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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 14:00

 

Le jeudi en poésie, ce n'est pas ici, c'est  

 

En marge du jeudi en poésie, je continue à égrener mon Alphabet en poésie,

dimanche avec la lettre V, aujourd'hui avec W (1) et (2),

dans deux ou trois jours avec X.

 

Avec l'approche de la fin de l'alphabet, les possibiilités d'llustrer les dernières lettres se réduisent.

W double V. Les mots du dictionnaire qui commencent par cette lettre sont empruntés à d'autres langues, désignant des lieux intimes (water-closet ou WC, emprunté à l'anglais), plus propices aux mots fléchés qu'à la lecture de poèmes, linges de besognes aussi nécessaires qu'ingrates telle la wassingue (emprunté au flamand) ou destinés aux plus beaux habits tel le wax (emprunté à l'anglais) mesurant la puissance énergétique avec le watt (anglais encore) ou un titre de créance gagé, tel le warrant (anglais toujours), domaine inspirant peu les poètes, peu familiers de tels papiers, encore que certains créanciers auraient eu le nez creux de gager sur la renommée future d'un Verlaine ou d'un Rimbaud ...

 

Ah pourquoi Jacques Brel n'a-t-il pas chanté les Wallonnes, comme il a fait valsé les Flamandes ?

La Walkyrie chante à l'opéra, le western fait son cinéma. Nombreux ont été ou sont les artistes qui cherchent leur inspiration dans le whisky ou d'autres alcools. Apollinaire  mit Alcools en titre de l'un de ces recueils les plus célèbres.

Mais est-il responsable de mettre à l'honneur, une béquille au mal-être, muse quelquefois, mais tant délétère ?

 

J'ai musardé dans le bestiaire de Robert Desnos. Mais je n'y ai trouvé ni wallaby ni watipi.

 

Et comme avec le V je vous avais fait voyager jusque dans la Voie lactée d'Apollinaire, je pensais bien trouver des envolées poétiques avec les trains. Vous voyez où je veux en venir ?

Hmmm ! Je ne croyais pas au succès de ma requête wagon + poésie. Eh bien, je me trompais.

Ce n'est pas un mais deux poèmes que j'ai trouvés. 

 

Deux poèmes que j'ai également envie de partager avec vous.

 

Celui-ci, vous connaissez tous le poète. Peut-être pas ce poème.

Encore moins les circonstances de son écriture.

 

Rêvé pour l'hiver

 

L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

Dans chaque coin moelleux.

 

Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

 

Puis tu te sentiras la joue égratignée...

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le cou...

 

Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,

- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

- Qui voyage beaucoup...

 

Arthur Rimbaud, En wagon, ,

 recopié dans Le cahier de Douai, (deuxième cahier)le 7 octobre 1870.

Arthur Rimbaud a écrit ces vers à l'âge de 15 ans, alors qu'il rentre (en train donc) à Douai chez son professeur de Réthorique, Georges Izambard, au retour de sa première fugue à Paris où il a été cueilli à la gare du Nord et mis en prison pour titre de transport irrégulier. Il faut dire qu'on est à la veille de la bataille de Sedan. Son professeur a payé sa caution et un billet de train et lui a offert l'hospitalité chez ses tantes avant qu'il ne regagne la ferme familiale. Mais déjà, l'adolescent rêve d'autres fugues.

 

Arthur Rimbaud, 1854 - 1891

.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 08:40

 

Mes pas à la recherche d'un univers en poésie m'ont conduit vers la Voie lactée. 

Le poème de Guillaume Apollinaire La chanson du mal aimé, en est l'une des plus puissantes et complexes évocations.

Vraiment ?

Que de possibilités de chemins de mots à illustrer avec la lettre V

Voulez-vous venir avec moi ? Vivre est-ce quitter son voisinage et partir en voyage ?

Il suffirait de soulever le voile, pour mettre à nu, selon, le vice comme la vertu. Qui en est le vainqueur et qui le vaincu ?

La veuve derrière sa voilette ? la nonne juste avant ses voeux ?

Pourquoi tant de vindicte, populaire ou pas, vengeresse ou vaguement panurge ?

Que de vies vivement rompues par la haine vaine. que de volontés agenouillées vainement et provisoirement vaincues !

