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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 18:00

 

Je reviendrai sur cette lettre si commode pour dire en langage sms J't'M, chargée de tant de mots porteurs de joies et de douleurs, d'interrogations aussi.

 

Je me contente aujourd'hui de rééditer le texte de Alphonse Daudet

 

"Prenez mon bras, ma mère... il ne faut pas rester là"

Il dit cela très haut, d'un ton si calme et si ferme que tous les rires cessèrent, et que la vieille femme subitement apaisée, soutenue par cette étreinte solide où s'appuyaient les derniers tremblements de sa colère, put sortir du palais entre deux haies respectueuses. Couple grandiose et rustique, les millions du fils illuminant la paysannerie de la mère comme ces haillons de saints qu'entoure une châsse d'or, ils disparurent dans le beau soleil qu'il faisait dehors, dans la splendeurde leur carosse étincelant, ironie féroce en présence de cette grande détresse, symbole frappant de l'épouvantable misère des riches.

Tous deux assis au fond, car ils craignaient d'être vus, ils ne se parlèrent pas d'abord. Mais dès que la voiture se fut mise en route, qu'il eut vu fuir derrière lui le triste calvaire où son honneur restait au gibet, Jansoulet, à bout de forces, posa sa tête contre l'épaule maternelle, la cacha dans un croisement du vieux châle vert, et là, laissant ruisseler ses larmes brûlantes, tout son grand corps secoué par les sanglots, il retrouvait le cri de son enfance, sa plainte patoise de quand il était tout petit : "Mama ... Mama ... "

Le Nabab, Alphonse Daudet, première publication en feuilleton en 1877

 

rendez-vous au billet initial : Une mère, sous la plume d'alphonse Daudet

 

Je n'ai pas trouvé Le Nabab en version papier mais quichottine l'a trouvé en version numérique gratuite et m'en a donné le lien :

http://beq.ebooksgratuits.com/vents/daudet-nabab.pdf

Bonne lecture à ceux que cela intéresse !

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 10:00

 

Là pas d'hésitation ! mais si justement, liberté, mais liberté de quoi ? Chacun est pour sa propre liberté. Et chacun y met des limites différentes de celles de son voisin.

Et puis si cet alphabet en poésie a pris corps sur ces pages, c'est avant tout grâce au plaisir et à la liberté que j'ai de lire des poèmes

Parce que je suis né dans un lieu et une époque qui m'a donné, tôt, mais mieux vaut tard que jamais, l'occasion d'apprendre à lire,

à lire et à écrire,

à lire à écrire et à compter.

à conter aussi, dans d'autres espaces plus intimes.

Ah, ces douces fins de repas où mon grand frère, pour je ne sais plus quel entrainement, ou bien était-ce sans enjeu, nous faisait la lecture de quelques pages. 

Pagnol, que mes petites oreilles pouvaient entendre. puis Maupassant ... pas tout

 

La lecture, source d'autres images  pour Victor Hugo et pour Franz Liszt ...

 

« Après une lecture de Dante »

 

Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie :

Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ;

Forêt mystérieuse où ses pas effrayés

S’égarent à tâtons hors des chemins frayés ;

Noir voyage obstrué de rencontres difformes ;

Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes,

Dont les cercles hideux vont toujours plus avant

Dans une ombre où se meut l’enfer vague et vivant !

Cette rampe se perd dans la brume indécise ;

Au bas de chaque marche une plainte est assise,

Et l’on y voit passer avec un faible bruit

Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.

Là sont les visions, les rêves, les chimères ;

Les yeux que la douleur change en sources amères,

L’amour, couple enlacé, triste, et toujours brûlant,

Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;

Dans un coin la vengeance et la faim, sœurs impies,

Sur un crâne rongé côte à côte accroupies ;

Puis la pâle misère, au sourire appauvri ;

L’ambition, l’orgueil, de soi-même nourri,

Et la luxure immonde, et l’avarice infâme,

Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l’âme !

Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison

Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison ;

Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre,

Le masque grimaçant de la Haine qui souffre !

 

Oui, c’est bien là la vie, ô poète inspiré,

Et son chemin brumeux d’obstacles encombré.

Mais, pour que rien n’y manque, en cette route étroite

Vous nous montrez toujours debout à votre droite

Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons,

Le Virgile serein qui dit : Continuons !

