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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 11:57

~ Billet  47 ~  (version modifiée) (publié initialement sous la rubrique "petits écrits ludiques" pour la communauté écriture ludique)

Dans le cadre d'Ecriture Ludique : exercice 77 - Citations
Vous avez sans doute, tous, une ou plusieurs citations  préférées, qui vous parlent particulièrement, vous interpellent, vous font réfléchir, conditionnent votre rapport au monde, la façon de le voir, ...

Pour le détail de la consigne, vous pouvez cliquer sur le lien exercice 77

violon bleu Raoul Dufy - reduc
Raoul Dufy, violon bleu

Quelle musique, le silence !

[Jean Anouilh]

Extrait de Le directeur de l'Opéra

Je transpose à l'écriture :
                                                                                                                                
                                                                                                                                
                                                                                                                                
                                                                                                                            
                                                                                                                                
                                                                                                                                
                                                                                                                                
   

                                                                                                                      
                                                                                                                                
                                                                                                                                
                                                                                                                                
                                                                                                                                
                                                                                                                                



Pas convaincus ?
Persistons :

La véritable musique est le silence [...]

[Miles Davis] enfin ! plutôt son traducteur

Vite, nous grimpons jusqu'au poulailler tandis que retentit la sonnerie annonçant le début du concert. Les smokings, Les vestes de fourrures malgré la douceur du printemps, vont plutôt en parterre ou dans les baignoires.
Il n'est plus obligatoire de "s'habiller". Mai 68 a fait sa révolution dans ces détails en ouvrant l'Opéra (il n'y en a qu'un encore) et la Comédie Française à « tous ». Tous les valides. Pour l'accessibilité, il faudra encore bien des lunes.
Notre abonnement est modique mais, en contrepartie, nous avons droit à l'avant dernier rang tout en haut.

En première partie, une création. A ne pas manquer, ont dit les Critiques dans un élan unanime et ... laconique.

Perplexité !

Nos galopades amorties par le tapis élimé de tant de pas, nos cœurs battant du tambour dans nos tempes, nos souffles étranglés malgré notre jeunesse, pardon, le clac du strapontin déjà occupé, pardon, excusez-moi, merci, ne vous dérangez pas, bruissements de la foule qui s'installe.

Les musiciens prennent place et les lumières de la salle s'estompent tandis que la rumeur décroît dans les derniers toussotements...


Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.

[Vassili Kandinsky]


Le chef d'orchestre s'avance sur la scène avec une belle prestance vers son estrade, salue le public, présente l'orchestre, anime sa baguette.

Et.....

 

 



Rien !


Une partition de silences pendant une vingtaine de minutes.

Aucun commencement n'est arrivé.
La rumeur a murmuré puis s'est enflée en raclements et chuchotements. Quelques sifflets mais ni chahut, ni bataille. Aucun d'entre nous n'osions partir. La surprise et l'attente d'autre chose l'emportaient.

Près de quarante ans après cette première, j'entends encore certains critiques s'enthousiasmer d'une telle audace !

Et je pense toujours que c'est une fumisterie pour snobs argentés.

Le bruit était dans la salle, mais non l'harmonie de la Musique.



La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence.

[Miles Davis]

Et oui, la citation n'était pas complète, et cela change tout !
Sans le silence, point de musique. Sans le repos, point d'action possible.
Si cette radicalité n'a eu qu'un succès confidentiel en musique, la peinture l'a tenté avec plus d'écho. Qui n'a entendu une fois dans sa vie louanger le bleu Klein !
Beaucoup plus récemment, c'est l'auteur d'une toile blanche qui s'est dit vandalisé par le dépôt d'un rouge baiser !
Et cet automne, avec d'autres visiteurs, je cherchais pourquoi une pancarte noire était accrochée à la place du tableau attendu. Hérésie d'une ignorante en esthétique picturale ! La pancarte de petits carrés de cartons noirs, c'était Le tableau !
Imaginez pourtant un livre de littérature, peu importe le genre, poésie, roman, nouvelles, contes etc, sans mots et/ou sans illustrations, un livre vide avec que des pages blanches , ou même de couleur, tiens ? Une pièce de théâtre ou le ou les acteurs ne feraient et ne diraient rien, ne représenteraient rien, pendant seulement les vingt minutes de cette oeuvre musicale ?
Le silence est la trame dont les notes tissent la toile fine ou grossière qui fera le vêtement, le sac ou le drap. De la musique naîtra la danse, la pure écoute ou le sens, introduction au partage des mots ou partage d'un instant de grâce, sans le besoin des mots. 

