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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 05:00

 

Pause estivale pour les défis des CROQUEURS DE MOTS avec un rendez-vous concocté par dômi début septembre.


Et toujours dans le sillage du défi n°128, sur le registre des sentiments, je m'interroge souvent sur la honte. Pourquoi certains, dont je suis, avons honte de ce que d'autres font sans une once de honte.

 

Pour les jeudis en poésie, prévu le 23/02/2011 à 15:04 et archivé en brouillon dans la catégorie poésie

 

Un pauvre honteux

 

Il l'a tirée

De sa poche percée,

Il l'a mise sous ses yeux ;

Il l'a bien regardée

En disant : "Malheureux !"

 

Il l'a soufflée

De sa bouche humectée ;

Il avait presque peur

D'une horrible pensée

Qui vient le prendre au coeur.

 

Il l'a mouillée

D'une larme gelée

Qui fondit au hasard ;

Sa chambre était trouée

Encor plus qu'un bazar.

 

Il l'a frottée,

Ne l'a pas réchauffée,

A peine il la sentait :

Car, par le froid pincée

Elle se retirait.

 

Il l'a pesée

Comme on pèse une idée,

En l'appuyant sur l'air.

Puis il l'a mesurée

Avec des fils de fer.

 

Il l'a touchée

De sa lèvre ridée,

D'un frénétique effroi

Elle s'est écriée :

Adieu, embrasse-moi !

 

Il l'a baisée.

Et après l'a croisée

Sur l'horloge du corps

Qui rendait, mal montée,

De mats et lourds accords.

 

Il l'a palpée

D'une main décidée

A la faire mourir.

- Oui, c'est une bouchée

Dont on peut se nourrir.

 

Il l'a pliée,

Il l'a cassée,

Il l'a placée,

Il l'a coupée,

Il l'a lavée,

Il l'a portée,

Il l'a grillée,

Il l'a mangée.

 

- Quand il n'était pas grand, on lui avait dit :

- Si tu as faim, mange une de tes mains.

Xavier Forneret

 

Xavier Forneret, 1809 - 1884, Un pauvre honteux, poème du recueil Vapeurs, ni vers, ni prose, 1838

 

Picasso-le-repas-de-l-aveugle-1903.jpg

Pablo Picasso, Le repas de l'aveugle, 1903

.

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Published by Jeanne Fadosi - dans jeudi-en-poésie-etc
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commentaires

Quichottine 18/08/2014 02:07

Merci pour ce poème... je l'avais lu, et, chaque fois que je le relis, c'est toujours la même émotion.

Le tableau de Picasso est superbe.

C'est vrai que la honte ne surgit pas pour tous au même moment... De quoi s'interroger sur les conséquences de l'éducation reçue. :)

Passe une douce journée Jeanne.
Bises.

Jeanne Fadosi 20/08/2014 09:54



l'éducation ne fait pas tout. J'en connais qui n'ont jamais honte de rien et qui pourtant ont été éduqués de la même manière que d'autres ... Les influences sont multiples qui font ou non une
conscience. Mais je m'interroge ici sur cette étrangeté de la honte ressentie par les victimes et non par les bourreaux.



jill bill 14/08/2014 08:20

Je connais ce magnifique poème... La pauvreté, la honte en revient aux gouvernants qui ne font que peu pour leur peuple, je pense aux bidonvilles etc etc... J'ai honte pour eux oui de bien vivre
!!!! Merci Jeanne, bises

Jeanne Fadosi 15/08/2014 10:11



les bidonvilles et pas seulement. Il y a des misères qui ne s'exposent pas


bises



Martine 14/08/2014 07:39

Joli poème qui nous tient en suspens jusqu'au bout.
La honte je l'ai une fois ressentie pour moi après une humiliation d'un maître d'école... honte injustifiée, c'est elle qui aurait dû avoir honte (Voir texte la honte sur mon blog :
http://quaidesrimes.over-blog.com/article-25729269.html ). Bises

Jeanne Fadosi 15/08/2014 10:13



il faut croire que cet événement t'a marqué puisque tu l'évoques ici si longtemps après. Merci pour le lien et tu avais raison : quelle cruelle et stupide humiliation !


Bises et belle fin de semaine



eMmA 14/08/2014 07:22

Saisissants poème et peinture. L'effroi n'est pas loin.
Il est vrai que l'actualité ne permet pas d'être fier de faire partie du genre humain. Résistons, grâce notamment à la poésie et la beauté.

Jeanne Fadosi 16/08/2014 11:51



il joue sur le supense pour une conclusion qui glace les sangs



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