 

Victor Hugo (1802-1885), 6 août 1836, publié dans Les Voix intérieures (1837), XXVII

 

 

livre audio ICI 

 

458px-Jan_Vermeer_van_Delft_003.jpg

La liseuse à la fenêtre, huile sur toile de Johannes Vermeer, 1632 - 1675

source wikimedia, image du domaine public

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 10:00

 

Oui, je sais, ce n'est pas original, c'est dans l'air du temps.

J'aurais pu ou dû choisir ... l'un des mots du lire, livre, lecture, mais lire quoi ? ... Je l'ai d'ailleurs fait au billet précédent L comme lecture

ou la loi qui réglemente les libertés et les non libertés ...

les langages (ou langues) qui donnent la liberté de la rencontre avec les autres, enfin ceux qui comprennent les mêmes, ou avec la lecture ... ou même l'écriture ...

J'aurais pu continuer dans la ligne du bestiaire de Robert Desnos, et vous livrer les larmes de Sabine, ma gentille limace.

 

J'aurais pu remettre en ligne le magnifique poème de Paul Eluard : Liberté

 

Quand il écrivait ces lignes, du fond de sa cellule, le mot liberté avait un goût d'espoir et d'absolu.

En réfléchissant au mot de la lettre L pourtant, je me méfiais du mot liberté, un mot au goût de larmes, de sang, d'argent, de compromissions et souvent de trahisons. Liberté vraiment ? mais liberté pour qui pour quoi ? Libre de dire ici et pas là-bas ?  un mot aux mains sales pour au final déboucher sur d'autres asservissements.

 

Ceux qui me connaissent comprendront sans doute, entre les lignes, mon choix pour cet extrait d'un récit que j'ai été amenée à découvrir à l'occasion de la redécouverte de Valéry Larbaud et de son poème Images

 

 

 

 

Eleuthera1, la liberté, définit la possibilité d'aller où l'on veut. Qu'on soit bête ou homme, le désir d'aller où on veut demeure immuable. Qu'on soit grec ou pas, libre, on ne l'est pas. Ils ne l'étaient pas. Aucun de ces hommes que nous recevions dans nos bureaux ne l'était. Ils ne le seront jamais.Mais ils seront libres de dire ce qu'ils ont à dire. Ils seront libres de dire ce qu'ils veulent croire être leur vérité. Dire est une liberté. Maigre, mais tout de même. Mais Liber - le dieu de la vigne et de la parole - ne les attend pas à la fin. Ils s'en fichent du sens latin, ils s'en fichent d'être épanouis ou fleuris. Ils définissent comme ils peuvent leur liberté. Pour errer où ils veulent. Pour croître comme ils peuvent. Rabougris, difformes, borgnes, entassés les uns sur les autres dans les sous-sols. Ils poussent pendant la nuit, s'enracinent dans une terre qu'ils n'aiment pas mais qu'ils désirent.

Et parfois, un homme parmi tous ces hommes arrive comme une parenthèse, le temps s'arrête, commence l'espoir. On dirait qu'il a compris le mouvement secret des racines, la moiteur de la terre, leur étreinte heureuse, on dirait qu'il a rencontré Liber2.

Assommons les pauvres, Shumona Sinha, éditions de l'olivier pageS 97-98

 

 

1. Eleuthera, grec ancien eleutheros, libre. Eleuthera est aussi le nom d'une île des Bahamas

2. Liber ou Liber Pater, dieu du vin de la vigne et de la fécondité   

 

une autre façon de décliner la liberté (ma liberté intérieure pour les pussy riot)

 

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 16:00

 

Oui, vous pouviez le deviner à la fin de K comme kangourou et kiwi, la tentaion était trop grande de mettre en ligne ce poème terriblement plus-que-parfait dans le sur-réalisme de notre monde kafkaien.

 

Que Langlais ait choisi d'évoquer Kafka ne pouvait que m'encourager jusqu'à l'absurde dans mon envie.

 

La kermesse

 

Avec colère, avec détresse,

Avec ses refrains de quadrilles,

Qui sautèlent sur leurs béquilles,

L'orgue canaille et lourd,

Au fond du bourg,

Moud la kermesse.

