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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 07:00

Lénaig, la barreuse des CROQUEURS DE MOTS de la quinzaine nous fait voguer sur les vagues calmes ou agitées de la nuit.

 

J'ai bien vite songé au si beau poème de Victor Hugo, Booz endormi, récité par Gérard Philippe. Mais peut-être d'autres croqueurs vont-ils le mettre en ligne.


Voici, sans doute moins connu, sans doute moins flamboyant mais ô combien émouvant d'une poétesse dont j'ai longtemps ignoré jusqu'au nom, bien qu'elle ait eu une petite place dans Le tome du XIXème siècle du Lagarde et Michard.

 

Titre de la section :

"Les romantiques mineurs"

Introduction à ce poème : "Comme chez Lamartine, on trouve chjez Marceline Desbordes-Valmore une vive tendresse pour le pays natal (la région de Douai). Cette pièce illustre assez bien les qualités et les défauts de sa poésie : sentiments sincères, lyrisme spontané, mais à côté de belles réussites, certaines maladresses dans l'exécution. [...]

 

Et si je vous disais que ce sont justement ce qui est qualifié de maladresses qui me plait chez cette poétesse qui cherche peut-être à faire sauter certains carcans des canons de la poésie de l'époque, comme un avant goût d'émancipation vers la liberté des femmes.

 

 Rêve intermittent d'une nuit triste

 

Ô champs paternels hérissés de charmilles,

Où glissent le soir des flots de jeunes filles !

 

Ô frais pâturage où de limpides eaux

Font bondir la chèvre et chanter les roseaux !

 

Ô terre natale ! à votre nom que j'aime,

Mon âme s'en va toute hors d'elle-même ;

 

Mon âme se prend à chanter sans effort,

A pleurer aussi, tant mon amour est fort !

 

J'ai vécu d'aimer, j'ai donc vécu de larmes ;

Et voilà pourquoi mes pleurs eurent leurs charmes :

 

Voilà, mon pays, n'ayant pu mourir,

Pourquoi j'aime encore au risque de souffrir ;

 

Voilà, mon berceau, ma colline enchantée

Dont j'ai tant foulé la robe veloutée,

 

Pourquoi je m'envole à vos bleus horizons,

Rasant les flots d'or des pliantes moissons.

 

La vache mugit sur la pente douce,

Tant elle a d'herbage et d'odorante mousse,

 

Et comme au repos appelant le passant,

Le suit d'un regard humide et caressant.

 

Jamais les bergers pour leurs brebis errantes

N'ont trouvé tant d'eau qu'à vos sources courantes.

 

J'y rampai débile en mes plus jeunes mois,

Et je devins rose au souffle de vos bois.

 

Les bruns laboureurs m'asseyaient dans la plaine

Où les blés nouveaux nourrissaient mon haleine.

 

Albertine aussi, soeur des blancs papillons,

Poursuivait les fleurs dans les mêmes sillons ;

 

Car la liberté toute riante et mûre 

Est là, comme aux cieux, sans glaive, sans armure,

 

Sans peur, sans audace et sans austérité,

Disant : " Aimez-moi ! Je suis la liberté !

 

[ ... ]   

Marceline Desbordes-Valmore, 1786 - 1859,

 Poésies inédites*, 1860

 

 

Un clic sur le lien vous permettra de voir le poème dans son entier.

* Comme il s'agit d'une publication posthume, quoique très proche de sa mort, sa date d'écriture suggérée ça et là, 1859, n'a aucun caractère de certitude.

 

Voir aussi le site de l'association Marceline

 

Over-blog ou Internet est paresseux pour mettre en ligne une photo que j'ai pourtant déjà dans mes dossiers. Tant pis, pour l'illustration. Le texte de Marceline Desbordes-Valmore est suffisamment suggestif pour vous laisser la liberté de créer votre propre paysage intérieur.

 

Un signe des fées ?

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commentaires

Caroline.K 28/01/2011 22:01



Bonsoir Jeanne,


Elles sont si nombreuses les poétesses talentueuses et méconnues. C'est formidable de mettre "sa nuit" en lumière.


Tu as raison, parfois il faut se faire sa propre image.


Caroline



Jeanne Fadosi 30/01/2011 12:01



ben oui. Normal, on ne peut pas être au fourneaux, le balai à la main, sortir les poubelles, élever les mômes, broder, peindre, faire de la musique pour l'ambiance, recevoir les amis du ...,
laver le linge, travailler, soigner, consoler ... être la mère, la fille l'amante, l'esclave, la sainte de service et idéale ... et avoir la prétention de penser, encore moins de poétiser, et
encore moins de publier ses écrits ... quant à bénéficier d'un pub de reconnaissance ...
Elles sont rares les femmes qui ont accédé à cette possibilité d'écrire ... bien elles l'auraient fait. et de le faire savoir ...