J'aurais volontiers mêlé ma voix à la trille des oiseaux dans la verdure des prés plutôt que dans les volières des villes sans risquer de vous vriller les tympans comme le font le vrombissement des voitures automobiles.

J'irais soulager ma vessie dans les vespasiennes en voie de disparition.

Je me rêve nageant vigoureusement au milieu des vagues et des voiliers voguant au gré du vent sur le vaste océan, par delà l'horizon.

vers quoi vers où ?

 

Ma quête vers l'univers m'a guidé vers la voie lactée, celle du poème de Guillaume Apollinaire.

Voie lactée. D'où vient-elle, cette expression ? qui désigne une partie de notre galaxie telle le chemin de notre première nourriture ?

 

 

[Voie lactée ... deuxième évocation dans la Chanson du Mal aimé*]

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

Regret des yeux de la putain

Et belle comme une panthère

Amour vos baisers florentins

Avaient une saveur amère

Qui a rebuté nos destins

 

Ses regards laissaient une traîne

D'étoiles dans les soirs tremblants

Dans ses yeux nageaient les sirènes

Et nos baisers mordus sanglants

Faisaient pleurer nos fées marraines

 

Mais en vérité je l'attends

Avec mon coeur avec mon âme

Et sur le pont des Reviens-t'en

Si jamais reviens cette femme

Je lui dirai Je suis content

 

Mon coeur et ma tête se vident

Tout le ciel s'écoule par eux

O mes tonneaux des Danaïdes

Comment faire pour être heureux

Comme un petit enfant candide

 

Je ne veux jamais l'oublier

Ma colombe ma blanche rade

O marguerite exfoliée

Mon île au loin ma Désirade

Ma rose mon giroflier

 

Les satyres et les pyraustes

Les égypans les feux follets

Et les destins damnés ou faustes

La corde au cou comme à Calais

Sur ma douleur quel holocauste

 

Douleur qui doubles les destins

La licorne et le capricorne

Mon âme et mon corps incertains

Te fuient ô bûcher divin qu'ornent

Des astres des fleurs du matin

 

Malheur dieu pâle aux yeux d'ivoire

Tes prêtres fous t'ont-ils paré

Tes victimes en robe noire

Ont-elles vainement pleuré

Malheur dieu qu'il ne faut pas croire

 

Et toi qui me suis en rampant

Dieu de mes dieux morts en automne

Tu mesures combien d’empans

J'ai droit que la terre me donne

O mon ombre ô mon vieux serpent

 

Au soleil parce que tu l'aimes

Je t'ai mené souviens-t'en bien

Ténébreuse épouse que j'aime

Tu es à moi en n'étant rien

O mon ombre en deuil de moi-même

 

L'hiver est mort tout enneigé

On a brûlé les ruches blanches

Dans les jardins et les vergers

Les oiseaux chantent sur les branches

Le printemps clair l'Avril léger

 

Mort d'immortels argyraspides

La neige aux boucliers d'argent

Fuit les dendrophores livides

Du printemps cher aux pauvres gens

Qui ressourient les yeux humides

 

Mais moi j'ai le coeur aussi gros

Qu'un cul de dame damascène

O mon amour je t'aimais trop

Et maintenant j'ai trop de peine

Les sept épées hors du fourreau

 

Sept épées de mélancolie

Sans morfil ô claires douleurs

Sont dans mon coeur et la folie

Veux raisonner pour mon malheur

Comment voulez-vous que j'oublie

 

Guillaume Apollinaire**, La Chanson du Mal aimé, 1903, Alcools, poèmes 1898 - 1913

 

* voir la première évocation à la fin du poème introductif de La chanson du Mal aimé

et la troisième évocation qui termine ce long poème épique.

**Guillaume Apollinaire, 1880 - 1918 (article de wikipedia)

voir aussi son site officiel

voie-lactee-vision-artiste.jpg    

 

(voie lactée, cliché trouvé sur Internet)

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 02:00

 

Le jeudi en poésie, ce n'est pas ici, c'est  

 

Quand j'ai branché mes neurones sur la lettre U, le premier mot qui m'est venu à l'esprit, à mon étonnement postérieur, UTILE.

Avec en arrière plan cette question faisant écho à une injonction reçue dans mon adolescence :

La poésie est-elle utile ?