 

Quelques étaux au coin des bornes,

Et quelques vieilles gens,

Au seuil d'un portail morne.

 

Avec colère, avec détresse, avec blasphème,

Mais, vers la fête,

Quand même,

L'orgue s'entête.

 

Sa musique de tintamarres

Se casse, en des bagarres

De cuivre vert et de fer-blanc,

Et crie et grince dans le vide,

 

Obstinément,

Sa note acide.

 

Sur la place, l'église,

Sous le cercueil de ses grands toits

Et les linceuls de ses murs droits,

Tait les reproches

Solennels de ses cloches ;

Un charlatan, sur un tréteau,

Pantalon rouge et vert manteau,

Vend, à grands cris, la vie ;

Puis échange, contre des sous,

Son remède pour loups-garous

Et l'histoire de point en point suivie,

Sur sa pancarte,

D'un bossu noir qu'il délivra de fièvre quarte.

 

Et l'orgue rage

Son quadrille sauvage.

 

Et personne, des hameaux proches,

N'est accouru ;

Vides les étables, vides les poches,

Et rien que la mort et la faim

Dont se peuple l'armoire à pain ;

Dans la misère qui les soude

On sent que les hameaux se boudent,

Qu'entre filles et gars d'amour

La pauvreté découd les alliances

Et que les jours suivant les jours

Chacun des bourgs

Fait son silence avec ses défiances.

 

L'orgue grinçant et faux,

Du fond de son armoire

D'architecture ostentatoire,

Criaille un bruit de faux

Et de cisailles.

 

Dans la salle de plâtre cru,

Où ses cris tors et discors, dru,

Contre des murs en lattes

Eclatent,

Des colonnes de verre et de tournants bâtons

- Clinquant et or - décorent son fronton ;

Et les concassants bruits des cors et des trompettes

Et les fifres, tels des forets,

Cinglent et trouent le cabaret

De leurs tempêtes

Et vont là-bas

Contre un pignon, avec fracas,

Broyer l'écho de la grand'rue.

 

Et l'orgue avec sa rage

S'ameute une dernière fois et rue

Des quatre fers de son tapage

Jusqu'aux enclos et jusqu'aux champs,

Jusqu'aux routes, jusqu'aux étangs,

Jusqu'aux meules de méteil,

Jusqu'au soleil ;

Et seuls dansent aux carrefours,

Jupons gonflés et sabots lourds

Deux pauvres fous avec deux folles.

 

Émile VERHAEREN, Les campagnes hallucinées, 1893

 

Émile VERHAEREN, poète belge flamand, 1855 - 1916

 

quelques autres pistes pour alimenter la réflexion :

La kermesse héroïque, film franco-allemand de Jacques Feyder, 1935 (scénario de Charles Spaak ; premier assistant Marcel Carné)

Analyse critique de La kermesse héroïque, sur critikat

Les bourgeois de Calais (une des sources d'inspiration du script initial pour un film muet)

Michel Foucault, Surveiller et punir

Gustave Le Bon, Psychologie des foules

 

ou, pour une "image en poésie" plus légère et souriante de la kermesse :

Kermesse, de Frank Girard, sur le site La poésie française

 

 

331ca83b3f68d848-grand-kermesse-flamande-brueghel-pieter-je.jpg Jan_Brueghel_II_-_Kermesse.jpg 

Kermesses selon les Bruegel : à gauche Pieter Bruegel l'ancien, à droite, Jan Bruegel le jeune (son petit neveu)

(source des images wikimedia, tableaux dans le Domaine public pour leur reproduction)   

 

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 09:00

 

Mais non ! Ce n'est pas la lettre qui me donnera le plus de souci à illustrer ! le dictionnaire en contient quatre pages.

C'est juste que le kangourou et le kiwi me sont venus à l'esprit les premiers.

 

Avec le vague souvenir que Robert Desnos avait dû les fêter dans Chantefables et chantefleurs, et ma mémoire était fidèle :

 

 

Le Kangourou

 

 

Kangourou premier, roi des kangourous,

Ayant accroché son grand sabre au clou

S’assoit dans un trône en feuilles de chou.

 

Sa femme arrivant, pleine de courroux,

Dans sa poche a mis ses fils et ses sous,

Ses gants, son mouchoir et ses roudoudous.

