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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 06:00

Texte inspiré par la photo de miletune un peu en prolongement du prénom de ce mercredi Damon, le chiffonnier

77a-pour-milletune.jpg

Allongé dans la lumière du midi, il ressemble à un vacancier posé sur ce banc. Si ce n'est la petite voiture à bras. Il l'a laissé un peu plus loin, hors champ, mais 

à portée de son regard. C'est son seul bien, avec sa besace. Alors, il ne la perd jamais de vue.

 

Envie d'une pause sous ce soleil carnassier. Il a vu le banc libre, aucun garde ni chaisière alentours. Quelques instants dans la fontaine. Fraîcheur bienfaisante. Ah vous pensiez que c'était pour se nettoyer les pieds ?

 

Il aurait bien aimé s'allonger sur l'herbe. C'est ce qui lui est le plus familier. Mais dans ce lieu du ban des villes, même si l'oeil ne le voit pas immédiatement, l'herbe est sale. Oui sale des pluies acides ; sale des pipis des chiens et des chats. Sale des crachats et des trop-plein de canettes ...

 

Et surtout, surtout, c'est un gigantesque cendrier plein de mégots.

 

Le chemineau regrette d'avoir emboîté le pas de son père. Il lui avait fait miroiter une vie, chiche c'est vrai, il ne l'avait pas trompé là-dessus, mais aussi une vie libre, et proche d'une nature encore accessible.

 

La nature accessible, ce n'est plus que ces terrains laissés à l'abandon ou, par chance, tranformés en espaces verts avec d'immenses pelouses et quelques bancs.

 

Les prés ont disparus avec les haies, les champs, cultivés, le plus souvent interdits aux promeneurs, et avec quelle énergie ! Alors les gens de son espèce pensez donc ! les chemins trop souvent se perdent dans des labours abusifs.

 

Son métier n'est plus ce qu'il était ! La ville n'en finit plus de coloniser la campagne dans un entre-deux indéfinissable. Impossible de faire du porte-à-porte dans ces nouveaux immeubles dressés en barres immenses, voire en tours à l'assaut du ciel. Leurs habitants, de toutes façons n'ont pas eu le temps d'accumuler de vieilleries.

 

Les villageois et les fermes isolées de maintenant lui sont moins accueillants. Heureusement, il y a les vieilles connaissances et leurs enfants qui l'accueillent encore joyeusement.

 

Il a fouillé dans les nippes et trouvé cette chemisette. C'est vrai, le col est bien rapé, mais elle fera encore l'affaire.

 

Ce magazine est de l'année dernière, tiens,il y a un feuilleton sur les chemineaux. Et plusieurs numéros qui se suivent. Voyons voir comment ils se figurent notre vie ces écriveux.

 

Ce que le journal livre par épisodes, c'est un ancien roman de la comtesse de Ségur "Diloy le chemineau". La pile comprend la série qui lui permettra de suivre l'histoire. Enfin, avec quelques trous. Mais la chaleur et la fatigue l'écrasent trop. Sea paupières sont si lourdes. Tant pis pour le cadre de la photo, il se lève, déplie sa carcasse rouillée, rapproche la charette pour l'avoir tout près de lui. Dispute le banc à deux pigeons.

 

Maintenant, il peut se laisser aller à dormir. toujours d'un oeil. Il pourrait, en ces heures écrasantes, baisser la garde ... Personne ne s'aventurera comme lui dans cette chaleur avant les premières heures du soir. 

 

C'est là tout le paradoxe, il n'y a personne pour le lui dire.

Jeanne Fadosi, jeudi 7 juin 2012 pour miletune


the-vagabond-1845 Gustave courbet

Le chemineau, Gustave Courbet, 1845

musée de Dole Jura

.

 

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commentaires

M

Bonjour Jeanne,


La vie n'a jamais été facile. Mais j'ai l'impression qu'elle devient de plus en plus inhumaine.


Merci pour ce billet.


