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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 07:30

 

1ère mise en ligne du billet 245 le 05/11/2009 17h30,

republié ce 22 juillet 2014 en écho à l'émission de France Inter de ce jour, Le Grand Bain : 

Indochine, l'imaginaire confisqué



Pour les Croqueurs de mots, voici dix mots pour les Mots de tête n°10 de Brunô.
Utiliser dans cet ordre dans un texte dont la forme et le sujet sont libres :
valise, bleu, travailler, pensées, train, éclatante, écrire, rêve, voyage, équivoque.


La toute petite fille descend prudemment l'escalier. Elle est encore toute ensommeillée. L'effervescence inhabituelle l'a tirée de son lit bien avant l'heure habituelle. Pas de valise en bagage, trop incommode, mais un gros sac polochon avachi sur la première marche.
Il est là, dans le contre-jour de l'entrée, dans son costume bleu de marin, plus vrai que sur les photos, ce grand frère qu'elle ne connaît pas, qui ne la connaît pas.
Il est parti travailler loin au-delà des mers, si longtemps. C'est une lettre qui lui a appris sa naissance.
Il ne la connait que sur ces papiers glacés sépia, et elle ignore à quel point elle a occupé ses pensées, à quel point elle l'a aidé à tenir.
Le bateau l'a ramené au port. Il a pris le premier train. Il savait que son père l'attendrait à la gare.
Il était là sur le quai quand la micheline s'avançait sur les rails, éclatante mais silencieuse dans son habit d'émail et de chrome jaune et rouge, presqu'aussi fière encore que le jour de sa sortie d'usine.
Ils avaient enfin réussi à s'écrire. Leur correspondance avait permis au fils de renouer prudemment un lien bien malmené avant son départ. Les lettres envoyées au fils avaient permis au père, par la médiation de la distance et du temps, de faire connaissance avec lui-même autant sinon plus qu'avec ce fils, devenu loin de lui cet adulte dans la lumière du matin.
La toute petite fille ne sait rien de l'épreuve dont ils sortent tous deux grandis. Rien ne pourrait être comme avant. Rien ne serait dit. Elle observe cet inconnu qui lui est si familier, qui lui sourit en lui tendant la bécassine en mousse qu'elle a imaginé en rêve et qu'il ramène de son voyage tout exprès pour elle. Elle ne sait pas le sacrifice financier qu'il a dû faire pour cette acquisition. Le visage émerveillé de l'enfant malgré sa retenue compréhensible vaut déjà tout ce qu'il ne pourra pas acheter.
Est-ce seulement la poupée, où est-ce de lire la joie qui éclaire sa mère, son père, et ce grand frère surgi de nulle part ?
Entre le père et le fils, l'écriture a comblé la distance et l'absence, sans plus d'équivoque. Ils savent qu'un temps est celui d'avant, qui ne saurait être changé. Mais ils savent que la vie est devant eux, encore à construire.

.

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commentaires

M
Merci Jeanne c'est un très beau texte qui me touche particulièrement car il me parle
Répondre
J


oui je te comprends



Q
Je ne sais pas pourquoi la photo me disait quelque chose... je ne me souviens pas du tout de ce texte, je pense ne jamais l'avoir lu.
Mais j'aime ce que tu as écrit malgré la contrainte des mots imposés...
Une vie à construire, une vie à récrire ensuite, sûrement.
Je viens de recevoir un récit de vie, écrit par ma demie-soeur, et, une fois encore, je me rends compte de ce que nous bâtissons avec nos souvenirs... ils divergent tant...
J'ai l'impression que nous n'avons pas eu la même mère.
Est-ce parce que j'ai voulu l'idéaliser ?
Est-ce parce que je n'ai pas eu le temps de bien la connaître et que je n'ai gardé que les bons moments ?

... rien n'est simple et là encore, je suis désemparée.
L'Indochine, comme tu le sais, est de mes souvenirs, même si je n'en ai aucune image...

Passe une douce journée. Je t'embrasse fort.
Répondre
J


c'est un partage très personnel que tu offres là. Oui j'ai lu aussi tes pages sur ton enfance même si je ne sais plus si j'y ai déposé des commentaires


Tu sais, je suis la "petite dernière", née 5 ans après l'avant dernier qu'une maladie brève et fulgurante a emporté à l'âge de 10 mois. Alors pour des raisons de maturité, d'âge et de
circonstance, je n'ai pas eu non plus les mêmes parents que mes frères et soeurs aînés


Belle journée Quichottine



E
Une très belle histoire, très émouvante, j'aime beaucoup.
Répondre
J


du vécu



M
Merci d'avoir réédité ce très beau et émouvant texte !
Bonne soirée - bisous
Monelle
Répondre
J


une histoire vécue. L'un de mes premiers souvenirs.