 

Kangourou dernier, roi des kangourous,

Avait les yeux verts et les cheveux roux.

Sa femme peignait son royal époux.

 

Kangourou le Roux, roi des kangourous,

Kangourou dernier, kangourou le Roux.

 

Robert DESNOS, Recueil : "Chantefables", publication posthume dans Chantefables et chante fleurs, 1970

 

Robert Desnos, 1900 - 8 juin 1945

 

La belle surprise aussi de voir que des écoles Robert Desnos avaient produit des textes dignes de leur prestigieux parrain.

Près de Nancy ...

 

Sauce fruits

 

Un kiwi picore tranquillement des bouts de mandarine sur les marches couleur fraise de l’école. Un chat citron vert l’aperçoit, lui saute dessus et lui griffe l’aile. Du sang couleur framboise coule. Le kiwi ne peut plus voler. Il va se cacher dans l’oranger du voisin. Celui-ci, attendri par le volatile couleur pomme avec du sang framboise décide de lui venir en aide.

Apolline  

 Ecole Robert Desnos de Aingeray, mis en ligne ICI (site de l'école)

 

 

ou à Alençon, (petit clin d'oeil d'un autre temps et d'une autre vie qui aurait pu ...)

 

Où t-en vas-tu ?

Où t’en vas-tu Julien ? Voir mon chien !

Où t’en vas-tu Laura ? Ramasser mes draps !

Où t’en vas-tu Orane ? Chercher des bananes !

Où t’en vas-tu Amanda ? Acheter du gouda !

Où t’en vas-tu Elias ? Je vais à la chasse !

Où t’en vas-tu Léo ? Je vais chercher de l’eau !

Où t’en vas-tu Mathieu ? Où je veux !

Où t’en vas-tu Yasmina ? Boire un peu de coca !

Où t’en vas-tu Jules ? Faire des bulles !

Où t’en vas-tu Anaïs ? Chercher du maïs !

Où t’en vas-tu Marion ? Jouer du violon !

Où t’en vas-tu Océane ? Grimper aux lianes !

Où t’en vas-tu Kenny ? Je n’ai pas encore réfléchi !

Où t’en vas-tu Coralie ? Cueillir des pissenlits !

Où t’en vas-tu Antonin ? Chercher du pain !

Où t’en vas-tu Romain Me laver les mains !

Où t’en vas-tu Wendy ? Cueillir des kiwis !

école Robert Desnos, Alençon, classe de CP, 2007

 

trouvé sur le site de l'école ICI

Bon, maintenant, il me faut trouver une image de kangourou et ou de kiwi pour illustrer. seulement voilà, je n'ai pas ces animaux dans mes albums.

Mais j'y pense, le fruit, cela vous convient-il ?

 

kiwis - reduc

 

La rentrée des classes se rapproche jour après jour, rangeant la kermesse de fin d'année dans les lointains souvenirs.

Kermesse, un autre mot pour illustrer le k, dans le prolongement du Jeu pour J.

 

 

 

 

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 07:29

 

Que de mots puissants encore pour le J : 

à commencer par le Jeudi comme jeudi en poésie, jour, journée, journal

mais aussi la justice, missionnée, en principe, pour parer au désordre des jungles humaines.

La jungle, où s'épanouit Le rêve du jaguar et où Rudyard Kipling, le plus indiens des écrivains britanniques, y a puisé tant d'histoires pour la jeunesse. Tant de jeunes y ont lu de quoi édifier leur Je.

 

Le mot qui s'est imposé à mon esprit pourtant, c'est le mot jeu.

Peut-être pour le dernier petit jeu du CASSE-TÊTE DE LA SEMAINE ?

mais pas seulement ...

 

Le Jeu, si étroitement lié à la nature du vivant*, si nécessaire à sa construction, son institution**, si ambigu aussi dans son rôle social ...

 

Voici donc, pour illustrer le J, le poème de Esther Granek, Le Jeu, pour lequel ceux qui me connaissent (à travers ce blog notamment) comprendront que j'ai un vrai coup de coeur.

 

Le jeu2

 

Seize sont blancs. Seize sont noirs.

Alignement d’un face-à-face.

Selon son rang, chacun se place.

En symétrie, de part en part.

Les plus petits sur le devant.

Seize sont noirs. Seize sont blancs.

