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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 02:00

 

Jill Bill, capitaine du défi n°102 des CROQUEURS DE MOTS pour la quinzaine nous envoie faire de l'humour (ou pas) sur une mer d'huiles, d'aquarelles, de sépias etc, nous laissant la liberté des escales en poésie, avec ou sans peinture. Certes, Francis Jammes ne fait sans doute pas d'humour en posant ainsi ses mots sur le tableau de Gauguin. Peut-être ne le connaissait-il pas d'ailleurs, mais ils vont bien ensemble, non ?

 

Vieille marine…

 

Vieille marine. Enseigne noir galonné d’or

qui allais observer le passage de Vénus

et qui mettais la fille du planteur nue,

dans l’habitation basse, par les nuits chaudes.

 

C’était d’une langueur, c’était d’une tiédeur

de fleurs blanches qui, près de vasières, meurent.

La bien-aimée était apathique et songeuse,

avec un collier noir à son cou de tubéreuse.

 

Elle se donnait ardemment, et vos rendez-vous

avaient lieu dans la petite chambre basse

où étaient tes cartes et tes compas

et le daguerréotype de tes petites sœurs.

 

Tes livres étaient le manuel d’astronomie,

le guide du marin et l’atlas des végétaux,

achetés à la capitale, dans une librairie

dont le timbre était un chapeau de matelot.

 

Vos baisers se mêlaient aux cris du large fleuve

où traînent les racines des salsepareilles

qui rendent l’eau salutaire à tous ceux

qu’atteint la syphilis dans ces contrées du soleil.

 

Vous cherchiez, dans l’obscurité des étoiles,

le frisson langoureux d’une mer pacifique,

et tu ne cherchais plus, dans le ciel magnifique,

l’éclipse mystérieuse et noire.

 

Un souci, cependant, à ton œil lointain,

ô jeune enseigne ! errait comme un insecte en l’air.

Ce n’était point la crainte des dangers marins

ou le souvenir des dents serrées des matelots aux fers.

 

Que non. Quelque duel de ces vieilles marines

avait, à tout jamais, empoisonné ton cœur.

Tu avais tué l’ami le plus cher à ton cœur :

tu gardais son mouchoir en sang dans ta poitrine.

 

Et, dans cette nuit chaude, ta douleur

ne pouvait s’apaiser, bien que, douce et lascive,

la fille du colon, évanouie de langueur,

nouât au tien son corps battu d’amour et ivre.

 

Francis JAMMES, "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir", 1898

 

Francis Jammes, poète et écrivain, 1868 - 1938

Paul Gauguin, artiste-peintre, 1848 - 1903

 

Paul Gauguin- Manao tupapau (The Spirit of the Dead Keep Wa

Paul Gauguin, L'esprit des morts veille, huile sur toile, 1892

 

post scriptum : en prolongement ... Ici

.

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commentaires

Q
Oui... j'ai oublié. Les bugs. :(

Mais hélas, il y en a partout. (j'ai testé aussi sur d'autres plateformes)
Répondre
J


chaque plateforme a ses défauts et ses qualités. J'aimerais surtout que cela bouge moins vite. Mais 5 ans de blog dans les mêmes conditions dans ce monde éphémère c'est déjà beaucoup je trouve



Q
Je te comprends tout à fait... Ce qui est terrible, c'est que l'ancien OB était parfait et qu'avec le nouveau, nous allons faire un grand pas en arrière. :(

Bises et douce journée.
Répondre
J


tout était parfait ? Oublié déjà les bugs récurrents ?


sourires ... le monde du web est imparfait. comme dans la vraie vie en somme ...


bises



S
Bonjour je vais voir merci pour l'info et le lien bisous evy
Répondre
J


Quichottine est de bonnes ressources souvent



Q
J'ai lu ta réponse à Evy...