L
Une belle histoire, émouvante et comme j'aimerai que ma propre famille...bon c'est une autre histoire....
Mais tu recycles et tu fais bien car ce sont des textes que je ne connais pas arrivée bien après !
avec le sourire
Répondre
J


Tu sais, ce petit texte de peu et qui dit si peu de choses en a interpelé quelques uns ...


belle journée



E
Merci Jeanne pour l'évocation de ce précieux et émouvant souvenir. C'est beau !
Répondre
J


Je comprend qu'il soit difficile de parler de vécu difficle pour ceux qui reviennent des pages douloureuses ou tragiques de l'Histoire. Poutant ces non-dits poreux s'expriment autrement et c'est
lourd de conséquence pour les générations qui suivent. L'actualité en serait-elle différente si une parole libératrice avait pu apaiser les plaies ? (là je ne parle pas pour notre histoire
familiale mais de l'Histoire de la planète)



J
Je découvre ce défi et ton récit Jeanne... la vie des uns et des autres, et comme l'a dit Brunô... magnifiquement écrit... Bises, jill
Répondre
J


c'est vrai que le virus du bloging ne t'avait peut-être pas encore atteint mais sûrement plus pour longtemps bises et belle journée



V
ha oui les deux parlent de la mer et d'un marin l'un revient l'autre part vers où? mystère

bises de bonne journée :)
Répondre
J


Dans ce billet, c'est le retour de mon grand frère d'un long service dans la marine. Je suis née pendant son absence et ici je décris le jour où l'on se découvre (j'ai à peine 3 ans ... il y a
bien bien longtemps de cela)


bises et merci d'être venue jusqu'ici



G

Je suis toujours rêveuse devant le pouvoir des mots et la force de l'imagination (peut-être, parfois, souvent, aiguisée de souvenirs)...
Répondre
J


C'est ma vision d'un événement qui a réellement existé. J'ai dans l'ensemble assez peu d'imagination ...



C

Bonjour Jeanne,
Quelle belle histoire... beaucoup de sensibilité et d'amour dans tes mots qui sentent le vécu mais peut être que je me trompe...
Bonne journée.
Chipie


Répondre
J

non, non, tu ne te trmpes pas.
Belle soirée


L

un  texte magnifique, dans lequel on ne sent pas la contrainte des mots... une belle page de vie,digne d'un grand roman... Bravo Jeanne... c'est super...bisous et bonne journée  !


Répondre
J

une page de vie réelle, c'est l'un de mes premiers souvenirs, très fugace, mais le moment exceptionnel en explique sans aucun doute l'empreinte qu'il a laissé.
Belle journée Bigronette


E

Heureux " les mots " qui nous font lire de si belles histoires..certains textes nous donnent l'impression d'avoir vecu ces évènements directement ou dans notre entourage.

je te souhaite un bon we et je suis heureuse d'avoi partagé ce court instant.


Répondre
J

c'est un témoignage direct d'un de mes premiers souvenirs d'enfant. Ils sont nombreux, les garçons des familles à être partis en Asie autour des années cinquante. Et leur retour, quand ils
revenaient, étaient un soulagement.


A

Très émouvant...
les larmes n'étaient pas loin de couler, et je vous en remercie.
(Bin oui, j'aime pleurer autant que rire aux belles histoires !)

Bien à vous, bon week-end


Répondre
J

il y en a qui reviennent ... (sourires) juste pour passer et pourtant prendre en main sa vie d'homme. et il ne devrait y avoir aucune gêne à pleurer d'émotion, ceux qui ne savent plus ou n'osent
pas sont un peu infirmes;
sur les blogs, on se tutoye, mais il n'y a aucune obligation;
belle fin de semaine


F

très beau texte de retrouvailles émues! superbe! On aune eimpression de vécu ! bises


Répondre
J

c'est du vécu, avec la fragilité des souvenirs quand on est aussi jeune. Bises et beau dimanche


O

C'est un texte très émouvant que tu as écrit là Jeanne et je l'ai lu avec énormément de plaisir.
C'est le troisième texte que je lis avec la contrainte d'écrire proposée par Bruno et je me régale chaque fois de la variété des histoires. Ce n'est que du bonheur de vous lire toutes. Bravo à toi
Jeanne ! 


Répondre
J

c'est l'intérêt de ces consignes collectives : chacun y apporte des participaztions fort différentes.
Merci bises et belle fin de semaine Oxygène


C

je ne connaîs pas les croqueurs de mots mais ce que je comprend c'est que tu as merveilleusement utilisé les mots proposés et ton texte est très beau
bonne journée Jeanne


Répondre
J

merci Christiane, belle fin de semaine, bises


F

une bien belle histoire, j'aime beaucoup, écrite de ta belle plume aux accents de sensibilité


Répondre
J

J'ai toujours cette image dans ma tête. Un de mes premiers souvenirs; mais quel souvenir.


P

j'aime beaucoup ce retour au bercail, on était tentés de partir tous en voyage, tu as fait revenir le grand frère , émouvant, un page de roman, et une photo d'époque comme j'en ai vu souvent dans
les albums de mes parents ou grands parents, les marins c'était de famille, un bon retour pour moi vers les souvenirs de l'enfance  merci


Répondre
J

merci de ce commentaire qui me touche. Les histoires singulières font souvent écho à d'autres histoires. C'est en cela que les témoignages nourrissent la connaissance de l'Histoire.


B

Magnifique récit empli de sentiments et d'amour, une expérience, une leçon d'une vie, de la vie !
Merci de cette belle participation Jeanne.
Bises


Répondre
J

merci à toi Brunô d'agiter les neurones ...
belle fin de semaine


P

Quel joli récit rempli de tendresse. J'aime beaucoup . Bises et Bonne Soirée.


Répondre
J

merci belle fin de semaine


M

histoire vraie? je crois reconnaître certains .... en ts cas belles histoires d'amour que celle là !
et belle photo ! encore une !


Répondre
J

Oui évidemment. il y en a qui ont été sauvées.


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