Huit fois huit cases. Un jeu démarre.

 

Joutes, et coups bas, et corps à corps,

et durs combats. Ultime effort

pour asséner à ceux d’en face :

“Échec et mat ! le roi est mort !”

 

Complimenté est le gagnant.

 

Mais la revanche est dans le sang.

Déjà tout se remet en place.

Et du combat ne reste trace.

Tout aussitôt le jeu reprend.

 

Seize sont noirs. Seize sont blancs…

 

N’ayant soixante-quatre cases

ni trente-deux participants,

mais autres nombres et autres temps,

la vie, pourtant, a mêmes bases.

 

Esther Granek1, Synthèses, 2009

 

1. Esther Granek, née en 1927, poète belgo-israélienne ; le site officiel ; le poème sur le site Poética

2. poème mis en ligne avec l'aimable autorisation de l'auteur "à condition de respecter l'intervalle entre les strophes et de reproduire le texte dans son intégralité."

 

* j'avais d'abord écrit la nature humaine. Au même instant s'imposait à moi les heures d'obsetvation de la petite tribu de chiots dont j'ai eu la charge à l'été 2010, comme les folles parties actuelles d'un chaton d'amis.

** institution, comme ce beau mot d'instituteur, remplacé il y a une dizaine d'années en France par PE (quelquefois complété par 1 ou 2) raccourci moderne de professeur des écoles.

 

d'autres illustrations du jeu : Jeux de la vie ; Ne jouez pas aux soldats (Paul Dalbret et Léo Lelièvre) ; Le Diable (Jacques Brel) ...

Don Quichotte à la craie - reduc1 suede1974échecs
soldat de pion devant ordi - reduc1 la mode illustrée1870 d

.

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 10:00

 

Pour continuer à égrener l'alphabet en poésie, j'aurais pu choisir une multitude de mots commençant par i :

intelligence ; instinct ; idéal ; intuition ; immense ; individu ; innocence ; ingénieur ; instant ...

dans l'impulsion de l'improvisation, illustrer la lettre dans un billet impromptu ;

Puiser dans l'infini des préfixes inclusifs : insertion ; instruction ; intégration ; influer ; informer ; ...

ou non moins nombreux in et im privatifs : injustice ; impossible ; inaptitude ; incompréhension ; irréel ; interdire ; illogique ; ...

illustrer le mot indignation, ou laisser libre cours à tant d'interrogations ...

 

« Le poème est une grappe d'images. »

Gaston Bachelard1

 

Images

 

 

Un jour, à Kharkow, dans un quartier populaire,

(Ô cette Russie méridionale, où toutes les femmes

Avec leur châle blanc sur la tête, ont des airs de Madone !)

Je vis une jeune femme revenir de la fontaine

Portant, à la mode de là-bas, comme du temps d'Ovide,

Deux seaux suspendus aux extrémités d'un bois

En équilibre sur le cou et les épaules.

Et je vis un enfant en haillons s'approcher d'elle et lui parler.

Alors inclinant légèrement son corps à droite,

Elle fit en sorte que le seau plein d'eau pure touchât le pavé

Au niveau des lèvres de l'enfant qui s'était mis à genoux pour boire.

 

II

 

Un matin, à Rotterdam, sur le quai des Boompies.

(C'était le 18 septembre 1900, vers huit heures)

J'observais deux jeunes filles qui se rendaient à leurs ateliers ;

Et en face d'un des grands ponts de fer, elles se dirent au revoir.

Leurs routes n'étant pas les mêmes.

Elles s'embrassèrent tendrement ; leurs mains tremblantes

Voulaient et ne voulaient pas se séparer ; leurs bouches

S'éloignaient douloureusement pour se rapprocher aussitôt

Tandis que leurs yeux fixes se contemplaient ...

Ainsi elles se tinrent un long moment tout près l'une de l'autre.

Debout et immobiles au milieu des passants affairés,

Tandis que les remorqueurs grondaient sur le fleuve,

Et que les trains manoeuvraient en sifflant sur les ponts de fer.

 

III

 

Entre Cordoue et Séville

Est une petite station, où, sans raisons apparentes,

Le Sud-Express s'arrête toujours.