Bises


Martine
Répondre
J


à l'échelle du temps court d'aujourd'hui tu as peut-être raison. Mais je doute que la vie ait été plus humaine du temps de la construction des cathédrales. Encore que ce sont les corporations et
les solidarités ouvrières qui ont permis de sortir du système féodal. Il faudra encore attendre pour l'abolition toute relative des privilèges


bises et belle journée



Q

Merci pour ce très beau texte.


Revenir à Madame de Ségur et à Courbet, cela me touche beaucoup.


 


Les temps ne sont plus ce qu'ils étaient, ni  à la ville ni à la campagne, et ceux qui cheminent sans abri sont toujours mal lotis.


Bisous et douce soirée, Jeanne. Encore merci.
Répondre
J


J'ai oublié de le préciser sous le billet, c'est toi qui m'a fait penser à Diloy dans un commentaire au prénoms du mercredi (et c'est un de rares livres de la comtesse de Ségur que je n'ai pas lu
en fait)


bises et belle fin de dimanche (malgré la pluie)



S

Chez nous aussi ils ont disparu. Bravo pour le récit, bien réussi.
Répondre
J


ce sont des métiers de misère. Leur disparition n'est pas forcément à regretter, du moins dans les conditions qui étaient les leurs


merci pour ce gentil commentaire



M

Une belle étude sur l'évolution de la société. Et le tableau de Courbet pour appuyer le texte est vraiment beau. Excuse-moi Jeanne, j'ai fait une mauvaise manip sur mon blog et effacé ton
commentaire. Déjà les mauvaises manières d'une star! Alors j'en profite pour te remercier de ton passage. 
Répondre
J


oh ne t'inquiètes pas pour si peu. C'est une manip qui peut arriver


bises et belle fin de dimanche



P

Oui... nous en avons qui font les poubelles avant que les éboueurs passent..


belle journée. Bises
Répondre
J


C'est vrai et c''est triste, mais c'est encore plus triste de le leur interdire alors que les poubelles des marchés regorgent de choses récupérables


bsies



S

Un personnage qui touche d'amblée et le constat d'un environnement dégradé à l'image de notre société qui se néglige. Tes descriptions réalistes de notre environnement et l'évolution d'un être
que l'évolution de notre société a exclu ne nous surprennent pas mais nous donnent ce goût amer que seule une réalité nous sert lorsque nous ne sommes plus acteurs de nos vies. A bientôt. Suzâme
Répondre
J


Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous ne sommes pas acteurs de nos vies. Mais nous pouvons toujours agir à la marge et c'est déjà cela


merci de ton passage et à bientôt 



M

Un très joli texte qui reflète beaucoup de vérités... c'est vrai que plus personne ne respecte plus rien... sauf queques uns... comme nous !!!


Bonne journée - bisous



Répondre
J


Je parle souvent du passé dans mes textes, c'est vrai et si je souligne souvent aussi ce qui se détériore au présent, je ne voudrais pas qu'on se méprenne. Le passé n'était en rien enviable par
rapport au présent, je déplore simplement qu'on ajoute souvent de nouvelles manières à critiquer au lieu de préserver ce qui était mieux en améliorant tout ce qui est à améliorer.


La misère des journaliers qui se déplaçaient de village en village sans jamais pouvoir faire de projets au delà du lendemain, celui des vagabonds qui vivotaient des vieux chiffons, c'était une
autre forme d'exploitation et les pauvres et les "étrangers" (ceux qui n'étaient pas de son village) étaient observés avec méfiance voire malveillance.


Ainsi va le monde, avec ses mesquineries au fil des siècles


Constat amer. Heureusement que tous les humains ne se comportent pas ainsi


Bises et belle fin de semaine



J

Lu hier sur miletune Jeanne !  Bienvenue là aussi... merci pour ce prolongement... Cet homme n'existe plus chez nous en tous cas, dans le tiers monde ma main à couper
!   Bon vendredi... JB, bizzz
Répondre
J


hihihi, ton raccourci dans l'expression est surprenante. Dans d'autres pays il en existe encore c'est sûr


bises et belle fin de semaine



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