 

J'aurais pu pourtant penser Utopie, même si je la teinte de réaliste ou Univers et son épithète universel, tenu à distance par des droits fondamentaux mais inappliqués. Nulle part.

 

Je reviens à univers, suite me semble-t-il logique de Terre, en commençant cette introduction, je ne sais pas encore vers quel poème va se porter mon choix.

Mais google, sur la requête basique : "univers + poésie", a conduit mes yeux vers l'astro-physicien Jean-Pierre Luminet et plus précisément sur son site-anthologie Les poètes et l'univers

 

Cet essai, paru Au cherche-Midi en 1996, va sans doute me donner du fil à retordre si je veux l'acquérir en librairie.

Il est, nous dit l'auteur, né autour d'une bouteille de bon vin partagé avec son ami et collègue, et mentor sans doute, l'astronome et poète Jean Orizet.

(Tricôtine me pardonnera s'il ne s'agit pas de sa région de vignobles) Le bon goût est vaste comme l'univers.

 

Mais je n'étais pas au bout de mes peines ! Impossible d'échapper à l'emprise d'un Dieu expliquant l'inexplicable que le poète s'y soumette à genoux, ou qu'il l'interpelle sur l'imperfection "de sa création", sans oublier les délires ésotériques ou new âge !

Peut-être aurais-je trouvé des phrases sublimes dans Giordano Bruno, dans le livre qui l'a conduit à la mort pour hérésie, "De l'infini, de l'univers et des mondes", alors même qu'il a été le précurseur, par le raisonnement philosophique de la révolution copernicienne.

Sans doute aurais-je trouvé une prose poétique chez Hubert Reeves, plus accessible dans Malicorne (1990) que dans Patience dans l'azur (1981) ou Poussières d'étoiles (1984), et sans doute dans L'univers expliqué à mes petits enfants (2011) , ou chez Daniel Tammet dans Embrasser le ciel immense, (2008)        

Deux poèmes avaient finalement retenu mon attention. Non que je partage cette quête d'un Dieu à l'origine de l'Univers, mais pour leur regard sur la Terre et sur l'homme ou les hommes.

 

Deux poèmes en écho, à lire sur poésie.webnet :

 L'univers est un poème ..., sonnet de Léon-Pamphile Le May  qui me semble-t-il connait les vers que victor Hugo a dédié à l'univers ;

L'univers, c'est un livre ... . C'est ainsi que victor Hugo amorce la conclusion (provisoire et suspendue) de son poème-fleuve Dieu, vers la fin de la section VIII de la seconde partie, L'Océan d'en haut.

Version audio ICI

Même si je préfère la subtilité de Victor Hugo à la simplicité soumise de Le May, comment rendre compte du cheminement, des doutes, de la quête longue et sinueuse du grand écrivain, comment réduire sa pensée à quelques vers ? Comment ignorer qu'il a écrit en deux poèmes plusieurs milliers de vers avec La fin de Satan entre 1852 et 1862 environ, pour les laisser finalement inachevés l'un et l'autre, non sans en recycler de larges extraits par la suite. Sa pensée et ses idées, à l'épreuve de sa vie et de l'Histoire, ont considérablement évolué pendant cette période et se sont exprimé dans ses romans et poèmes de la maturité.

 

Je préfère de beaucoup à la conclusion de victor Hugo en forme de certitude, acte de foi balayant tant de pages de questionnement, ses doutes, justement, et son incroyable intuition sur la fragilité de la notion de temps et d'espace (que la physique quantique actuelle commence tout juste à dévoiler).

Il ne faut pas remonter bien loin, encore au début de la section VIII

 

VIII

 

Et je vis au-dessus de ma tête un point noir.

Et ce point noir semblait une mouche dans l’ombre.

 

Comme un vert rejeton sort d’une souche sombre,

Des profondeurs sortait le jour éblouissant,

Je me précipitai vers le point grandissant,

Plus prompt que les oiseaux envolés hors des branches ;

C’était une lumière avec deux ailes blanches ;

Et qui m’avait semblé, lorsque je l’aperçus,

Obscure, tant le ciel rayonnait-au-dessus.