En ce qui concerne les commentaires, il y a la solution utilisée par Iv-Oam qui marche parfaitement.

http://iv-oam.overblog.com/afficher-les-anciens-commentaires-ob-avec-disqus

C'est la fonction qu'il utilise.
Si tu regardes sa fenêtre de commentaire, il y a un menu déroulant qui te permet de ne recevoir que la réponse à ton commentaire... et c'est plutôt bien. :)

Le blog d'Iv-Oam a plein d'aides concernant la nouvelle version et des comparatifs intéressants.
Répondre
J


en prenant ma retraite, il y a quelques années déjà, je me suis fait la promesse de ne plus mettre les mains dans le moteur (autrement dit faire de la programmation). L'ordinateur et internet
doivent être interfacés de telle sorte que l'on ne soit pas obligé de passer derrière la caméra et que l''usage en soit transparent pour un utilisateur lambda. Mais merci pour le lien


bises et belle fin de semaine



A
Salut

un beau texte et une peinture un peu noire.

Amicalement Votre

Vincenzo
Répondre
J


oui le texte aussi est noir !


belle fin de semaine



F
un joli poème
Répondre
J


Bien différent du seul que je connaissais de Francis Jammes auparavant "J'aime l'âne si doux", dont je ne connaissais que le fragment appris à l'école d'ailleurs.


Bises et belle journée



S
Jolie comme toujours je continue l'aventure sur OB kiwi la nouvelle plateforme je te met les liens je garde mon blog sirène jusqu'à ce qu'il arrête bonne soirée bisous féerique Evy

Mon autre blog OB Kiwi:
http://l-univers-magique.over-blog.com/

Mon blog Images OB Kiwi:
http://le-jardin-d-evy.over-blog.com/

Mon blog défi " plume de poète "
on continue l'aventure sur OB Kiwi:
http://plume-de-poete.over-blog.com/
Répondre
J


Bonjour Evy. j'aimerais savoir si l'aventure sur kiwi se passe bien côté technique.


Ce que je reproche pour l'instant (travers de toutes les autres plateformes aussi il me semble) c'est que pour savoir si on répond à nos commentaires, il faut subir les notifications de tous les
commentaires suivants.


Pour ne pas inonder ma boite de courriels superflus, du coup, je décoche la case me prévenir en cas de réponse. mais de ce fait je ne connait pas la réponse. Aller répondre sur le blog
commentateur ne résoud pas le problème : d'une part, je ne me souviens pas forcément du commentaire et de son contexte, d'autre part si on met un commentaire public, la discussion peut être
intéressante pour les autres lecteurs.


En revanche, je ne sais pas trop comment gérer les commentaires standards diffusés sur une liste de blogs. Certains peuvent donner des infos intéressantes. J'avais ouvert un billet réservé à cet
usage, mais dans mon souci de simplification en vue de la migration de mon blog, ce billet n'est plus facilement accessible. Je réfléchis à la manière de faire réapparaître.



Q
Une très belle page... Pourtant, j'ai du mal à entrer dans les mots de Francis James.

D'autres poèmes de lui me plaisent davantage.

Mais je suis contente que tu l'aies relié à ce tableau.

Passe ne douce soirée.
Répondre
J


Moi aussi bien sûr. Je n'arrive d'ailleurs pas à le situer, humainement et moralement. J'avais découvert avec étonnement la teneur de son célèbre poème, "J'aime l'âne si doux", dont on apprend à
l'école qu'une petite partie tronquée de l'essentiel de son message et ce message, je ne le partage pas.


je ne sais pas du tout si Francis Jammes connaissait la peinture de Gauguin. Peut-être est-ce des thèmes qui traversent des époques et s'expriment différemment dans les oeuvres artistiques de ce
moment.


Bises et belle journée



A
Bravo d'avoir eu l'idée de rapprocher le poète au peintre, les mots de l'un rejoignent bien l'œuvre de l'autre...
Répondre
J


Même si, comme je le pense finalement, cette similitude est sans doute fortuite. Je n'imagine pas le très austère Francis Jammes connaitre et encore plus apprécier la peinture très nouvelle à
l'époque de Paul Gauguin. Mais je me trompe peut-être


belle journée



S
Tableau et poème c'est un bel ensemble, bravo.
Répondre
J


Le poème m'a immédiatement fait penser aux tahitiennes de Gauguin, mais c'est en en cherchant un sur la toile que j'ai découvert celui-ci que je ne connaissais pas. J'en avais même mis un autre
en illustration dans le brouillon cet "esprit des morts qui veille" est un écho tellement fort de ce poème, même si problablement les histoires qu'ils évoquent l'un et l'autre sont sans doute
différentes. 