En vain le voyageur cherche des yeux un village

Au-delà de cette petite gare endormie sous les eucalyptus :

Il ne voit que la campagne andalouse : verte et dorée.

Pourtant, de l'autre côté de la voie, en face,

Il y a une hutte faite de branchages noircis et de terre.

Et au bruit du train une marmaille loqueteuse en sort.

La soeur aînée les précède, et s'avance tout près sur le quai

Et, sans dire un mot, mais en souriant,

Elle danse pour avoir des sous.

Ses pieds dans la poussière paraissent noirs ;

Son visage obscur et sale est sans beauté ;

Elle danse, et par les larges trous de sa jupe couleur de cendre,

On voit, nues, s'agiter ses cuisses maigres,

Et rouler son petit ventre jaune ;

Et chaque fois, pour cela, quelques messieurs ricanent,

Dans l'odeur des cigares, au wagon restaurant ...

 

Post scriptum

 

O mon Dieu, ne sera-t-il jamais possible

Que je connaisse cette douce femme, là-bas, en Petite-Russie,

Et ces deux amies de Rotterdam,

Et la jeune mendiante d'Andalousie

Et que je me lie avec elles

D'une indissoluble amitié ?

(Hélas, elles ne liront pas ces poèmes,

Elles ne sauront ni mon nom, ni la tendresse de mon coeur ;

Et pourtant elles existent, elles vivent maintenant.)

Ne sera-t-il jamais possible que cette grande joie me soit donnée,

De les connaître ?

Car, je ne sais pourquoi, mon Dieu, il me semble qu'avec elles quatre,

Je pourrais conquérir un monde !

Valery Larbaud2, Les poésies d'A.O. Barnabooth, 1913

 

 

L'impossible,

nous ne l'atteignons pas.

mais il nous sert de lanterne.

                                               
René Char2

(L'âge cassant) 

 

 

1. Gaston Bachelard, 1884 - 1962, philosophe (voir notamment L'intuition de l'instant, et ses essais autour de l'imagination et la connaissance)

2. Valery Larbaud, 1881 - 1957 ; Prix littéraire 2012 Valery Larbaud

3. René Char, 1907 - 1988, citation déjà mise en ligne notamment dans mon billet Perplexité

 

voie ferrée - reduc

 

 

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 04:00

 

A l'association de ces deux mots poème et homme, il vient à l'esprit aussi le célèbre poème de Rudyard Kipling "If", traduit en français par "Tu seras un homme mon fils".

 

Vous aviez sans doute anticipé qu'après la Femme pour le F, j'allais choisir l'Homme pour le H. Sauf que le nom, en français, désigne tantôt le masculin (vir) du genre humain, tantôt sa totalité. C'est du reste son étymologie (homo en latin). Une petite digression ... mes pensées vagabondes dans Humains, rien qu'humains.

 

J'ai choisi à nouveau un poème de Louise Ackermann, pour son actualité comme pour son intemporalité.

 

 

La Nature à l’Homme

 

 

Dans tout l'enivrement d'un orgueil sans mesure,

Ébloui des lueurs de ton esprit borné,

Homme, tu m'as crié : « Repose-toi, Nature !

Ton œuvre est close : je suis né ! »

 

Quoi ! lorsqu'elle a l'espace et le temps devant elle,

Quand la matière est là sous son doigt créateur,

Elle s'arrêterait, l'ouvrière immortelle,

Dans l'ivresse de son labeur?

 

Et c'est toi qui serais mes limites dernières ?

L'atome humain pourrait entraver mon essor ?

C'est à cet abrégé de toutes les misères

Qu'aurait tendu mon long effort ?

 

Non, tu n'es pas mon but, non, tu n'es pas ma borne

A te franchir déjà je songe en te créant ;

Je ne viens pas du fond de l'éternité morne.

Pour n'aboutir qu'à ton néant.

 

Ne me vois-tu donc pas, sans fatigue et sans trêve,

Remplir l'immensité des œuvres de mes mains ?

Vers un terme inconnu, mon espoir et mon rêve,

M'élancer par mille chemins,

 

Appelant, tour à tour patiente ou pressée,

Et jusqu'en mes écarts poursuivant mon dessein,

A la forme, à la vie et même à la pensée

La matière éparse en mon sein ?

 

J'aspire ! C'est mon cri, fatal, irrésistible.