 

Cette clarté disait :

— Pas de droite et de gauche ;

Pas de haut ni de bas ; pas de glaive qui fauche ;

Pas de trône jetant dans l’ombre un vague éclair ;

Pas de lendemain, pas d’aujourd’hui, pas d’hier ;

Pas d’heure frissonnant au vol du temps rapace ;

Point de temps ; point d’ici, point de là ; point d’espace ;

Pas d’aube et pas de soir ; pas de-tiare ayant

L’astre pour escarboucle à son faîte effrayant ;

Pas de balance ; pas de sceptre, pas :de globe ;

Pas de Satan caché dans les plis de la robe ;

Pas de robe ; pas d’âme à la main ; pas de mains ;

Et vengeance, pardon, justice, mots humains.

 

Qui que tu sois, écoute : il est.

Qu’est-il ? Renonce !

Victor Hugo, Dieu, L'Océan d'en haut, VIII, édition posthume 1891

poème inachevé rédigé entre 1855 et 1861

 

 

Comment ne pas comprendre que Jules Laforgue, 1860 - 1887,  connaissait ce texte de Victor Hugo lorsqu'il écrivait ce poème paru dans son recueil Les complaintes en 1885 :

 

Complainte du temps et de sa commère l'espace

 

Je tends mes poignets universels dont aucun 

N'est le droit ou le gauche, et l'espace, dans un 

Va-et-vient giratoire, y détrame les toiles 

D'azur pleines de cocons à fœtus d'Étoiles. 

Et nous nous blasons tant, je ne sais où, les deux 

Indissolubles nuits aux orgues vaniteux 

De nos pores à soleils, où toute cellule 

Chante: moi ! Moi ! Puis s'éparpille, ridicule !

Elle est l'infini sans fin, je deviens le temps 

Infaillible. C'est pourquoi nous nous perdons tant. 

Où sommes-nous ? Pourquoi ? Pour que Dieu s'accomplisse ? 

Mais l'éternité n'y a pas suffi ! Calice 

Inconscient, où tout coeur crevé se résout, 

Extrais-nous donc alors de ce néant trop tout ! 

Que tu fisses de nous seulement une flamme, 

Un vrai sanglot mortel, la moindre goutte d'âme !

 

Mais nous bâillons de toute la force de nos 

Touts, sûrs de la surdité des humains échos. 

Que ne suis-je indivisible ! Et toi, douce espace, 

Où sont les steppes de tes seins, que j' y rêvasse ? 

Quand t'ai-je fécondée à jamais ? Oh ! Ce dut 

Etre un spasme intéressant ! Mais quel fut mon but ? 

Je t'ai, tu m'as. Mais où ? Partout, toujours. Extase 

Sur laquelle, quand on est le temps, on se blase.

 

Or, voilà des spleens infinis que je suis en 

Voyage vers ta bouche, et pas plus à présent 

Que toujours, je ne sens la fleur triomphatrice 

Qui flotte, m'as-tu dit, au seuil de ta matrice. 

Abstraites amours ! Quel infini mitoyen 

Tourne entre nos deux touts ? Sommes-nous deux ? ou bien 

(Tais-toi si tu ne peux me prouver à outrance, 

Illico, le fondement de la connaissance,

 

Et, par ce chant: Pensée, Objet, Identité ! 

Souffler le doute, songe d'un siècle d'été) 

Suis-je à jamais un solitaire Hermaphrodite, 

Comme le ver solitaire, ô ma sulamite ? 

Ma complainte n'a pas eu de commencement, 

Que je sache, et n'aura nulle fin ; autrement, 

Je serais l'anachronisme absolu. Pullule 

Donc, azur possédé du mètre et du pendule !

 

Ô Source du Possible, alimente à jamais 

Des pollens des soleils d'exil, et de l'engrais 

Des chaotiques hécatombes, l'automate 

Universel où pas une loi ne se hâte. 

Nuls à tout, sauf aux rares mystiques éclairs 

Des élus, nous restons les deux miroirs d'éther 

Réfléchissant, jusqu'à la mort de ces Mystères, 

Leurs Nuits que l'amour jonche de fleurs éphémères.

 

Jules Laforgue, Les complaintes, 1885 

800px-Guisard - Milky Way

photo de la voie lactée trouvée sur le net

 

 

 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 02:00

 

La lettre T pourrait aussi bien se décliner avec le temps, celui de la durée et celui des tempêtes, ou avec la tristesse tant présente dans les poèmes ou chercher dans les superlatifs le tant, le trop, le tellement, scruter les étoiles au téléscope, troquer les abréviations à la rime avec le téléphone. J'entends d'ici les esprits tatillons dire on ne respecte plus la langue ... m'enfoncer dans l'immensité tellurique pour m'éloigner des travers de la terre ...