R
brrrrrrrrrrr cela donne le frisson ce texte mais j'avoue que je trouve l'ensemble superbement assorti.
Merci pour cette découverte et à bientôt peut être sur mon blog.
bisous
régine ou rosinda59
Répondre
J


oui ce poème est sinistre en effet. Jammes s'adresse directement à qui, et en le tutoyant. J'ai répondu sur certains commentaires que je doutais que le poème soit une réponse au tableau. Mais en
réfléchissant, je n'en suis pas si sûre.


Je pense évidemment à cette tragique brouille entre Gauguin et Van Gogh à Arles. Bien sûr Paul n'a pas tué Vincent. L'a-t-il conduit au désespoir ? Difficile d'en tirer des conclusions. 


bises



M
lisant soudain le titre u tableau après avoir écrit un com je me rends compte que ma compréhension du tableau est erronée, car j'avais écrit ceci:
"je ne goûte pas trop le poême de Francis James mais revenant d e chez Lenaïg je tombe chez toi sur un autre tableau fort troublant....j'ai un peu pitié de cette femme....elle n'a l'air ni comblée
(si c'est après) ni excitée (si c'est avant),on dirait un objet....
c'est ma version et mon ressenti qui ne vaut que dans mon imaginaire à moi...."
j'espère, que dans ma chambre aucun esprit ne rôde,elle n'a aps l'air détendue,la madame!ni sensuelle....j'aime d'habitude assez Gauguin, pour ce que je connais de lui mais là je
suis...perplexe.....
Répondre
J


les écrits, comme les peintures, échapent à leurs auteurs pour s'associer en une subtile alchimie avec le vécu et l'imaginaire de chaque découvreur de l'oeuvre. C'est même sans doute ce qui
différencie les grandes oeuvres des oeuvres moins importantes.


J'aime ton regard sur la peinture. Ne t'en prives pas. Ne nous en prives pas. 



L
Bonjour Jeanne,

Bravo ! Tu as su réaliser la perfection pour ce défi. Le poème et la peinture tout y est. Bises bien amicales.

Henri.
Répondre
J


le rapprochement s'est fait fortuitement, en cherchant une peinture de Gauguin que m'avait évoqué la lecture du poème.


bises et belle journée



P
Ne dit-on pas une femme dans chaque port....... Beau poème... Et belle journée. Bises
Répondre
J


Quelle est la part de mythe et de réalité ... Les femmes n'étaient pas admises à bord et les périodes en mer étaient longues ... eet puis les filles des îles accueillantes peut-être ...


Bises



L
Bonjour Jeanne, merci beaucoup d'avoir rassemblé poème et tableau et de nous faire découvrir les deux. Pour moi en effet, c'est une double découverte. Par exemple, l'Enseigne or et noir hanté par
la mort qu'il a provoquée se retrouve dans les tons du drap du matelas de la femme endormie. Bises.
Répondre
J


Double découverte aussi pour moi, non de Gauguin mais de ce tableau-là. J'aime beaucoup le contraste des couleurs de ce tableau dont le titre est déroutant


Bises



J
ils se completent , c'est joli , merci
Répondre
J


C'est ce qu'il m'a semblé, oui



J
Bonjour Jeanne ! Si ils vont bien ensemble... L'enseigne qui mettait nue la fille du planteur... ah les marins et leur fille dans chaque port dit-on... Merci à toi pour ce jeudi/poésie.... Belle
journée de l'Ascension, jill, bizzz
Répondre
J


Il faut dire que les femmes n'étaient guère admises à bord et que les marins ne faisaient pas souvent excale ...


bises



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