Quichottine 25/01/2011 20:04



D'accord avec Tricôtine quant à la tristesse de ce poème... et avec toi pour les précisions que tu lui donnes.


 


J'aime bien ce poème, que je ne connaissais pas et que je te remercie de m'avoir fait découvrir.


 


Passe une belle soirée. Bisous.



Jeanne Fadosi 26/01/2011 17:53



Oui, je ne le trouve pas triste non plus mais si elle le met dans son titre ... à mloins que ce ne soit ses héritiers puisqu'il fait partie d'un recueil publié juste après sa mort si j'ai bonne
mémoire (toute fraiche). La tristesse serait alors celle du ou de la testamentaire.
Belle fin de journée. Bises



Tricôtine 20/01/2011 22:10



je ne trouve pas cela si triste...malgré le titre ! une certaine mélancolie, mais un bien bel amour de son pays et de son enfance  dans les plaines !! ou alors je suis complètement assommée
de sommeil !!!  j'aime beaucoup ce poème !! bizzzoux Jeanne



Jeanne Fadosi 24/01/2011 11:20



Moi non plus je suis d'accord avec toi. Je ne sais pas pourquoi elle a donné un tel titre à ce poème. peut-être parce qu'elle écrit en fait pour sa fille qui lui semble trop lointaine ... mais ce
n'est qu'une hypothèse ...
Bises Tricôtine



Eglantine 20/01/2011 19:29



je connais l'auteur mais pas le poème...faute de photo les phrases sont suffisament expressives pour que chacun
puisse imaginer à sa façon.


c'est un très beau poème que j'ai relu une deuxième pour le plaisir .



Jeanne Fadosi 26/01/2011 19:04



Ravie que ce poèeme t'ai plu. J'aime bien cette poétesse un peu trop laissée de côté



Catheau 20/01/2011 19:29



Une belle errance nocturne vers la liberté.



Jeanne Fadosi 05/02/2011 20:35



celle des femmes est bien précaire quand elle existe ...



Jean-Pierre 20/01/2011 16:22



Merci pour ce poème



Jeanne Fadosi 20/01/2011 19:09



et merci pour le texte de René Char



Anne Le Sonneur 20/01/2011 12:37



Un très beau poème et tant pis pour ceux qui la croit mineure... Bonne journée. Anne



Jeanne Fadosi 05/02/2011 20:38



Certes, mais ce qui est dommage, c'est qu'on ne la fasse pas davantage connaître.
Belle fin de semaine



Christiane 20/01/2011 11:25



J'apprends à aimer la poésie grâce à toi Jeanne merci.


Bisous et bonne journée



Jeanne Fadosi 05/02/2011 20:39



A petites doses c'est du bonheur ... et il est d'autres loisirs qui le permettent aussi.
Bises et belle fin de semaine



Lenaïg Boudig 20/01/2011 10:54



Bonjour Jeanne. Comme je suis contente, bravo pour ton exposé, ta présentation de Marceline Desbordes-Valmore, son poème et ton évocation (indispensable, quand on y pense) du Booz endormi de
Victor Hugo. Mes Lagarde et Michard sont chez ma maman, dans ma maison natale et je n'ai pas pu cette fois les consulter, tu l'as fait !


Merci beaucoup pour les liens. Douce journée à toi, bises !






Jeanne Fadosi 05/02/2011 20:41



J'ai gardé ces livres et ils ont bien failli partir. Je suis toujours surprise d'y découvrir des textes que je n'avais pas lu à l'époque. On parait à l'essentiel et le temps n'était déjà pas
extensible même si on s'en rendait moins compte.
Bises



patriarch 20/01/2011 10:28



J'ai eu peu de tremps pour me pencher sur la poésie, alors je remercie ceux qui comble cette lacune.....Bises



Jeanne Fadosi 05/02/2011 20:43



Je ne sais pas pourquoi la poésie n'était pas bien considéré dans l'éducation des garçons ... mais parallèlement, j'ai peu étudié la physique ...


Bises et beau dimanche



ABC 20/01/2011 10:07



Un poète que j'aime en souvenir de mon Père qui déclamait souvent ses vers, émotion !



Jeanne Fadosi 05/02/2011 20:44



un moment d'émotion, merci de ce partage ...



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