Oui certes, j'aurais sans doute aussi trouvé moult poèmes soulignant la tendresse d'un sourire, ou cette absolue nécessité du toucher pour continuer à exister.

et combien d'autres mots jonglant avec cette initiale téméraire ...

 

Je choisis Jules Supervielle et Tout ce que que l'on peut poser sur ses moTs.

 

 

Le regret de la terre

 

Un jour, quand nous dirons : « C'était le temps du soleil,

Vous souvenez-vous, il éclairait la moindre ramille,

Et aussi bien la femme âgée que la jeune fille étonnée, 

Il savait donner leur couleur aux objets dès qu'il se posait. 

Il suivait le cheval coureur et s'arrêtait avec lui, 

C'était le temps inoubliable où nous étions sur la Terre, 

Où cela faisait du bruit de faire tomber quelque chose, 

Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs, 

Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l'air 

Et lorsque le pas de l'ami s'avançait nous le savions, 

Nous ramassions aussi bien une fleur qu'un caillou poli. 

Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée,

Ah ! c'est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant »

 

Jules Supervielle, Le regret de la terre, Les Amis inconnus, 1934

 

Jules Supervielle, poète et écrivain français né en Uruguay, 1884 - 1960    

 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 06:00

 

Le jeudi en poésie, ce n'est pas ici, c'est      

 

Je vous l'avais annoncé avec le R de rêve. Le silence illustrerait le S.

La solitude aurait tout autant convenu. C'est ma compagne silencieuse et familière. Acceptée et bienveillante, sinon choisie, l'alliée de ma liberté, une solitude intimement, étroitement solidaire des autres, dans ma singularité d'humain.

 

Ecoutez le silence

 

 

Ecoutez le silence

Le silence de la vie

Sourdre sous la feuille

Qui frémit sous l’hiver

Le silence de la paix

Qui murmure sous vos deuils

Qui gémit sous vos peines

Le silence de la nuit

Qui veille sur nos rêves

Le silence de la faim

Apaisée par le pain

Le silence de la soif

Etanchée à la source

A la source de vie

Partagée entre tous

Différents et pareils

Malgré nous solidaires

Sur cette terre finie

A tous et à personne

Le silence de la terre

Où se sont tues les armes

Le silence du ciel

Où se sont tues les bombes

Enfin

Rêve ?

Rêve…

Jeanne Fadosi, 31 décembre 2008

titre donné pour la première mise en ligne sur mon blog : Rêvons encore

 

 

 

 

 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 09:00

 

« La difficulté, ce n'est pas de rêver,

mais d'accepter et de comprendre les rêves des autres. »

Zhang Xianliang, Extrait du Mimosa

 

Pour illustrer la lettre R qui vient après le Q de la quête, j'ai l'embarras du choix.

Entre  rire et  répulsion, entre roi et rustre, rentable et respirable, rassurant ou redoutable, révolte et résignation, rancoeur et résilience, rêve et réel ou réalité ...

Depuis le début de cet abécadaire, pourtant, j'avais l'intention de choisir Rêve,

Et pour l'illustrer, ce poème que j'ai écrit dans les débuts de ce blog, vers la fin de l'année 2008.

Bientôt cinq ans pendant lequel le Monde, l'Humanité, ont tracé leur route.

Avec de grands bouleversements, des espoirs, des retournements ...

 

Rêve

Au monde magique de la nuit enchantée

Rêve éveillé

D'un monde idéal

Sans violence et sans haine

Sans arme et sans poison

Réveil

A l'âpre rugosité du monde réel

Réveillon

Pour l'oublier dans l'ivresse illusoire de la fête

Nous réveillâmes

Au passé simple

Des aubes au crâne brumeux

Futurs trop compliqués de nuits désordonnées

Réveil de l'âme

A l'essentiel

 

Révélation

Au merveilleux du jour qui passe

A la simple beauté du sourire d'un passant

A la douceur d'une gorgée de pluie sur le désert

Au vol de canards noirs dans l'aube grise encore

Rêvons ! Luttons

Ensemble pour et non pas contre

Ou alors tout contre

Rêve ô luciole

Que ta clarté rieuse réchauffe aussi les corps

Que ton rire mutin contamine les coeurs

Révolution

La misère est éradiquée

Sans plus de haine ni de peur

Sans colère ni rancœur

 

Rêve ?