Pour créer l'univers je n'eus qu'à le jeter ;

L'atome s'en émut dans sa sphère invisible,

L'astre se mit à graviter.

 

L'éternel mouvement n'est que l'élan des choses

Vers l'idéal sacré qu'entrevoit mon désir ;

Dans le cours ascendant de mes métamorphoses

Je le poursuis sans le saisir ;

 

Je le demande aux cieux, à l'onde, à l'air fluide,

Aux éléments confus, aux soleils éclatants ;

S'il m'échappe ou résiste à mon étreinte avide,

Je le prendrai des mains du Temps.

 

Quand j'entasse à la fois naissances, funérailles,

Quand je crée ou détruis avec acharnement,

Que fais-je donc, sinon préparer mes entrailles

Pour ce suprême enfantement ?

 

Point d'arrêt à mes pas, point de trêve à ma tâche !

Toujours recommencer et toujours repartir.

Mais je n'engendre pas sans fin et sans relâche

Pour le plaisir d'anéantir.

 

J'ai déjà trop longtemps fait œuvre de marâtre,

J'ai trop enseveli, j'ai trop exterminé,

Moi qui ne suis au fond que la mère idolâtre

D'un seul enfant qui n'est pas né.

 

Quand donc pourrai-je enfin, émue et palpitante,

Après tant de travaux et tant d'essais ingrats,

A ce fils de mes vœux et de ma longue attente

Ouvrir éperdument les bras ?

 

De toute éternité, certitude sublime !

Il est conçu ; mes flancs l'ont senti s'agiter.

L'amour qui couve en moi, l'amour que je comprime

N'attend que Lui pour éclater.

 

Qu'il apparaisse au jour, et, nourrice en délire,

Je laisse dans mon sein ses regards pénétrer.

- Mais un voile te cache. - Eh bien ! je le déchire :

Me découvrir c'est me livrer.

 

Surprise dans ses jeux, la Force est asservie.

Il met les Lois au joug. A sa voix, à son gré,

Découvertes enfin, les sources de la Vie

Vont épancher leur flot sacré.

 

Dans son élan superbe Il t'échappe, ô Matière !

Fatalité, sa main rompt tes anneaux d'airain !

Et je verrai planer dans sa propre lumière

Un être libre et souverain.

 

Où serez-vous alors, vous qui venez de naître,

Ou qui naîtrez encore, ô multitude, essaim,

Qui, saisis tout à coup du vertige de l'être,

Sortiez en foule de mon sein ?

 

Dans la mort, dans l'oubli. Sous leurs vagues obscures

Les âges vous auront confondus et roulés,

Ayant fait un berceau pour les races futures

De vos limons accumulés.

 

Toi-même qui te crois la couronne et le faîte

Du monument divin qui n'est point achevé,

Homme, qui n'es au fond que l'ébauche imparfaite

Du chef-d'œuvre que j'ai rêvé,

 

A ton tour, à ton heure, if faut que tu périsses.

Ah ! ton orgueil a beau s'indigner et souffrir,

Tu ne seras jamais dans mes mains créatrices

Que de l'argile à repétrir.

 

Louise Ackermann, Nice, novembre 1867

recueil Poésies philosophiques, 1874

 

 

Bien sûr, je suis émerveillée de la prouesse que représente le dépôt en douceur du robot Curiosity sur la planète Mars. Puisse les Hommes avoir la sagesse de ne pas détruire ce qu'ils vont y trouver.

Que serait notre monde actuel si les Amérindiens et la nature des Amériques n'avaient pas été aussi malmenés. Pourtant, les premiers contacts ne laissaient rien supposer de la suite ...

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 04:00

 

Bien sûr j'aurais pu ... choisir la graine, ou le germe, générer plutôt que gêner, les gènes sans OGM sans la gêne ...

J'aurais pu garder le meilleur et me garder du pire, grandir vers le ciel, ou gravir des montagnes sans gémir, gourmander la gourmande, grimâcer sans gaieté aux propos grivois, m'amuser d'autres, plus galants, mais préférer les mots gentils ...

L'eau, qu'elle nous abreuve en douces gouttes de pluie ou nous inonde en averses drues, qu'elle perle au ruisseau ou en vastes lacs, l'eau, dans notre monde, est indispensable à la vie.

