commentaires

A


Reconnaître les maux, accepter d'avoir souffert, ne rien effacer des aubes et des larmes, savoir pardonner et ne
pas oublier. Se poser... et reprendre la marche. Merci infiniment pour ce très beau poème. Anne



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L


Voilà un texte très fort! J'aime particulièrement "A défaut du pardon laisse venir l'oubli..." C'est vrai que nous grandissons de ce qui aurait pu nous détruire...



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A


Les amours de ces deux-là furent bien tumultueux et nous ont laissé des écrits précieux !



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M


rebondir en respectant ses erreurs et ceux qui ont traversé notre route....ce serait bien, pour soi....



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O


Waouh... Quel texte ! Je l'ai relu 2 fois et en ai vraiment apprécié la teneur. Que de sagesse et de force dans ces propos. Ne pas rejeter la faute sur l'autre, ne pas dénigrer ce que l'on a
aimé, savoir rebondir et apprécier les leçons que donnent les épreuves, utiliser les expériences douloureuses de la vie pour mieux en savourer les bons côtés ensuite... Il y a vraiment beaucoup
de richesse dans ce texte qui est tout à l'honneur de son auteur.


Merci pour cette très belle page Jeanne !



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P


Poème où les points sur les "I" sont bien mis.... Bises et bel après midi.



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