Révolution ?

 

Jeanne Fadosi, décembre 2008

Avec la lettre S bientôt cet autre poème pour compléter celui-ci, écrit quelques jours après, ... en silence :

 

 

 

Et aussi Des images pour des rêves

 

 

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 10:00

 

Le jeudi en poésie, ce n'est pas ici, c'est

 

Avec les mots français, la lettre Q est peu représentée. Ce qui fait le bonheur des champions au scrabble.

Q, champion de la question concrète, du Qui ? et du Quoi ?, enrobé dans le pourQuoi, se met en Quatre et s'affiche en division dans le Quotient, familial ou pas, Quotité réduite au Quart ou é-Quitablement distribuée, pour Qui pour Quoi ? Modéré par le QuoiQue, Qui relativise et subordonne ... les Quartiers aux beaux Quartiers.

De QI en QG et en QHS, je délaisserai la question du raisonnement pour celle de la recherche du sens, quête, toujours recommencée, telle cette magnifique déclinaison selon le grand JacQues, le même avec Qui l'on pourrait encore chanter aujourd'hui Ca va (Le diable).

 

La quête

 

 

Rêver un impossible rêve

Porter le chagrin des départs

Brûler d'une possible fièvre

Partir où personne ne part

 

Aimer jusqu'à la déchirure

Aimer, même trop, même mal,

Tenter, sans force et sans armure,

D'atteindre l'inaccessible étoile

 

Telle est ma quête,

Suivre l'étoile

Peu m'importent mes chances

Peu m'importe le temps

Ou ma désespérance

Et puis lutter toujours

Sans questions ni repos

Se damner

Pour l'or d'un mot d'amour

Je ne sais si je serai ce héros

Mais mon cœur serait tranquille

Et les villes s'éclabousseraient de bleu

Parce qu'un malheureux

 

Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé

Brûle encore, même trop, même mal

Pour atteindre à s'en écarteler

Pour atteindre l'inaccessible étoile.

Jacques Brel, L'homme de la Mancha, 1968

 

à voir et écouter vidéo sur wat.tv, notamment pour les paroles d'introduction de Jacques Brel.

 

Et un petit clin d'oeil attendri à Jean Rochefort Qui a dû se résigner à ne pas être le Quidam, Le Don Quichotte Qu'il aurait rendu flamboyant.

Peut-être Que le Diable lui en voulait encore de l'avoir légèrement bousculé dans Le diable par la Queue *? Qui sait ?

 

416px-Honore_Daumier_017_-Don_Quixote-.jpg

Don Quichotte par Honoré Daumier, vers 1868

(source wikimedia clic sur l'image pour informations)   

 

* Tirer le diable par la queue est une expression populaire longtemps utilisée maintenant tombée en désuétude, je ne sais d'ailleurs pas pourquoi, car si l'expression ne se dit plus, la réalité de la situation est toujours d'actualité.

 

Tirer le diable par la queue signifie avoir du mal  vivre avec des ressources insuffisantes, avoir des difficultés à subvenir à ses besoins.   

 

 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 11:00

 

Après avoir choisi mère pour illustrer en poésie la lettre M, il ne pouvait guère y avoir d'autre choix que celui-ci.

Mais alors quel poème ? 

Envie d'un peu de légèreté entre deux pensées plus rugueuses, le sujet du père pourrait pourtant me chiffonner, non pas pour le mien ...

 

J'ai choisi une nouvelle fois Victor Hugo. N'ayez crainte. je ne vous conduirai pas avec lui une nouvelle fois sur un champ de Bataille. Je pense que beaucoup se remémorent soudain ce vers

" Donnes-lui tout de même à boire, dit mon père",

Après la bataille, de victor Hugo, à consulter sur poésie.webnet

 

Non, Victor Hugo peut aussi écrire des vers joyeux.  il fait ici allusion à Léopoldine, dans le recueil Les contemplations, publié en 1856, et pour une fois, il y décrit le souvenir d'une habitude heureuse.