 

"Gouttes d'eau"

 

ô

ces

perles

de pluie

ces larmes

justes éphémères

qui captent la lumière

la fragmentent en arc-en-ciel

Emma en leur capture excelle

sur son blog nous prodigue

leurs reflets en couleurs

et subtiles nuances

si fragiles

 

 Jeanne Fadosi, mardi 24 janvier 2012

 

Quelques gouttes d'eau offertes à notre regard par Emma sur son blog pictozoom ICI ou LA

(ce ne sont que des exemples parmi quelques uns de ses articles)

chemin-mondion-1.jpeg

 

Et aussi G comme Grandir    

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 10:00

 

F comme faiblesse, fable, fierté, fuir, feuille, folie, fruit fécondité ...

J'aurais pu choisir un verbe, comme faire, mais faire quoi ? verbe d'action certes, mais verbe fourre-tout. Ou finir.

Depuis longtemps j'ai envie de vous parler de finir, ce terme que l'on constate le plus souvent au passé, quand c'est fini. Le bonheur, la fête, la douleur, ... la vie.

Fête, temps de la joie, ou temps de la farce. Permission des puissants de jadis, espace de liberté totale pour désamorcer le feu de la colère de la foule.

 

J'ai choisi femme ...

et, selon la légende, Eve, l'originelle ... 

Avant le temps présent, et même au temps présent, bien peu de poétesses parviennent aux lecteurs ... et aux écouteurs.

Femme, adulée ou maudite, courtisée ou séduite, muse ou esclave ... au fil d'une quantité infinie de poèmes ...  d'hommes.

 

 

Ève

 

À Maurice Isabey2.

 

Ève au corps ingénu lasse de jeux charmants

Avec les biches rivales et les doux léopards

Goûte à présent le repos extatique,

Sur la riche brocatelle des mousses.

Autour d’elle, le silence de midi

Exalte la pamoison odorante des calices,

Et le jeune soleil baise les feuillées neuves.

Tout est miraculeux dans ce Jardin de Joie:

Les branchages s’étoilent de fruits symboliques

Rouges comme des cœurs et blancs comme des âmes;

Les Roses d’Amour encore inécloses

Dorment au beau Rosier;

Les Lys premiers nés

Balancent leurs fervents encensoirs

Auprès

Des chères coupes des Iris

Où fermente le vin noir des mélancolies;

Et le Lotus auguste rêve aux règnes futurs.

Mais parmi les ramures,

C’est la joie criante des oiseaux;

Bleus comme les flammes vives du Désir,

Roses comme de chastes Caresses

Ornés d’or clair ainsi que des Poèmes

Et vêtus d’ailes sombres comme les Trahisons.

Ève repose,

Et cependant que ses beaux flancs nus,

Ignorants de leurs prodigieuses destinées,

Dorment paisibles et par leurs grâces émerveillent

La tribu docile des antilopes,

Voici descendre des plus hautes branches

Un merveilleux Serpent à la bouche lascive,

Un merveilleux Serpent qu’attire et tente

La douceur magnétique de ces beaux flancs nus,

Et voici que pareil à un bras amoureux,

Il s’enroule autour

De ces beaux flancs nus

Ignorants de leurs prodigieuses destinées.

Marie Krysinska1 , Rythmes pittoresques, 1890

 

 

1. Marie Krysinska, 1845 - 1908

Elle a activement contribué au succès du Cabaret le Chat Noir, notamment en accompagnant les poèmes et chansons au piano.

2. Maurice Isabey, architecte auquel Rodolphe Salis a confié la transformation de l'immeuble pour en faire le célèbre Cabaret le Chat Noir3

3. Le chat Noir

454px-Eve_Cranach.jpg

Lucas Cranach l'Ancien, Eve (image de wikimedia, Domaine public,

clic sur l'image pour informations)

 

 

« Toutes les tendances égoïstes qu'on trouve chez les hommes, le culte de soi et le mépris des autres, prennent leur source dans l'organisation actuelle des relations entre les hommes et les femmes. »

John Stuart Mill, L'asservissement des femmes, 1869 

 

 

Marilyn Monroe, 1928 - 1962 (5 août), symbole, malgré elle (?), de cet Eternel Féminin

 

 

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