Le silence est une tranquillité mais jamais un vide ; il est clarté mais jamais absence de couleur ; il est rythme ; il est le fondement de toute pensée.

[Yehudi Menuhin]

Dans notre monde qui nous assaille de tous les bruits, jusqu'au ronron du ventilateur (hargneux ce soir, allez savoir pourquoi) et au cliquetis du clavier sous mes doigts, les espaces de silence relatifs diminuent, beaucoup plus sournoisement que les arbres. Je reste convaincue que le silence est nécessaire à la pensée qui se nourrit de celle des autres. Car nos pensées ne nous appartiennent pas plus que l'air. Elles sont le produit de toute une mémoire et de toute une histoire. Seule est originale la manière dont nous l'exprimons, encore sommes nous chacun tributaires d'un langage pour l'exprimer.
Tout se complique quand le désir de notoriété ou plus prosaïquement les contingences matérielles s'en mêlent !
Les époques produisent des faisceaux de pensées multiples et convergentes qui donnent inévitablement lieu à des batailles de paternité. Peu importe que Rembrandt ait "plagié" ses maîtres, s'il nous a donné des chefs d'oeuvre. Les plus grands noms se sont inspirés de leurs anciens ou de leurs pairs avec reconnaissance ou moins élégamment.
Pour rester dans les références musicales, je ne départagerai pas List et Brahms dans les merveilleuses adaptations qu'ils ont fait des Raphsodies Hongroises.
Mais je frémis à la pensée d'un plaisir assombri par une bataille de droits d'auteurs !

Les citations sont à la pensée ce que le sel et les épices sont à la nourriture.
Votre blogueuse Jeanne Fadosi

Je n'ai pas résisté à la tentation de terminer ce petit jeu par un aphorisme de mon cru
Quant au cuit, que deviendraient les petits penseurs, et chacun devrait l'être, s'ils  s'entrainaient à la  pensée sans le support des citations ? Qui n'a planché sur un "X a écrit dans ses rêveries au bord de la mer de lune [...] " que pensez-vous de ... dans ... ou plus abruptement commentez la phrase de X...? Il est bien nécessaire en effet de dérouler avec plus ou moins de labeur les matériaux de construction d'une pensée en devenir en s'appuyant sur des pistes de réflexion. A moins d'être inspiré par (?), ce que personnellement je ne saurais ni confirmer ni infirmer rationnellement, aucune pensée ne sort de notre crâne sans précédents venus de l'extérieur. Encore a-t-elle besoin de consistance. Comment exercer son esprit critique sans rien à critiquer ?
Et pour puiser dans la pensée des autres la matière d'oeuvre de la sienne, ici encore le silence en soi qui permet d'écouter et de comprendre ce que l'autre vous dit.
Silence et sons s'unissent en d'infinies mélodies et les pensées se forgent dans la complexité de leurs expressions multiples. Quant à savoir qui de l'oeuf ou de la poule est venu en premier....
Longtemps le sel, indispensable à la vie, a fait l'objet de lourdes taxes entretenant la transmission du crétinisme et d'autres maladies de carences. La pensée vivante a besoin de partage.  

Remarque importante : Le site d'écriture collective Ecriture ludique a 
http://ecritureludique.over-blog.com/
n'a plus de vie active, mais il est toujours possible d'y consulter une bonne partie des exercices si vous avez envie de vous y entrainer.
.

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commentaires

J

Kildar a rectifié les bugs qui envoyaient les liens du bandeau du haut au site commercial qui a repris le nom de domaine d'Ecriture Ludique et qui n'a rien a voir avec la communauté d'écriture.
Le site communautaire, sur lequel vous retrouverez tous les liens habituelspour continuer à en faire des exercices, si le coeur vous en dit est donc :
http://ecritureludique.over-blog.com/
merci à Kildar pour cette correction rapide.


Répondre
J

le site d'écriture a changé d'adresse. Je vais supprimer les liens en attendant de pouvoir remettre des lies valides. Si un correction m'a échappé pardon de ce désagrément
Jeanne Fadosi


Répondre
F
j'aimerais me souvenir de cette citation lue il y a peu sur la lecture silencieuse. Je crois que c'est dans la revue XXI, si étrangement intéressante et dont le succès pas si inattendu que cela est un réconfort.
Répondre
L
Très très riche et joliment dessiné
Répondre
J

merci d'être venue jusque là. le sujet m'avait bien plu en effet. On devait utiliser des citations et j'avais choisi le thème du silence qui pour moi peut avoir de la valeur, en creux.


M
Tu as bien travaillé le sujet !
Amicalement, MA
Répondre
J

Ca a été laborieux de faire silence sur tout mon fatras de pensées. Amicalement, Jeanne


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