 

LE PERE ET LA FILLE

 

Elle avait pris ce pli, dans son âge enfantin,

De venir dans ma chambre un peu chaque matin.

Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère.

Elle entrait et disait : "Bonjour, mon petit père !"

Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait

Sur mon lit, dérangeait mes papiers et riait;

Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.

Alors je reprenais, la tête un peu moins lasse,

Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,

Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent

Quelque arabesque folle qu'elle avait tracée,

Et maintes pages blanches entre ses mains froissées,

Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers...

 

Victor Hugo, Les contemplations, 1856


 

Est-il imaginable, ce père d'une autre époque, qu'on pense symbole de pouvoir et de respect, qui laisse gribouiller et froisser ses manuscrits ? Victor Hugo dans ces lignes, semble être un père presqu'aussi débonnaire que le grand père encourageant quelques années plus tard l'enfance à ne pas toujours se soumettre. (lire ce qu'en pense le Grand-père dans son poème Grand âge et bas âge mêlés)

 

Nous sommes loin, avec lui, de l'obéissance telle une soumission sans plainte. 

Qui s'acceptait d'autant mieux quand elle s'accompagnait de tendresse. Mais si, les humbles n'avaient pas tous la noirceur de certains des personnages d'Emile Zola. Et l'on comprend que l'époque ait préféré les leçons d'humilité de François Coppée (Mon père, sur le site poésie.webnet), pleines de tendresse et de respect pour eux, et sans danger pour le pouvoir en place, aux écrits subversifs de Victor Hugo.

 

Et bien plus encore à ceux des poètes maudits, qui eux, il faut bien le dire, ont crié leur rébellion dans des vers qui nous émerveillent aujourd'hui, mais dont les conduites de vie qui ont nourri leur oeuvre ne sont certes pas des exemples à suivre.

 

C'est vrai, tiens j'aurais pu illustrer la lettre P avec le mot pouvoir. Y a-t-il des poèmes illustrant ce mot ?

 

75mondion55 - reduc

 

L'atelier de Papa

caverne d'Ali baba

Joie d'y être admise

Jeanne Fadosi, dimanche 16 septembre 2012

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 15:00

Comment j'en suis venue à obéissance ? moi qui me définit comme rebelle ?

 

Offrande !

Une évidence après l'offrande à la nature pour la lettre précédente, n'est-ce pas ? 

Un nom bien peu usité pourtant sauf en de rares occasions en particulier lithurgiques. Un sens nommé pour ses usages plus ordinaires don ou cadeau, encore que l'usage actuel du mot "don" va sans doute le faire dévier de son sens et que l'usage actuel des cadeaux à tout va, et ses recyclages au lendemain de noël, va sans doute en dénaturer également le sens du mot.

 

Pour autant, nous gardons le verbe offrir plus volontiers que donner : offrir des fleurs fait plus chic que donner des fleurs

 

et un magnifique poème à vous offrir en lecture, si j'en demande l'autorisation à Esther granek, dont les textes décidément m'enchantent.

 

Mais la vieille dame distinguée m'a, avec le titre de son recueil, conduit sur la piste des ombres, et avec elle, sur la piste des morts violentés par toutes les haines et toutes les guerres. Celles qui disent ou ne disent pas leur nom.

Alors me vient en tête le nom "offense" et avec lui celui, sans fin de vengeance.

 

"Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie,

n'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?"

Corneille, Le Cid


 

De Ô en Oh, le mot d'obéissance me tirait par le bout de l'oreille ...

mais vous le devinez, pas n'importe comment, pas à n'importe quel prix, Ô Ballade de celui qui chanta ..., ça c'est aussi un clin d'oeil au jeudi en poésie sonore.

 

Le poème de Victor Hugo que j'ai finalement décidé de mettre en ligne a été écrit et publié au moment ou Louis Napoléon Bonaparte, candidat du parti de l'ordre, élu président de la 2ème république au suffrage universel en décembre 1848. (faut pas rêver, les femmes n'étaient pas incluses dans cet "univers français"), ayant préparé le retour à "l'ordre monarchique" par le coup d'Etat de décembre 1851, s'est auto-proclamé Empereur.

Victor Hugo, qui ici n'utilise pas encore de métaphore, a payé la liberté de sa plume d'une fuite en Belgique puis à Guernesey, et d'un bannissement. Il ne pourra rentrer en France qu'après la chute du Second Empire en 1870 après la défaite de Sedan contre la Prusse.

 

 

 

VII - A l’obéissance passive

 

 

Ô Dieu, puisque voilà ce qu'a fait cette armée,

Puisque, comme une porte est barrée et fermée,

Elle est sourde à l'honneur,

Puisque tous ces soldats rampent sans espérance,

Et puisque dans le sang ils ont éteint la France,

Votre flambeau, Seigneur ! 

Puisque la conscience en deuil est sans refuge

Puisque le prêtre assis dans la chaire, et le juge

D'hermine revêtu,

Adorent le succès, seul vrai, seul légitime,

Et disent qu'il vaut mieux réussir par le crime,

Que choir par la vertu ; 

Puisque les âmes sont pareilles à des filles ;

Puisque ceux-là sont morts qui brisaient les bastilles,

Ou bien sont dégradés ;

Puisque l'abjection, aux conseils misérables,

Sortant de tous les cœurs, fait les bouches semblables

Aux égouts débordés ;

Puisque l'honneur décroît pendant que César monte ;

Puisque dans ce Paris on n'entend plus, ô honte,

Que des femmes gémir ;

Puisqu'on n'a plus de cœur devant les grandes tâches,

Puisque les vieux faubourgs, tremblant comme des lâches

Font semblant de dormir, 

Ô Dieu vivant, mon Dieu ! prêtez-moi votre force,

Et, moi qui ne suis rien, j'entrerai chez ce corse

Et chez cet inhumain ;

Secouant mon vers sombre et plein de votre flamme,

J'entrerai là, Seigneur, la justice dans l'âme

Et le fouet à la main, 

Et, retroussant ma manche ainsi qu'un belluaire,

Seul, terrible, des morts agitant le suaire

Dans ma sainte fureur,

Pareil aux noirs vengeurs devant qui l'on se sauve,

J'écraserai du pied l'antre et la bête fauve,

L'empire et l'empereur ! 

 

Victor Hugo

Les Châtiments - Livre deuxième – L'ordre est rétabli, 1853

 

Mes sélections pour l'Alphabet en poésie

rose fanée - reduc

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 04:00

 

Cela aurait pu être N comme naître ou naissance, tel ce magnifique poème que Robinson avait écrit pour La petite fabrique d'écriture, A l'aube de l'humanité :

noN, ON n'existe pas, noM, une parcelle d'identité.

Nommer, c'est reconnaître, re-con-naître (re : encore, con (cum) : avec)

Ou N comme nourrir ou nourrice ou nourriture ... pour que naissance nommée ou non se prolonge ...

nourriture, cuillette nourrie du sein sauvage de la nature brute ou moissons et glanages d'une nature cultivée, humanisée ...

dénaturée parfois ... 

 

L'offrande à la nature

 

Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,

Nul n'aura comme moi si chaudement aimé

La lumière des jours et la douceur des choses,

L'eau luisante et la terre où la vie a germé.

 

La forêt, les étangs et les plaines fécondes

Ont touché mes yeux que les regards humains,

Je me suis appuyée à la beauté du monde

Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains.

 

J'ai porté vos soleils ainsi qu'une couronne

Sur mon front plein d'orgueil et de simplicité,

Mes jeux ont égalé les travaux de l'automne

Et j'ai pleuré d'amour aux bras de vos étés.

 

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence

Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,

Ayant pour toute joie et toute connaissance

Votre âme impétueuse aux ruses d'animal.

 

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles

Ma vie a répandu des parfums et des chants,

Et mon coeur matineux est comme une corbeille

Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

 

Soumise ainsi que l'onde où l'arbre se reflète,

J'ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs

Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes

La belle impatience et le divin vouloir.

 

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature.

Ah ! faut-il que mes yeux s'emplissent d'ombre un jour,

Et que j'aille au pays sans vent et sans verdure

Que ne visitent pas la lumière et l'amour ...

 

Anna de Noailles, Le coeur innombrable, 1901*

 

Anna de Noailles, 1876 - 1933

* Le coeur innombrable a été lu en lecture publique dès 1901 par la grande Sarah Bernhardt

mures pas mures - reduc champs au cordeau - reduc

 

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